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03 / 02 / 2023 | 433 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Négociation salariale : deux retours d'expérience accompagnés par Syndex

Le 12 janvier, deux négociatrices syndicales de BNP Paribas et de Weber, une filiale de Saint-Gobain, ont expliqué comment elles avaient préparé et conduit leurs dernières négociations salariales. 

Si Julie Lequeux, déléguée syndicale nationale adjointe CFDT BNP Paribas est permanente syndicale,  c'est loin d'être le cas pour Sandrine Dupont, déléguée syndicale centrale CFDT de Weber. L'occasion de voir les conditions d'accompagnement par Syndex. 

Deux négociations qui illustrent l'importance des augmentations générales dans les revendications des élus ayant répondu à l'enquête Syndex sur les rémunérations et négociations salariales 2022.



1 - Les conditions préalables

  • La formation 


Weber (750 salariés) > Pour la première fois, l'équipe syndicale s'est formée à la négociation pour préparer la négociation salariale de mars 2022.

"Cela a créé les conditions pour travailler en équipe alors que personne n'est permanent syndical"
, souligne Sandrine Dupont, déléguée syndicale centrale CFDT, qui a pu découvrir à cette occasion la part de jeu de rôle que sous-entendait une négociation.
 

Syndex >  Pour Julien Gournay, consultant au sein du pôle social, "la charge de travail est forte lorsque l'on s'engage dans une négociation salariale. Il est donc essentiel de bien répartir les rôles et les missions". Et ce dernier de ne pas manquer de s'appuyer sur sa propre expérience d'élu à l'occasion des formations.
 

  • Le calendrier 


BNP Paribas SA  (40 000 salariés  > La direction entend systématiquement être la première banque de l'Association Française des Banques (AFB) à ouvrir les négociations salariales en septembre pour donner le ton et se placer en position de force face aux syndicats.


"Commencer les premiers ne joue pas en notre faveur au niveau de BNP Paribas SA, ni des filiales du Groupe", considère Julie Lequeux, déléguée syndicale nationale adjointe CFDT.
 

Weber > Pour la première fois, la négociation salariale a commencé en mars 2022 alors que les négociations salariales avaient commencé en décembre  dans les autres filiales du groupe. Un avantage selon Sandrine Dupont.

  • Front commun syndical ?
     

Weber >  La CFDT est le seul syndicat représenté et c'est plutôt un point positif pour Sandrine Dupont, qui constate la difficulté pour les syndicats à faire front commun dans d'autres filiales du groupe.
 

BNP Paribas SA > Seuls le SNB CFE-CGC et la CFDT sont représentatifs et négocient. En 2022, l'ensemble des organisations syndicales (sauf l’UNSA), représentatives ou pas, ont fait front commun pour peser au maximum dans la négociation salariale.
 

"Nous avons aussi embarqué les syndicats non représentatifs dans le mouvement revendicatif. Nous avons pu utiliser le spectre d’un blocage du dialogue social et des instances dans l’entreprise quand elle a souhaité resserrer le calendrier qui avait été prévu au départ", explique Julie Lequeux.
 

  • La place de l'intéressement-participation dans l'équation des rémunérations


Intéressement-participation font l'objet d'une négociation spécifique chez BNP Paribas et Weber mais les directions respectives ne manquent pas de rappeler à l'occasion des négociations salariales le poids que cela représente : environ 3 mois de salaire.



BNP Paribas > "L'intéressement et la participation peuvent contribuer à creuser les inégalités entre les salariés qui peuvent placer les fonds dans leur plan épargne entreprise (en bénéficiant de l’abondement de l’entreprise) et ceux qui ne le peuvent pas. Le phénomène est amplifié car la redistribution est par ailleurs proportionnelle aux salaires" - Julie Lequeux.
 

Weber > "L'augmentation du coût des matières premières a eu un effet très négatif sur l'enveloppe de l'intéressement. Le supplément qui sera accordé ne compensera qu'en partie la baisse" - Sandrine Dupont.
 

