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01 / 02 / 2023 | 168 vues
Sébastien Crozier / Abonné
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Télétravail, entre débâcle et sabotage

En 2013 et en 2017, sous l’impulsion de la CFE-CGC, Orange s’était doté d’un accord de télétravail novateur, mais les évolutions de la société et surtout les nouveaux modes d’organisation du travail mis en place par l’entreprise en rendaient la refonte indispensable.

 

Le télétravail concerne plus de 40 000 personnes dans le groupe Orange et le constat est de fait alarmant : le télétravail tel qu’organisé chez Orange engendre un effondrement du pouvoir d’achat de ces télétravailleurs avec contrat en France, mais aussi des pertes d’efficacité et une déstructuration du collectif de travail qui interrogent sur notre mode de fonctionnement collectif.

 

Le télétravail, devient un refuge pour les personnels…

 

La demande de télétravail (à domicile) est principalement liée à l’allongement des temps de transport et à l’inconfort croissant des nouveaux lieux de travail. Nombre d’entreprises ont d’ailleurs décidé de réimplanter leurs bâtiments à proximité des lieux d’habitation des personnels et d’investir qualitativement sur les aménagements des postes de travail.

 

Loin de ces pratiques, la Direction d’Orange : avec une politique immobilière uniquement basée sur la réduction des coûts, éloigne de plus en plus les nouveaux bâtiments des lieux d’habitation des personnels et sont rarement sur des nœuds de transport.
Quant au flex desk inconditionnel pour réduire les mètres carrés par collaborateurs, il aboutit à un inconfort total et une inefficacité opérationnelle.

 

…mais a des conséquences sur la restauration

 

La restauration est une « activité sociale et culturelle » (ASC) qui représente chez Orange environ 1 000 euros par salarié. La plupart des CSE en ont confié la gestion à la Direction.

 

La période de télétravail forcée a mis en lumière toutes les dérives de sa gestion. Aujourd’hui, la restauration collective est en faillite. La Direction, avec le soutien de certaines organisations syndicales, a d’ailleurs décidé de la fermeture de 40 cantines (et ce n’est que le début), rendant les sites encore plus hostiles pour les personnels et refuse dans le même temps de distribuer des Titres Restaurants aux personnels en télétravail forcé et sans contrat de télétravail, ce en toute illégalité.

 

…et sur les personnels

 

De nombreux salariés sont lourdement pénalisés et les contentieux se multiplient. Comment comprendre cette politique qui dégrade la performance économique de chacun ?  Et ce, alors que le coût des frais immobiliers est marginal rapporté à la masse salariale. La CFE-CGC Orange avait demandé que la Direction de l’immobilier soit rattachée à la DRH, et non à un Secrétariat Général, peu soucieux du bien-être des personnels… en vain.

 

La Direction n’entend pas corriger le tir. Elle choisit de faire des télétravailleurs des personnels à bas coût, remplaçables par des sous-traitants ou des personnels délocalisés.

 

L’inflation est croissante mais les indemnités ne sont pas à la hauteur

 

Par l’intermédiaire du flex, imposant de fait le télétravail aux personnels, la Direction d’Orange veut aussi en transférer les coûts (alors que le Code du Travail impose à l’employeur la mise à disposition des outils nécessaires à l’exécution de son travail).

 

Outre le contexte inflationniste, la CFE-CGC a de nombreuses fois demandé la revalorisation de l’indemnisation du télétravail à un niveau significatif. L’indemnité de télétravail – aussi appelée indemnité de bureau – est exonérée de charges sociales (salariales et patronales) et d’impôts sur le revenu. Le plafond maximum passe à 142,95€ par mois à partir du 1er septembre 2022 pour une activité télétravail à plein temps, soit 1 029,24€ par an (pour 3 journées de télétravail par semaine), somme forfaitaire, donc, exonérée de cotisations et contributions sociales. Au sein du groupe Orange nous en sommes loin.

 

Par ailleurs, ceux qui ne télétravaillent pas et sont obligés de venir en voiture ont vu leur frais d’essence exploser. Posant de fait la question d’une aide au transport. Ne faudrait-il pas instaurer une prime générale ? De télétravail pour ceux conduits à rester chez eux, de déplacement pour ceux conduits à venir de loin sur leur lieu de travail ?

 

La Direction a considéré que « l’effort » de rétribution des salariés lors de la Négociation Annuelle Obligatoire d’Orange S.A. 2022 était largement suffisant pour maintenir le pouvoir d’achat des personnels et qu’aucun effort supplémentaire ne serait fait.

 

Echec de la Direction et coup dur pour les personnels 

 

En dépit des deux lettres d’interpellation de toutes les organisations syndicales à la Direction, celle-ci a refusé de moderniser l’accord et s’est bornée à porter uniquement les propositions lui permettant de conduire le bulldozer de sa politique immobilière.

 

La CFE-CGC Orange, suivie par toutes les Organisations Syndicales, a refusé de signer un avenant loin d’être à la hauteur des enjeux.  Rien ne change pour les personnels : l’Accord de 2013 modifié par l’avenant de 2017 continuera de s’appliquer exactement dans les mêmes conditions.

 

La CFE-CGC continuera de mettre sur la table toutes les problématiques de pouvoirs d’achat et d’organisation du travail qui permettent d’assurer à la fois la performance économique et la performance sociale de notre entreprise.

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