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22 / 06 / 2022 | 174 vues
Denis Stokkink / Abonné
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« Nous devons mobiliser le Parlement européen sur le rôle de l’ESS » - Hugues Sibille, Labo de l'ESS

A l'occasion de la série d'articles "l'ESS en Europe"  - Pour La Solidarité - PLS a interviewé le président du Labo de l'ESS Hugues Sibille.


Quel est le rôle et quelles sont les missions du Labo de l’ESS, think tank français de l’ESS ?

 

Hugues Sibille : Le Labo est un think-tank, sous forme d’Asbl, crée il y a 11 ans par Claude Alphandery, pour promouvoir le débat d’idées sur l’ESS, en partant des solutions innovantes portées par l’ESS sur les territoires pour répondre aux enjeux actuels de citoyenneté économique, de transition écologique, de justice sociale. Le Labo a des méthodologies de travail bottom up. Il part d’observations de terrains, par des visites apprenantes, des études de cas, des partenariats avec les acteurs locaux; il en tire des enseignements stratégiques sur ce que pourrait et devrait être la contribution de l’ESS à une transition juste et à de nouvelles coopérations territoriales; à partir des observations empiriques et une vision de l’avenir, il dégage des propositions concrètes d’action en direction de l’ensemble des parties prenantes, c’est a dire, l’Etat, les collectivités locales, les réseaux de l’ESS, les mouvements syndicaux et citoyens, les universitaires et intellectuels etc.
 

Dans la période actuelle les deux fils rouges de ses études-actions portent sur la transition juste et sur la coopération territoriale. Le Labo privilégie dans ses travaux le niveau méso (territoire, filière) au niveau macro ou micro. Dans la dernière période il a ainsi travaillé sur les pôles territoriaux de coopération économique, sur l’alimentation durable et la lutte contre les précarités alimentaires, sur la place de l’ESS dans les démarches Lowtech, sur l’articulation entre une transition juste et les situations de précarité. Il devrait travailler à partir de septembre sur les économistes et l’ESS, sur la relance de l’éducation populaire, sur l’accompagnement et l’ingénierie des innovations territoriales. Ses travaux sont suivis par un Conseil d’orientation et la vie de l’Asbl est pilotée par un comité de direction. Le Labo est reconnu par l’Etat, et partenaire des organisations représentatives de l’ESS. Il anime un club d’entreprises de l’ESS et met en place des ambassadeurs sur les territoires.

 

Quels sont les enjeux et thématiques saillants de l’économie sociale dans les années à venir, et son rôle dans le monde d’après ?

 

Hugues Sibille : Au plan de la contribution sociétale de l’ESS à une transformation de l’économie vers une économie plus durable, plus juste, plus inclusive, je vois trois thématiques majeures pour l’ESS. La première est d’être pionnière et leader d'une nouvelle citoyenneté économique par un empowerment des citoyens sur la production, la consommation, l’épargne et le financement, la mobilité, le logement etc. Il s’agit de démocratiser l’économie en faisant en sorte que le citoyen ne soit pas seulement acteur d’une démocratie politique essoufflée mais aussi en capacité d’orienter directement l’économie. Je parle ici de coopératives d’intérêt collectif, de nouvelles coopératives de consommation, de circuits courts, d’épargne solidaire, de monnaies locales, d’habitat participatif…La seconde problématique est d’être un acteur de référence de la transition écologique par sa lucrativité limitée, par sa capacité à entreprendre et innover sur de nouvelles activités (alimentation durable, énergie citoyenne, mobilité partagée, économie circulaire…) ou de nouveaux process, et par sa capacité d’éducation populaire à une transition juste. La troisième problématique est de transformer l’emploi et de redonner du sens au travail, en s’opposant à l’uberisation de la société, à son individualisation excessive. L’ESS doit défendre un carré positif de l’emploi avec un contrat, une protection sociale, un collectif de travail, un sens d’utilité sociale du travail. Cela vaut en priorité dans les secteurs comme la santé, la dépendance, l’éducation, la culture…Pour être en position de pionnier sur ces sujets, et de pollinisation du reste de l’économie, l’ESS devrait travailler en interne sur elle même dans trois directions : la démocratisation et la transparence de ses gouvernances; la mesure de ses impacts; les méthodes de coopération territoriale.

 

L’Europe s’intéresse d’avantage à l’économie sociale, notamment avec un plan d’action, présenté par la Commission en décembre 2021 : en quoi est ce bénéfique et quels sont les liens du Labo de l’ESS avec les organisations et projets européens?

 

Hugues Sibille : face aux menaces actuelles, l’Europe doit défendre un nouveau modèle de développement, différent des modèles américains (néolibéralisme) ou chinois (centralisme autoritaire). L’ESS peut être une composante significative et un aiguillon de ce nouveau modèle, mieux régulé, plus écologique, plus juste. Pour cela il faut une volonté politique européenne . Elle a fait défaut pendant 10 ans au sein de la Commission. Le Commissaire Schmit entend revivifier cette volonté politique en faveur de l’ESS et nous, acteurs de l’ESS, devons l’y aider par notre capacité de proposition et de mobilisation des acteurs de terrain. 


Nous devons donc soutenir, enrichir, contribuer à la mise en œuvre de ce Plan d’action. Nous devons mobiliser le Parlement européen sur le rôle de l’ESS. Nous devons mettre en réseaux horizontaux les acteurs de l’ESS, et pas seulement verticalement vers Bruxelles, nous devons amplifier les dialogues et synergies entre Europe de l’Ouest et de l’Est. La Covid et maintenant l’atroce guerre en Ukraine, réveillent un sentiment européen. 


A nous de nous appuyer sur cette « attente d’Europe » pour proposer des solutions pour le 21 eme siècle différentes de celles du 20 eme siècle (libéralisme versus communisme). Je crois en l’Europe, en sa culture humaniste, en son histoire régulatrice. Je suis un militant pro européen. À ce titre je suis expert ESS auprès de la Commission européenne (groupe du Geces) et préside en France la Commission Europe du Conseil supérieur de l’ESS. Le Labo de l’ESS que je préside veut être un acteur Europeen engagé. A ce titre il travaille à la mise en réseau des think tanks européen de l’ESS, avec PLS , RÊVES , le RTES et peut être d’autres demainSoyons volontaires et agissons comme si nous ne pouvions pas échouer.

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