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04 / 07 / 2019 | 34 vues
Rémi Aufrere-Privel / Membre
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Quand Hong-Kong se rebelle… (la liberté à cœur)

Même si la vie nous apprend à se garder des emportements passionnels, je ne peux manquer de marquer ma vive émotion et mon enthousiasme face aux événements actuels à Hong-Kong. En toute humilité, j’exprime mon avis avec une expérience relativement modeste mais bien réelle sur la réalité du territoire.
 

Ma première visite date du début des années 1990 et était essentiellement touristique. Elle a été suivie par cinq autres déplacements, la plupart pour raisons professionnelles dans le cadre d’études syndicales.
 

J’ai eu l’occasion de rencontrer Han Dongfang, militant syndicaliste libre, fondateur du China Labour Bulletin à plusieurs reprises et j’ai vite sympathisé avec cet homme optimiste et courageux, à l’histoire exceptionnelle. En effet, après un long séjour dans l’armée populaire, puis retourné à la vie civile, il faisait partie des animateurs du printemps de Pékin à Tiananmen en juin 1989, suite au décès de Hu Yaobang. Han Dongfang a été emprisonné, a contracté la tuberculose en prison, puis a été extradé à Hong-Kong encore sous la souveraineté britannique.
 

J’ai aussi rencontré et longuement discuté avec les syndicalistes du HKCTU et HKTUC ainsi qu’avec des militants et élus du Parti Démocrate de Hong-Kong (avec Martin Lee). Je garde un excellent souvenir de Chris Patten, dernier grand gouverneur britannique du territoire qui nous avait rencontrés avec des syndicalistes hongkongais trois ans avant la rétrocession. J’avais apprécié qu’il ait introduit quelques améliorations au LEGCO (conseil législatif de Hong-Kong) mais pas au point de transformer cette instance en véritable parlement au sein duquel chaque membre aurait été élu par l’ensemble des citoyens du territoire. En quelque sorte, Chris Patten a nourri les aspirations démocratiques naturelles mais s’est arrêté au milieu du gué.
 

Comme une belle caricature de moi-même, je suis un Français qui n’a jamais été fou des Britanniques. Je les admire et les déteste à la fois, tout en sachant aussi que l’on peut compter sur eux dans les moments les plus graves de l’histoire européenne du dernier siècle. Mais je reconnais et j’ai admiré l’intelligence de l’administration par le Royaume-Uni, notamment sous Chris Patten et Anson Chan.
 

En effet, c’est bien par le respect des principes législatifs britanniques que les affaires hongkongaises ont été relativement épargnées par la corruption endémique de l’administration en Chine populaire. Non seulement, la corruption a longtemps été combattue mais la transparence relative et vaste des affaires a favorisé un climat économique dynamique. Ajoutons un paysage syndical pluriel, un monde associatif très dynamique et progressiste, c'était Hong-Kong à la veille de juillet 1997 : un territoire chinois à part entière mais aussi particulièrement à part, finalement très différent de la Chine populaire comme de Singapour.
 

Nous avons souvent en tête de belles caricatures lorsque l’on pense à Hong-Kong. Travail, argent, affaires... Le Hongkongais est toujours très actif et occupé ; il vit très vite et travaille beaucoup. Mais, à la différence d’un Singapourien, il est très attaché à sa liberté d’expression et la considère comme un atout pour le développement économique. C’est une divergence fondamentale d'avec la Chine communiste et l’île-État de Singapour.
 

La proposition de faciliter les extraditions vers la Chine populaire pour des incarcérations est inique pour les citoyens hongkongais mais c’est une « normalisation » que l’on pouvait prévoir. Que les dirigeants de Pékin ne puissent plus supporter d’attendre 2047 pour finir la « colonisation » finale de la région autonome n’est pas une surprise, surtout avec le « très grand timonier » qu’est devenu Xi Jinping.
 

À l’issue de la rétrocession de juillet 1997, de nombreux observateurs ont pu penser que les Hongkongais allaient s’intégrer plus ou moins rapidement à la sphère traditionnelle chinoise, en considérant la primauté des activités économiques sur les libertés individuelles, notamment sur l’expression libre.
 

Force est de constater que 22 ans après l’événement historique de 1997, c’est la jeunesse qui se mobilise avec les vieux militants démocrates. Ce qui force le respect et provoque l’admiration est cette résistance jeune et déterminée, qui tranche avec la jeunesse chinoise qui considère l’épanouissement par le seul enrichissement et qui paraît accepter le « contrôle social » par les technologies de surveillance comme un handicap nécessaire pour la jouissance de nouveaux biens matériels. La différence culturelle (et politique) entre ces deux jeunesses est forte. Pour moi, la modernité et l’espoir résident assurément chez ces jeunes Hongkongais qui envahissent maladroitement sans doute le Parlement du territoire de la bauhinia.
 

Ce un souffle me rassure sur la vitalité démocratique de cette modeste parcelle chinoise et met à défaut le dogme d’une grande Chine ne pouvant être dirigée que par un pouvoir autoritaire. C’est aussi et surtout pour cela que les manifestations sont essentielles et que le gouvernement de Xi Jinping voudra étouffer et écraser le mouvement d’expression démocratique avant qu’il ne puisse produire des effets sur le continent et prouver l’obsolescence de la pensée dictatoriale chinoise même maquillée par la technologie et le verbe creux*.
 

Même si je redoute les larmes demain ou après-demain mon cœur bat aujourd'hui pour les manifestants jeunes et moins jeunes à Hong-Kong.

 

* Extraits de l’ouvrage de Xi Jinping (La gouvernance de la Chine) : « La construction in extenso de la société de moyenne aisance » (p. 141)… « La mise en place d’un système d’économie de marché socialiste proposant de faire jouer au marché un rôle fondamental dans la répartition des ressources sous le macro-contrôle de l’État » (p. 87).

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