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07 / 12 / 2010 | 8 vues
Jean-Pierre Yonnet / Abonné
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Inscrit(e) le 17 / 09 / 2010

Le « marché du stress »

Le stress n'est pas une « mode ». Nous avons maintes fois eu l'occasion de le souligner. En revanche, il est bien devenu un « marché ».

En tant qu'experts CHSCT disposant d'une solide expérience en matière de diagnostic des risques psychosociaux, nous avons de plus en plus souvent l'occasion de croiser de curieux « confrères ».

Il ne s'agit pas ici de querelles de chapelles. Certains cabinets ont fait le choix de ne pas demander l'agrément CHSCT car ils privilégient les interventions à la demande des directions d'entreprises. C'est un choix respectable, même si ce n'est pas le nôtre. Ces cabinets sont en général dirigés par des professionnels qualifiés et ils font l'objet d'une large reconnaissance. Le plus connu d'entre eux est sans doute Stimulus.

Le problème vient de cabinets qui proposent, non d'analyser les facteurs de risques psychosociaux et de chercher à améliorer le fonctionnement des entreprises, mais des recettes, plus ou moins sulfureuses, pour gérer le stress.

Toute une série de cabinets spécialisés dans la motivation des salariés et des cadres ont ajouté un volet stress à leur activité. Or, précisément, ces cabinets constituaient un facteur de RPS. Sous prétexte de motivation, ils vendaient trop souvent des pratiques « soft » ou « extrêmes » de « team building » etc. (du stage de parachutisme au combat de catch dans la boue pour renforcer l'équipe).

Il est assez risible de voir ces stresseurs reconvertir leurs techniques d'« amélioration des performances par la motivation » en « lutte contre le stress par la motivation ».
Encore plus étrange, d'innombrables cabinets de relaxation, d'art-thérapie, de naturothérapie etc. proposent leur méthode de lutte contre le stress sans même proposer d'analyser les causes du stress et de les réduire. On est au mieux dans le gadget, au pire face à de dangereux gourous.

Le plus grave est que certaines grandes sociétés s'engouffrent dans ce type de solution, espérant sans doute par là éviter d'être désignées comme de mauvais élèves de la lutte contre le stress.

Rappelons donc les principes...
  • La prévention et la réduction du stress passent d'abord par un diagnostic indépendant.
  • Il faut ensuite élaborer un plan d'action. Celui-ci est de la responsabilité de l'entreprise, car c'est elle qui a une obligation de résultat en matière de protection de la santé physique et psychique des salariés. Pour autant, il est obligatoire que le CHSCT soit associé à l'élaboration de ce plan d'action.
  • Le plan d'action comportera des objectifs chiffrables et/ou évaluables, ainsi qu'un calendrier. La plupart de ces objectifs concerneront les processus de travail (soigner le travail). D'autres pourront consister à sensibiliser la hiérarchie et/ou le personnel à la prévention du stress (formations), et/ou à traiter certaines situations aigües (relations toxiques au sein de certains services, par exemple).

 

  • Nous pensons que les experts doivent appliquer une règle essentielle que nous respectons : si les experts sont prêts à accompagner les directions et les CHSCT dans l'élaboration et la mise en œuvre de plans d'action, ils n'ont à vendre, par eux-mêmes ou par l'intermédiaire de partenaires, ni stages, ni cellules d'écoute, ni assistance psychologique individuelle etc. De notre point de vue, il y aurait conflit d'intérêt.

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