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09 / 05 / 2016 | 92 vues
Christian EXPERT / Abonné
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Oui, on peut se passer de la visite médicale d’aptitude systématique à l’embauche. Vraiment ?

Un cas clinique (20 avril 2016)

M. I. Adrian, 47 ans, vient avec plusieurs de ses collègues roumains passer sa visite d’embauche systématique avec « aptitude ». Son employeur l’a recruté pour un poste de plaquiste.

Il ne parle pas du tout français, il vient d’arriver.

À l’examen (systématique), le médecin du travail constate à l’auscultation l’existence d’une extrasystolie isolée (trouble du rythme cardiaque). Le médecin du travail interroge le salarié par le truchement d’un collègue s’exprimant un peu en français. Ce salarié n’exprime aucune plainte fonctionnelle. Il n’a aucun antécédent apparent. Il va bien, selon lui.

L’électrocardiogramme confirme l’existence d’une extrasystolie ventriculaire. Ce qui motive un examen cardiologique approfondi.

Le médecin du travail parlemente avec le salarié et lui explique la nécessité d’un bilan cardiologique. Ce salarié vient d’arriver et n’a aucun médecin traitant.

L’examen « pour aptitude » sera pris en charge par le service de santé au travail.

Quelques jours plus tard, le compte-rendu du cardiologue tombe :

  • Adrian présente une cardiomyopathie sévère déjà évoluée ;
  • il s’agit d’une affection assez sérieuse qui contre-indique tous les efforts physiques importants (le poste de plaquiste est à charge physique importante).

La situation de ce salarié étranger atteint d’une pathologie cardiaque grave est complexe. Quelle prise en charge ? Quel devenir ?

Réflexions

Le poste de plaquiste n’est pas un poste « à risques » en soi. Il comporte des contraintes posturales et implique des efforts de manutention.

Un tel poste serait-il inclus dans les postes de travail nécessitant une aptitude selon les dispositions contenues dans la loi El Khomri ? Sans doute pas.

Dans ce cas pratique, l’infirmière en santé au travail n’aurait eu aucune alerte à l’interrogatoire car c’est le seul outil dont elle dispose, ne pouvant procéder à un examen médical réservé au médecin, ni prescrire un examen complémentaire (un électrocardiogramme pourrait être protocolisé par le médecin du travail mais non justifié pour un tel poste).

Enfin, l’infirmière ne pourrait interpréter l’électrocardiogramme.

Le rapport Issindou met en avant le caractère inutile des visites d’embauche systématiques avec « aptitude » pour tous et justifie cette position par le faible nombre d’inaptitudes prononcées à l’issue de ces visites.

Les visites d’embauche avec aptitude seraient réservées aux seuls postes dits « à risques », les autres salariées bénéficieraient d’une visite de prévention et d’information assurée par un professionnel de santé de l‘équipe pluridisciplinaire. La loi El Khomri entérine cette vision.

Nous pensons qu’Adrian aurait payé de sa vie le fait de ne pas bénéficier d’un examen médical d’embauche assuré par un médecin.

L’employeur, lui, n’aurait eu aucun signe d’alerte de la part d’un salarié ne se plaignant de rien et l’infirmière en santé au travail non plus. Certains salariés paieront le prix fort de la démédicalisation de la visite d’embauche.

En vérité, on pourrait aisément se passer de la visite d’embauche systématique avec aptitude ( Rapport Issindou-Fantoni).

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