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28 / 01 / 2021 | 413 vues
CFE-CGC GFPP / Membre
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Comment l'État, actionnaire majoritaire d’Aéroports de Paris, peut-il laisser son PDG envisager 6 448 licenciements ?

La direction d'ADP a inscrit l'ouverture d'une négotiation relative à un PSE à l'ordre du jour du comité social et économique du 21 janvier 2021. Dans le document envoyé aux élus relatif à la réduction de la rémunération annuelle des salariés d'ADP, il est écrit en toutes lettres :
 

  • « Dès lors et compte tenu de la configuration du projet, le présent dispositif pourrait impliquer le licenciement de ceux des salariés qui seraient concernés par une modification de leur contrat de travail et qui la refuseraient, soit potentiellement 6.448 salariés ».

 

Ceci, à peine un mois après la signature unanime d'un accord de rupture conventionnelle collective qui prévoit déjà le départ, sur la base du volontariat, de 1 150 salariés dont 700 ne seront pas remplacés et le PDG ayant annoncé que ces départs généreraient respectivement une baisse des charges de personnel de 30 et 60 millions d’euros en 2020 et en 2021.


Comment l'État peut-il accepter le risque d'un départ supplémentaire massif des salariés d'Aéroports de Paris, sachant que ces derniers disposent de compétences qui nécessitent des mois (voire des années) de formation et d’expérience et que certains métiers sont réglementaires ?
 

Contre toute logique, les réductions de l’emploi et de la rémunération restent donc toujours la seule voie privilégiée, plutôt que d'envisager, comme l’a proposé la CFE-CGC, de loyalement négocier des mesures d'économie justement réparties, strictement limitées aux besoins créés par la crise sanitaire et réversibles car soumises à une clause de retour à meilleure fortune.
 

  • Or, la réalité des économies liées à des licenciements est des plus douteuse car ADP a une convention avec l'UNEDIC qui lui permet de ne pas cotiser pour le chômage. En contrepartie, ADP doit rembourser les indemnités chômage dues aux salariés qui quittent l'entreprise, pour l’intégralité des périodes indemnisées, à l'UNEDIC. À cela, s’ajoute le coût de toutes les mesures imposées par un PSE, obligatoire à partir de neuf licenciements économiques, le tout « potentiellement » multiplié par 6 448 !


Lors du CSE du 21 janvier, la CFE-CGC a demandé quel était le montant estimé de ce remboursement à l'UNEDIC à la direction. Celle-ci a répondu ne pas le savoir car elle ignorait le nombre de salariés qui refuseraient les modifications unilatérales de leur contrat de travail.
 

Indépendamment de l’aspect hasardeux et risqué (voire baroque) de cette gouvernance d’entreprise, la CFE-CGC déplore la pression morale subie par des salariés déjà éprouvés par de nombreux mois d'activité partielle, le risque pandémique et le départ prochain de 1 150 collègues. Les salariés d'ADP sont désormais victimes d’un chantage pour les contraindre à accepter des baisses de rémunération définitives et conséquentes (plus de 15 % hors intéressement et participation) pour ne pas prendre la porte.  
 

En effet, ce projet de modification unilatérale du contrat de travail comporte 15 mesures de réduction salariale, notamment une baisse importante des indemnités kilométriques alors que la direction prévoit simultanément : « l'intégration d'une clause de mobilité géographique à tous les salariés qui n'en disposeraient pas, pour permettre une plus grande couverture des différents lieux de travail de l'entreprise, à compter du 1er septembre 2021 ». Un salarié travaillant à Orly pourrait donc se voir affecté à CDG, avec une indemnité kilométrique qui passerait de 315 euros à 23 euros bruts par mois.


Cette gestion inhumaine et inacceptable, qui s’inscrit dans l’objectif de privatisation de l’entreprise, va mettre de nombreux salariés en difficulté. En effet, ce plan d'adaptation du contrat de travail « innovant » (selon le PDG d'ADP) a surtout pour but de précariser ledit contrat donc les salariés d’ADP.
 

En effet, qui pourra désormais s'engager dans un emprunt immobilier, sachant que, du jour au lendemain, son employeur peut baisser sa rémunération et le mener à une situation de surendettement ?   
 

Au-delà de l'entreprise Aéroports de Paris, c'est un vrai problème de société qui se pose et qui doit interpeller nos responsables politiques.

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