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22 / 01 / 2026 | 19 vues
Christine Fourage / Membre
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Ionis Group : une « gestion familiale », un management autoritaire

Parmi les grands groupes du secteur de l’enseignement et de la formation privés, — Galiléo, Omnes, AD Education, Eduservices — le groupe Ionis, se situant à la cinquième place par le chiffre d’affaire, a la singularité d’être entièrement contrôlé par des particuliers : l’un PDG et fondateur du groupe et actionnaire ultra-majoritaire, l’autre Vice-président exécutif, actionnaire minoritaire ; les actions restantes étant réparties entre des membres de la famille du fondateur.


Ce groupe qui a résisté, un temps, à la prise du train de l’alternance se trouve, de ce fait, en moindre difficulté économique que ses concurrents tout en appliquant les recettes éprouvées de la financiarisation via la constitution d’un capital immobilier et la remontée à une holding propriétaire, de loyers, de redevances de marque, de la facturation de frais de services et de frais de conseils aux différentes entreprises-écoles avec une marge confortable. Si le chiffre d’affaire du groupe se distribue de façon équilibrée entre ses 3 pôles d’écoles (Technologique, Business et Ingénieur) la répartition des résultats est toute autre et se concentre sur quelques pépites, en particulier Epitech et des écoles d’ingénieurs ; le pôle Business est sans surprise le maillon faible.
 

  • Ce dernier secteur est en perte de vitesse relatif dans l’ensemble des groupes, la concurrence s’y est intensifié de façon déraisonnable au fur et à mesure de l’ouverture de nouveaux établissements et ses métiers risquent fort d’être sinistrés par l’IA.
  • Avec une politique de « campus », les travailleurs de Ionis ont tous été tributaires de la fameuse « mutualisation des services » et des « réformes pédagogiques » avec réduction du nombre de semaines de cours en face à face, le développement des « workshop » et autres semaines banalisées, du « comodal », au nom d’un enseignement prétendu « innovant ».
  • Cette politique ou recette de « tueurs de coûts » a pour véritable objet d’assurer une meilleure « rentabilité » au détriment des conditions de travail et de rémunération, et in fine de la qualité des formations.
  • Une des caractéristiques de Ionis est sa réactivité du fait d’un décisionnaire unique. Voir par exemple Epitech — la vache à lait du groupe — qui ayant vu son dossier rejeté par la CTI a aussitôt dissous le « Laboratoire MNSHS  », naguère fondé pour obtenir le précieux sésame du titre d’ingénieur, et a reçu, en lot de consolation, un visa du MESR pour son « diplôme d’expert en technologies de l’information » (arrêté du 18 déc. 2023). Notons que l’ancienne rectrice de Versailles avait été nommée Directrice générale du groupe en juillet de la même année. En juillet 2022, la direction a tenté de dissimuler le licenciement collectif ; voir « EPITECH : Liquidation d’été  » ; « EPITECH : Réaction express de l’inspection du travail  » et « EPITECH : Les salariés se mobilisent  ». Nous avons aussi analysé le système Epitech et ses avatars in « 42 : l’usine à programmeurs  »


Bref, le groupe Ionis se porte financièrement plutôt bien, ce qui lui permet de verser des dividendes élevés à ses actionnaires dont les deux principaux en sont aussi les dirigeants qui profitent à plein de sa réussite ; on est jamais mieux servi que par soi-même ! 

Un management autoritaire

Gouvernance vieillissante et népotisme1, caractérisent un management autoritaire fondé sur une pression maximale exercée sur les équipes et qui, s’il a su surfer sur la vague des années 80 et 90 du décollage des écoles privées avec la bénédiction de l’État et réussir financièrement, n’a pas su ou voulu mettre en place une gestion des ressources humaines qui soit à la hauteur de cette réussite économique : saine, transparente et de nature à proposer des conditions de travail bienfaisantes pour ses salariés. Toutes les remontées des élus, des adhérents et des salariés en souffrance vont dans ce sens.
 

