Les SCOP, radeau du capitalisme?
Un contexte entrepreneurial interrogeant
L’actualité est marquée, chaque jour, par la disparition de nombre d’entreprises de toutes tailles et de toutes catégories. Certaines nous alertent plus que d’autres soit par leur caractère emblématique, soit par le nombre de licenciements, soit par le secteur d’activités.
D’autres, de taille plus réduite ou dans des domaines moins visibles arrêtent leur activité avec les conséquences dramatiques que cela peut avoir pour les personnes et le développement économique et social des territoires.
Selon la Banque de France, « à fin novembre, le nombre de défaillances reste stable :
- À fin novembre 2025, le nombre de défaillances est de 68 296 en cumul sur les douze derniers mois (…), un niveau équivalent à celui des mois de septembre et d'octobre (respectivement 68 353 et 68 282 défaillances en données révisées (1). Ce constat est commun à la plupart des catégories de PME et à la majorité des secteurs d'activité (…).
- Au total, la progression des défaillances en rythme annuel (cumul douze mois) poursuit son mouvement de décélération (+4,4 % en novembre contre +4,7 % en octobre).
- Sur la même période, la population d'entreprises s'accroît. Selon l'INSEE, un peu plus de 1,1 million d'entreprises ont été créées à fin novembre 2025 sur 12 mois glissant, en hausse de 3,6 % par rapport au cumul 12 mois arrêté à fin novembre 2024. » (1)
Mais cette progression masque une réalité de type d’entreprises créées : sur 93766 entreprises créées en 2025, 60158 sont des micro entreprises, soit plus de 64 % des entreprises et sociétés et plus de 87% des entreprises individuelles (cf. tableau ci-dessous)(2)

Cette réalité montre le changement profond qui s’opère dans l’économie française : on préfère être son propre patron (ou on nous y oblige comme dans nombres des plateformes de service type transports de personne ou livraison de repas à domicile) plutôt que de se retrouver dans une entreprise classique.
Cela interroge à plusieurs niveaux : l’individualisme y compris dans la démarche entrepreneuriale, la recherche de ressources avec moins de contraintes, le sentiment d’insécurité dans de nombreux domaines économiques, ....
Les SCOP, solution ultime ?
Mais parallèlement, force est de conster que, lorsqu’une entreprise connait des difficultés, le choix se tourne (plus que par le passé) vers les Sociétés coopératives et participatives (SCOP) qui seraient la solution ultime permettant à une entreprise en faillite ou en grande difficulté de se sortir de l’ornière.
Elles sont souvent présentées comme un modèle alternatif pour l’économie française, notamment en période de crise ou de restructuration industrielle.
Les SCOP sont présentées comme une solution de sauvetage d’entreprises en difficulté.
Elles permettraient de sauver des emplois et de maintenir une activité industrielle locale, comme en témoignent les exemples récents de Brandt (électroménager) ou Duralex (verrerie) ou plus anciens comme ScopTI (ex-Fralib) ou Bergère de France. Dans le cas de Brandt, l’État et les collectivités locales ont soutenu un projet de reprise en SCOP pour sauver environ 300 emplois sur 700, malgré un contexte économique difficile et une concurrence internationale accrue.
Cependant, la viabilité de ces projets dépend souvent de l’engagement des banques et des investisseurs privés, ce qui reste un défi majeur, et ce qui ne fut pas le cas pour Brandt. Disons-le, il est étonnant que le modèle capitaliste fasse appel à ce modèle de l’ESS, porteur de nouvelles relations dans l’entreprise, de responsabilité partagée, de nouvelles conceptions de la répartition des richesses.
Nous ne croyons pas en un changement profond de l’économie et le début de notre article le montre puisque la logique de la recherche de profit continue à être le moteur de nombreuses entreprises, mais nous sommes persuadés que le modèle des coopératives est plus fort et plus pertinent tant en termes de création d’entreprises que de respects des personnes qui y travaillent.
Selon les chiffres, 79 % des SCOP sont toujours actives cinq ans après leur création, contre 69 % pour les entreprises conventionnelles. Cela montre une résilience supérieure, mais le succès dépend de nombreux facteurs : taille de l’entreprise, santé financière, qualité de gestion, accès au crédit, etc.
Un modèle qui fait et a fait ses preuves
Il est intéressant de rappeler que les SCOP ne concernent pas uniquement les entreprises en difficulté : elles représentent aussi un choix stratégique pour des entreprises saines, avec des exemples de succès dans divers secteurs (comme le Groupe UpCoop, ex-Chèque Déjeuner).
Cependant, les reprises d’entreprises en difficulté restent les plus médiatisées, car elles cristallisent des enjeux sociaux et politiques forts.
Malgré leur potentiel, les SCOP se heurtent à des obstacles structurels : accès limité au financement, méfiance des banques, besoin de capitalisation importante pour relancer une activité. L’exemple de Brandt illustre bien ces difficultés : malgré un soutien public de 5 millions d’euros et des promesses de collectivités locales, le projet a finalement échoué faute de soutien bancaire suffisant.
Et le droit de préemption par les salariés ?
La loi de juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire (3) comportait, dans sa version initiale, un article sur le droit de préemption des salariés en cas de cessation d’activités. Les lobbyings des entreprises traditionnelles se sont empressés de faire annuler cet article et ce droit de préemption a été supprimé. Nous ne pouvons que le regretter tant cet article était porteur d’une nouvelle prise en considération des salariés et du fait qu’ils sont les véritables moteurs de l’entreprise.
La gauche politique et certains économistes plaident pour un renforcement de ce droit de préemption des salariés en cas de reprise d’entreprise, mais cela reste un sujet de débat.
L’économie française reste marquée par une croissance faible (autour de 1 % en 2026), un déficit public élevé et une incertitude persistante liée à la situation géopolitique et aux tensions commerciales. Dans ce contexte, les SCOP apparaissent comme une piste parmi d’autres pour relancer l’industrie et l’emploi, mais leur impact global reste limité par leur taille et leur nombre.
Les SCOP jouent un rôle croissant dans la préservation de l’emploi et du savoir-faire industriel en France, mais leur développement à grande échelle se heurte à des freins structurels.
Leur avenir dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des banques et des salariés à surmonter ces obstacles, ainsi que de la volonté politique de les intégrer davantage dans la stratégie économique nationale.
Les SCOP montrent qu’un modèle alternatif, centré sur l’humain et le territoire, peut fonctionner — à condition de combiner engagement des salariés, soutien public et innovation. Leur succès dépend souvent de leur capacité à se différencier (qualité, éthique, local) plutôt que de concurrencer frontalement les géants industriels.
C’est bien de la conjugaison entre un « nouveau » modèle entrepreneurial, un engagement continu des pouvoirs publics et un ancrage fort dans les territoires que pourra naître un nouveau paradigme mettant au centre du développement économique les Hommes et les territoires.
Les entreprises de l’ESS ne sont pas une alternative à un capitalisme en capilotade, elles sont une nouvelle forme d’économie à continuer de créer et à défendre.
(1) Source Banque de France : Défaillances d’entreprises - 2025-11 : https://www.banquefrance.fr/fr/statistiques/entreprises/defaillances-dentreprises-2025-11
(2) Source BPI France : la création d’entreprise en France - chiffres de juin 2025 : https://bpifrancecreation.fr/sites/default/files/oce/oce_fsm_france%20entière_202506.pdf
(3) Loi du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire : https://www.vie-publique.fr/loi/20691-economiesociale-et-solidaire-essscop#:~:text=La%20loi%20définit%20le%20champ,au%20développement%20de%20l'activité)