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09 / 03 / 2020 | 456 vues
Didier Cozin / Membre
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Il faut sauver le soldat formation professionnelle

Malgré les tentatives de communication positive du cabinet de la Ministre du Travail (alors que la DARES contredit la ministre avec une nouvelle enquête sur le compte personnel de formation), sur le terrain comme dans les faits, la formation professionnelle ressemble plus à une morne plaine qu'au champ de luttes pour les compétences qu'elle prétend offrir.
 

En 2015, la situation post-réforme de la formation (loi du 5 mars 2014) était fort semblable à celle que nous subissons aujourd'hui : des textes touffus, complexes et lacunaires (de 100 à 200 décrets d'application pour des lois et des directives de plusieurs centaines de pages), de ridicules « coups de pied dans la fourmilière » qui ressemblent davantage à des tirs sur une ambulance qu'à une relance des apprentissages professionnels.

La formation professionnelle en entreprise est une nouvelle fois désorientée, évanescente et incapable de servir du fait d'une accumulation de textes de lois et de décrets inconséquents, improvisés et bien trop complexes pour être appropriés par les entreprises (ou leurs salariés, évidemment).
 

Trois éléments majeurs chavirent et empêchent la formation de redémarrer après cette quatrième réforme de la formation intervenue en 2018.
 

  • Toutes les entreprises de plus de 50 salariés ont perdu leurs budgets mutualisés (les ETI y avaient encore accès après 2015). S'appuyant autrefois sur les (faibles) budgets mutualisés (sortes de subventions ou d'assurance formation), elles n'ont plus désormais que de minuscules budgets de formation (sur fonds propres) pour former leurs salariés. Malheureusement, la formation n'est pas la priorité pour 90 % des entreprises. De ce fait, celles-ci ne déploient plus que des formations obligatoires ou quelques rares programmes pour des travailleurs déjà très qualifiés.
  • Ces mêmes « grandes entreprises » ont perdu leurs interlocuteurs privilégiés en formation qu'étaient les OPCA et les financements de branches qu'elles parvenaient à mettre en œuvre.
  • Tous les dispositifs qui préexistaient (et fonctionnaient à des degrés divers) ont été démantelés, bouleversés ou ont disparu :

     
    • les périodes de professionnalisation (très utilisées jusqu'à 2019) ont disparu au profit d'une « pro-alternance » qui est inadaptée pour nombre de salariés en poste, bien plus lourde et difficile à mettre en œuvre ;
    • le quinquagénaire plan de formation a lui aussi disparu au profit d'un plan de développement des compétences que les entreprises ne parviennent toujours pas dessiner ni à mettre en œuvre (d'autant plus que le CSE, qui a remplacé toutes les instances sociales, se cherche aussi) ;
    • le trentenaire congé individuel de formation (CIF) a également disparu (avec les Fongecifs) pour être remplacé par un obscur, complexe et désargenté « projet de transition professionnelle » qui mettrait au moins dix ans à trouver son rythme de croisière et son public ;
    • enfin, le compte personnel de formation (CPF), prétendu pilier des réformes de 2014 et de 2018, ne parvient toujours pas, cinq années après son lancement, à trouver son public ni à atteindre les (faibles) scores de son prédécesseur le DIF (selon la DARES, 1,7 % des salariés y ont eu recours en 2018 et, en 2019, des chiffres officieux évoquent un bilan avec deux fois moins de CPF).
       

Sans mesures conservatoires prises rapidement après les élections municipales, la formation professionnelle des salariés s'enfoncera dans le marasme éducatif et l'attentisme social.
 

Après l'idéologie et le rêve éveillé, vers un sursaut du pouvoir politique ?
 

En 2013-2014 la formation avait déjà connu cette sidération qui suit la réforme de la formation professionnelle. Un moment particulier où la formation ne parvient plus à retrouver un rythme, un espoir ou à se relancer. En 2014, François Rebsamen succédant à Michel Sapin, a relancé une formation à l’arrêt.


Les mesures d'alors tenaient en trois points :

  • favoriser le développement du CPF (fin des listes de formations éligibles et ouverture totale des financements) ;
  • permettre l’essor d’actions de professionnalisation ;
  • favoriser la formation des salariés des petites et moyennes entreprises.
     

En 2020 la formation va très mal, il faut à tout prix lui éviter une sortie de route.
 

En avril 2020, après les élections municipales et alors que l'on devrait connaître les résultats de la mission de contrôle confiée à l'IGF et à l'IGAS (sur la soutenabilité financière de la réforme) par Bercy, il sera encore possible de sauver l'année 2020 en formation en arrêtant le délire réglementaire (200 décrets) et centralisateur (France Compétences) d'une réforme de la formation qui est pour l'heure en totale contradiction avec son intitulé « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

105 heures de formation pour 30 millions d'actifs, c'est pour quand ?
 

À l'automne dernier, reprenant la formulation du World Economic Forum, la Ministre du Travail déclarait que chaque travailleur devrait se former une centaine d'heures (105 heures exactement) pour affronter l'automatisation, la numérisation et la robotisation du travail avant 2022, soit dans moins de deux ans.


Nous sommes sur le point de perdre ce défi, de perdre le contact avec une formation devenant incapable d'anticiper et de préparer nos concitoyens aux exigences d'un travail bouleversé par l'économie de la connaissance.
 

Le « grand soir » doit passer après le développement réel de la formation

L'idéologie du « grand soir » de la formation et sa réforme définitive sont une illusion technocratique. L'État doit très vite en rabattre de ses prétendues ambitions à refonder les apprentissages en entreprises pour faire place au pragmatisme et à l'« opérationnalité ».

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