Organisations
Macif : la Direction dénonce les accords et prépare la réduction des moyens syndicaux
A la Macif, la Direction a choisi de dénoncer les accords qui organisent le fonctionnement des CSE et les droits syndicaux. Une décision lourde de conséquences, car derrière ces accords, il ne s’agit pas simplement de règles de fonctionnement ou d’organisation des instances. Il s’agit des moyens permettant concrètement aux représentants du personnel et aux organisations syndicales d’aller sur le terrain, de rencontrer les salariés, de les accompagner, de faire remonter leurs difficultés et de contester les décisions de l’employeur lorsque cela est nécessaire.
Et la Direction n’a pas attendu longtemps pour donner le sens de la manœuvre.
Dès le début des discussions, elle a expliqué vouloir revoir l’organisation actuelle, qu’elle juge trop complexe, en invoquant notamment la nécessité de davantage d’« efficience ». Lors de la première journée de négociation, la CGT a demandé un diagnostic précis justifiant la dénonciation des accords ainsi qu’une vision globale des moyens actuels et futurs. La Direction a confirmé vouloir revoir globalement les moyens à la baisse, tout en renvoyant leur présentation détaillée aux réunions suivantes.
Derrière les mots de modernisation, d’harmonisation ou d’efficience, une question beaucoup plus concrète se pose donc : demain, combien de représentants resteront disponibles pour aller dans les services, accompagner un salarié, faire remonter une situation de travail dégradée ou simplement rencontrer celles et ceux qu’ils représentent ?
Réduire les moyens alors que le travail se transforme
La contradiction est difficile à ignorer.
La Macif entre dans une période de transformations importantes. Intelligence artificielle, nouveaux outils, évolution des métiers et des organisations : ces changements sont déjà engagés et vont s’accélérer.
Ils auront nécessairement des conséquences sur le contenu du travail, les métiers, les collectifs et les organisations.
C’est précisément dans ces périodes que la présence des représentants du personnel sur le terrain prend toute son importance. Comprendre ce qui se passe réellement dans les services, détecter les difficultés avant qu’elles ne deviennent des situations graves, accompagner les salariés, alerter et intervenir : cela demande des femmes et des hommes, du temps et des moyens.
Pourtant, c’est à ce moment-là que la Direction choisit de remettre à plat les accords existants avec l’objectif annoncé de réduire globalement les moyens.
La CGT pose donc une question simple : sur quels éléments objectifs la Direction considère-t-elle que les salariés de la Macif auraient aujourd’hui besoin de moins de capacité de représentation et de défense ?
Pour l’instant, nous n’avons pas obtenu de réponse convaincante.
La proximité dans le viseur
Les premières orientations présentées ne sont d’ailleurs pas anodines.
Des dispositifs permettant une présence syndicale au plus près des salariés sont directement remis en cause. La Direction envisage notamment la suppression des animateurs syndicaux au sein de Macif SAM ainsi que celle de la commission des représentants de proximité. Ce choix est d’autant plus difficile à comprendre que la Direction reconnaît elle-même l’importance de maintenir un ancrage sur le terrain.
On ne peut pas, d’un côté, expliquer que la proximité reste indispensable et, de l’autre, commencer par supprimer des dispositifs qui permettent précisément de l’organiser.
Le télétravail, la dispersion géographique des équipes, les transformations permanentes des organisations et l’évolution des métiers ne rendent pas la proximité syndicale moins nécessaire. Ils la rendent au contraire plus difficile à exercer.
Réduire les moyens, c’est réduire la capacité à contester
Il ne faut pas se raconter d’histoires.
Les heures de délégation, les représentants présents sur les sites, les possibilités de déplacement ou les dispositifs de proximité ne sont pas des privilèges accordés aux syndicats. Ce sont les moyens concrets permettant d’exercer un contre-pouvoir dans l’entreprise.
Moins de moyens, c’est moins de temps pour aller voir les salariés. Moins de possibilités d’accompagner individuellement un collègue. Moins de capacité à enquêter, à faire remonter les problèmes, à préparer les dossiers et à intervenir lorsque les décisions prises dégradent les conditions de travail.
C’est aussi moins de capacité à contester.
La CGT demandera donc des comptes sur chaque réduction envisagée : quelle mission disparaît ? Et si la mission ne disparaît pas : qui l’exercera demain, avec quel temps et avec quels moyens ? Transférer une mission sans transférer les moyens nécessaires pour l’exercer ne la fait pas disparaître. Cela revient simplement à rendre son exercice plus difficile.
Une négociation menée au pas de charge
La méthode retenue par la Direction pose elle aussi problème.
Elle a d’abord dénoncé les accords existants. Elle a ensuite engagé leur renégociation selon un calendrier particulièrement resserré, en choisissant de discuter successivement de l’architecture des futures instances puis de leurs moyens.
Pour la CGT, cette méthode n’est pas acceptable.
Comment apprécier sérieusement une nouvelle organisation de la représentation du personnel sans connaître simultanément le nombre de représentants qui la feront fonctionner, leurs crédits d’heures, leurs possibilités de déplacement et, plus largement, les moyens réellement mis à leur disposition ?
Un mandat sans les moyens nécessaires pour l’exercer ne protège personne.
La CGT réclame donc une vision complète permettant de comparer l’existant et le projet de la Direction. Les salariés ont le droit de savoir ce qui pourrait disparaître, ce qui pourrait être réduit et ce qui resterait demain pour assurer leur représentation.
La Direction devra assumer ses choix Toutes les propositions ne sont pas encore sur la table et la CGT ne présentera pas comme décidé ce qui ne l’est pas. Mais ce que nous connaissons déjà justifie pleinement l’alerte.
La Direction a dénoncé les accords. Elle a engagé une profonde réorganisation de la représentation du personnel. Des dispositifs de proximité sont menacés et elle a annoncé son intention de revoir globalement les moyens à la baisse. Elle devra maintenant assumer, expliquer et chiffrer ses choix. La CGT ne laissera pas cette négociation devenir une simple discussion technique entre spécialistes des relations sociales. Derrière chaque mandat, chaque heure et chaque dispositif supprimé ou réduit, il y a une conséquence très concrète pour les salariés : leur possibilité d’être accompagnés, défendus et entendus.
La CGT Macif ne négociera pas l’éloignement des représentants du terrain ni l’affaiblissement de la capacité des salariés à se défendre. Et puisque ce qui se négocie aujourd’hui concerne directement les salariés de la Macif, nous continuerons à les en informer et à rendre publics les choix de la Direction.