  • Une direction qui refuse systématiquement la visioconférence pour la première réunion de négociation des PAP. Un procédé éprouvé des grands groupes du secteur.
  • Une direction qui joue la montre en profitant des délais à rallonge de la justice et des multiples recours possibles avec le refus de conciliation aux prud’hommes et l’appel quasi systématique en cas de décision défavorable, sans oublier l’usage dévoyé de la rupture conventionnelle pour éviter les licenciements économiques et/ou le risque d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
  • Une direction qui contraint les représentants du personnel au CSE de recourir à l’inspection du travail dont les lettres d’observation et les PV ne sont guère suivis d’effets, aux différents droits d’alerte, à la commission paritaire d’interprétation de la CCN EPI et aux tribunaux pour faire avancer les dossiers. C’est ainsi que la direction considère les institutions représentatives du personnel, le fameux « dialogue social » (voir ci-après les articles en référence).
  • Une direction qui use de procédés que l’on peut qualifier de dilatoires. Ainsi, il aura fallu aux organisations syndicales et aux représentants du personnel plus d’un an, après de multiples péripéties, pour aboutir à la négociation de l’accord de reconnaissance du comité de groupe et de son fonctionnement. Et cela, sans compter la fixation de la première réunion du comité et son déroulement effectif avec notamment des tentatives d’empêcher et/ou de reporter les expertises économiques, la direction arguant qu’elle seule connaît réellement la situation financière et comptable et peut fournir les explications valables sur les comptes du groupe ; la nécessité pour les représentants au comité de groupe d’envoyer, en début de séance, un courriel demandant l’inscription à l’ordre du jour du recours à un cabinet d’expertise et la désignation dudit cabinet ; la contestation par la direction des honoraires et du périmètre de l’expertise. Dans le même esprit on notera la tentative à l’IPSA de faire passer la mission d’expertise-comptable comme « expertise-libre à la charge du CSE » qui s’est soldée par une condamnation de l’entreprise au TJ de Paris. Les membres du comité ont aussi dû demander la tenue d’une réunion extraordinaire pour décider de la possibilité d’ester en justice afin de contrer les manœuvres directoriales ; etc.
  • Une direction qui s’affranchit du droit du travail comme relevé par l’inspection du travail — voir « ISEG Lyon : Une inspection exemplaire ! »2 et qui ne rémunère pas les congés payés non-pris pour cause de maladie professionnelle voir « E-artsup : une condamnation qui fera école ». Sans oublier l’abus des contrats précaires, les pressions pour éviter les embauches de CDI, les CDD à tire-larigot sur des dizaines d’années, les embauches systématiques en auto-entrepreneurs sur de nombreux postes ; voir « Groupe Ionis : Requalification des contrats de travail » (E-artsup) et « Faire face à l’abus de CDDU » (ESME Sudria). Il a aussi été porté plainte devant le tribunal judiciaire de Paris, en juillet 2024, pour entrave au fonctionnement régulier du CSE de l’ISG (non consultation sur la mise en œuvre de la cession au bénéfice de la SAS ISG, avec effet rétroactif au 1er juillet 2019, de l’ensemble des éléments incorporels et corporels attachés à l’Association ISG Institut Supérieur de Gestion).
  • Une direction qui s’affranchit de la CCN EPI avec le défaut de classification du personnel non-chercheur voir « UES Fineduc : Avis d’interprétation de la CPPNIC ».

Etc.

Tout se passe comme si la direction avait érigé la pression autoritaire sur les salariés et les IRP — pour ne pas dire le harcèlement — comme mode structurel de management tout en s’affranchissant du droit du travail.

Avec l’exemple de Ionis et de sa direction si particulière, nous voyons bien que les travers de la financiarisation s’appliquent à tout le secteur de l’enseignement et de la formation privés.

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1. Le président et le vice-président sont nés respectivement en 1949 et 1950. La fille du président est Secrétaire Générale et Directrice adjointe de la Direction financière tandis que le fils du vice-président est Directeur Général de Ionis-STM. Deux salariés du service paie sont cousin et cousine du fondateur. Pour ce qui est de notoriété publique.

2. Depuis juin 2022, les « écoles » ISEG ont été fusionnées en une seule Association ISEG. Les élus et mandatés du nouveau CSE ont alerté les inspections du travail de tous les établissements afin de contraindre la direction à remettre les documents essentiels à l’exercice de leur mission (RUP central et par établissement, BDESE, Registre des dangers graves et imminents, DUERP, etc.), documents qui n’ont à ce jour toujours pas été remis depuis leur élection en octobre 2022. De récentes inspections ont eu lieu à Nantes et à Lyon où, à nouveau, de nombreuses irrégularités ont été relevées.

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