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05 / 04 / 2017 | 6 vues
Jean-Philippe Milesy / Membre
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Les mutuelles, un soutien pour la Sécu, des acteurs irremplaçables de la santé

Le débat ouvert par Martin Hirsch et Didier Tabuteau sur une « sécurité sociale universelle », comme les prises de positions de la France Insoumise (qui rajoute « intégrale ») et d’autres forces politiques provoquent une grande confusion sur la question fondamentale de la santé et reposent sur un amalgame entre acteurs complémentaires lucratifs et non-lucratifs.

Or cette question, plus que la sécurité et l’identité que d’aucuns cherchent à imposer comme priorité au débat politique, est, avec l’emploi, prioritaire pour les Français.

Il peut paraître paradoxal que des militants ardents de la Sécurité sociale comme les mutualistes (ce que souligne à juste titre le président de la FNMF, Thierry Beaudet) et comme nous le sommes, s’élèvent contre ces proclamations, a priori vertueuses, pour une Sécurité sociale universelle. Mais le paradoxe n’en n’est pas un.

Nous ne pouvons accepter un débat biaisé autour de propositions qui, pour être attirantes, déplacent en fait le débat de fond sur la santé.

La confusion est de réduire la question de la santé en France à la seule gestion financière d’un système qui demeurerait inchangé. C’est donc un débat mystificateur qui s’ouvre.

Quid des politiques de santé, de la privatisation rampante à l’œuvre depuis plusieurs décennies ? Quid des inégalités dans l’accès au soin ? Quid des diktats de l’industrie pharmaceutique ou des lobbies de la médecine libérale ? Quid surtout des effets pathogènes d’une société dérégulée ? Quid de l’ensemble des facteurs sociaux, environnementaux qui font par exemple que si la science et la médecine connaissent des progrès exceptionnels, si la longévité atteint des sommets jamais constatés, l’espérance de vie en bonne santé, elle, a tendance à régresser ?

La proposition, libéralo compatible, Hirsch-Tabuteau, et l’approche schématique de la France Insoumise se rejoignent dans une vision comptable ou administrée de la santé sans une considération politique, globale, de ce qu’elle implique comme changements aussi fondamentaux qu’urgents.

L’amalgame est clairement celui qui, à dessein, est fait entre les complémentaires considérées comme un ensemble indifférencié. Il est lié au caractère comptable des uns, dogmatique des autres.

Même s’il faut dénoncer avec force les dérives assurancielles qui l’affectent, même si nous partageons bien des questions soulevées par Frédéric Pierru et André Grimaldi dans leur texte « Que sont les mutuelles devenues ? » on ne peut cependant pas assimiler les mutuelles aux acteurs financiers qui interviennent en complémentaires de santé et même aux organismes paritaires.

Dans leur essence, les mutuelles sont un mouvement social (qu’il s’agit dans une large mesure de retrouver) qui a préexisté à la fois aux assurances privées de personnes et au dispositif de Sécurité sociale. Leurs principes sont ceux de la libre adhésion, de la gestion démocratique et de la non-lucrativité. Leurs valeurs sont celle de l’égalité et de la solidarité.

Redisons-le, le combat pour maintenir principes et valeurs est un combat continu qui connaît des reculs, des avancées. De même, la question fondamentale à laquelle les mutuelles se trouvent aujourd’hui confrontées est bien celle de la sortie du code des assurances pour se dégager des logiques assurancielles, des carcans juridique et prudentiel, dans lesquelles elles se sont engagées au risque de se perdre.

Pour autant les mutuelles demeurent différentes des autres acteurs du champ. Elles peuvent être (et le sont encore) un moyen irremplaçable de l’intervention citoyenne de la santé. Elles sont des acteurs irremplaçables de la santé avec leurs 2 600 établissements et services, souvent seuls dans les déserts médicaux. Elles peuvent constituer (et le constituent parfois) un pôle de résistance à la libéralisation de l’appareil médical favorisé par les lois Bachelot et autres et la reddition des gouvernements successifs face aux lobbies médicaux et pharmaceutiques.

Ainsi, tant au regard des combats pour la santé, qu’à celui de leur différenciation, les mutuelles doivent s’engager et les politiques doivent les soutenir et non les liquider par méconnaissance ou dogmatisme.

Pour les mutuelles, l’enjeu de cet engagement est, au-delà de leur survie même, le bien-être de leurs 40 millions d’adhérents, l’équilibre solidaire et démocratique de notre société. Pour les politiques, il s’agit de définir les conditions d’une prise en charge citoyenne et d’une régulation publique des questions de santé.

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