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13 / 02 / 2018 | 8 vues
Denis Garnier / Membre
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Salaire au mérite : le paradis des risques psychosociaux, des tricheurs, des compétiteurs et des suffisants

Souvenez-vous, pour atteindre des résultats conformes aux attentes de leur direction, « des ingénieurs de Volkswagen avouent avoir triché concernant le niveau d'émission de CO2. Plusieurs salariés ont reconnu avoir manipulé des données sur les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de voitures du groupe. Ces salariés ont précisé avoir augmenté la pression des pneus et mélangé du diesel à de l'huile de moteur pour réduire la consommation de carburant lors des tests, en expliquant que les objectifs fixés par l'ancien président du directoire, Martin Winterkorn, étaient trop difficiles à atteindre » [1].

Quel que soit le secteur d’activité, c’est toujours le même constat : la tricherie est devenue un sport national voire international, pur produit de la mondialisation de l’économie et de la course au profit dans tous les domaines d’activités. Les industries alimentaire, pharmaceutique et bancaire en fournissent de nombreux exemples.

Aujourd’hui, le gouvernement veut élargir le monde des tricheurs et des compétiteurs aux fonctionnaires et aux EHPAD !

Il ne suffira plus aux fonctionnaires de bien faire leur travail, il faudra que chacun d’entre eux trouve un moyen de se distinguer de l’autre pour avoir un meilleur salaire.

La maltraitance est institutionnelle et le gouvernement va l’accélérer.Le récent conflit qui a mis en exergue les difficultés du monde des EHPAD peut nous fournir un exemple de l’avenir compétiteur dans ce secteur. L’aide-soignante fonctionnaire qui a appris à réaliser une toilette en 20 minutes pour obtenir son diplôme se mettra en concurrence pour faire plus vite et pour être mieux vue de celui qui sera chargé de déterminer son mérite. Comme elle est fonctionnaire titulaire de son grade, elle pourra refuser cette absurde compétition pour préserver un minimum de qualité. Mais le gouvernement a trouvé la parade : il va précariser l’emploi et remplacer cette aide-soignante fonctionnaire sous la protection de son statut par une aide soignante contractuelle sous emploi précaire, donc sous pression.

Elle n’aura pas d’autre choix que d’obéir et d’accélérer la cadence. Dix, quinze, vingt toilettes à l’heure ? Son mérite sera-t-il complété par la fourniture de repas mélangés pour en faire manger à plus de vieux en moins de temps ?

Malheureusement, les témoignages qui se sont exprimés à travers ce conflit nous démontrent que c’est déjà le cas dans de nombreux EHPAD. La maltraitance est institutionnelle et le gouvernement va l’accélérer.

Si ce système concurrentiel est mis en place dans la fonction publique, nous pouvons déjà prévoir une envolée de l’absentéisme chez les fonctionnaires et un renouvellement exponentiel du personnel contractuel (prévisions contenues dans l’accord RPS de la fonction publique, voir ci-dessous). En effet, lorsque ces derniers seront épuisés et essorés, ils seront congédiés. Ce monde vante les bienfaits du développement durable, en favorisant les emplois jetables.

Les administrations appelleront cela « une fin de contrat » ! Ces contractuels brisés n’émargeront plus les dépenses de la fonction publique mais celles de la Sécurité sociale, voire celles du RSA financés par les départements. Faut-il rappeler les conséquences de cette politique chez France Télecom, à la Poste et à l’hôpital aujourd’hui qui doit, lui aussi, devenir rentable ?

Rappelons l’accord 2013 sur les risques psychosociaux dans la fonction publique. 


Extraits :

« Les signataires du présent accord s’appuient sur le rapport du collège d’expertise sur le suivi statistique des risques psychosociaux au travail (Gollac et Bodier) en date du 11 avril 2011, qui définit les risques psychosociaux comme « les risques pour la santé mentale, physique ou sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental ».

Le collège d’expertise a retenu six dimensions de risques à caractère psychosocial :

1.      les exigences et l’intensité du travail,

2.      les exigences émotionnelles,

3.      le manque d’autonomie et de marges de manœuvre,

4.      la mauvaise qualité des rapports sociaux et des relations de travail,

5.      les conflits de valeur,

6.      l’insécurité de la situation de travail.


Le salaire au mérite, qui isole les individus, envenime les rapports sociaux, génère des conflits de valeur, et la précarité qui entraîne l’insécurité des situations de travail sont parfaitement connues du gouvernement et de nos élus.

Ils ont eux-mêmes cités les conséquences de ces mesures :

« Les risques psychosociaux sont à l’origine de troubles sur le plan psychologique, physique et social avec un effet prévisible plus ou moins grave sur le plan physique pour les agents : fatigue, troubles du sommeil, maladies psychiques, dépression, TMS, maladies cardiovasculaires… Dans le service public concerné, ces troubles peuvent se traduire par du désengagement au travail, un absentéisme accru et des conflits entre les gens » [2].

Inconséquence ? Incompétence ? Ou suffisance envers « des gens qui ne sont rien », envers ceux qui n’ont pas envie de devenir milliardaires ou qui ne peuvent pas (ou veulent pas) s’acheter un costard ?

Toutes les démarches entreprises avec les syndicats au sein de la fonction publique par la Direction générale de l’administration de la fonction publique (DGAFP) pour la santé au travail en 2009, prévenir les risques psychosociaux en 2013 ou pour améliorer la qualité de vie au travail prennent l’aspect d’un vaste courant d’air.

Ce gouvernement et les élus qui le soutiennent pour développer la précarité et mettre en œuvre la concurrence entre les agents de la fonction publique, sont les artisans d’un dialogue social perdu, anéanti et dévasté. Quel gâchis !

En réaction légitime, les syndicats appellent à la grève générale dans la fonction publique le 22 mars.

[1] « Volkswagen : des ingénieurs avouent avoir triché pour atteindre les objectifs fixés », La Tribune, 9 novembre 2015.
[2] « Protocole d’accord relatif à la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique », 2013, p. 5.

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