Syndex >  Pour Yoel Amar, consultant au pôle économie, "il y a une très forte instabilité des prix liée à l'énergie avec des niveaux de redistribution de la performance qui se creusent entre les entreprises qui en profitent et celles qui la subissent. Le tout avec une conséquence immédiate  sur le coût des mobilités domicile-travail pour les salariés".

 

  • Comment capter les attentes des salariés ?
     

Weber > un questionnaire papier a été distribué par les élus avec un taux de réponse de 27 %. L'occasion de bien mesurer les niveaux d'exigence et les capacités de mobilisation selon le site. Les résultats, traités par Syndex, ont été restitués aux salariés au moment de l'ouverture des négociations.
 

"Pour la première fois, des cadres se sont manifestés pour demander à bénéficier d'une augmentation générale. Tous ne touchent pas en effet les augmentations individuelles attendues" -  Sandrine Dupont.
 

BNP Paribas > "Les cadres ont clairement demandé à bénéficier davantage de la négociation collective. Ils ont multiplié les prises de contact directs avec nous, les syndicatq, mais aussi directement auprès de la DRH ce qui est une nouveauté" -  Julie Lequeux.
 

2 - La conduite de la négociation salariale

  • Quelles priorités ? Quelle évaluation des marges de manœuvre de la direction ?

 

BNP Paribas > La direction communique uniquement le montant global de l’enveloppe affecté aux NAO, sans détailler la répartition entre les différents dispositifs salariaux.
 

"Le recours à Syndex nous permet de contrer les arguments de la rigueur et de compenser l'asymétrie des informations que cultive la direction à notre égard. Notre ligne de conduite était de négocier un accord équitable qui bénéficie au plus grand nombre de salariés et particulièrement au plus bas salaire avec la revendication d'un plancher significatif" -  Julie Lequeux.
 

Syndex > "Le poids excessif de la masse salariale aux yeux des actionnaires est un argument régulièrement avancé par les directions au moment des négociations salariales or les banques se sont restructurées depuis déjà quelques années. Il faut déconstruire le mythe de ce coût au regard du niveau de profitabilité d'une banque comme la BNP Paribas qui a profité pleinement de l'augmentation des taux d'intérêt" - Yoel Amar.


Weber  > Objectif : obtenir un talon sur les augmentations de salaire.  Une revendication régulièrement refusée.


"Nous avons été en mesure de chiffrer pendant les négociations toutes les conséquences que pouvaient avoir nos revendications sur la masse salariale. Cela a été un gage de crédibilité que de pouvoir utiliser ce tableur sur mesure" - Sandrine Dupont.
 

Syndex > "Les négociateurs ont besoin de disposer en temps réel d'un outil simple, un tableur, leur permettant de se livrer à des simulations sur la base d'hypothèses. Si la direction conteste, il lui appartient alors de communiquer les bons éléments de départs aux syndicats" - Julien Gournay.

  • Le déroulement 


Chez BNP Paribas comme chez Weber, les négociations se sont déroulées en trois rounds avec des délégations syndicales de quatre représentants. A la différence de chez Weber, les syndicats de BNP Paribas ont la possibilité d'utiliser la messagerie professionnelle pour informer les salariés qui le souhaitent. 
 

BNP Paribas SA  > La direction est partie d'une enveloppe d'augmentation générale de 2,8 % pour arriver à 3 % pour tous les salaires inférieurs à 90 K€, soit 93 % des salariés, et avec un plancher de 1200 € / an quand la direction partait à 500 € / an. La prime sur la valeur ajoutée est accessible à 86 % des salariés, avec une dégressivité en fonction du niveau de salaire,  contre 82 % sur la proposition initiale de la direction. Les augmentations ont été répercutées sur les bulletins dès janvier 2023 alors que la direction visait mars 2023. Il n'y a eu en revanche aucune marge de manœuvre sur l’enveloppe des augmentations individuelles (figée à 1,5% de la masse salariale).
 

"Pour les plus bas salaires, le plancher  permet d'assurer une augmentation de 6 %", souligne Julie Lequeux.
 

Weber > "Cela a été une surprise de voir la direction accepter pour la première fois le principe d'un talon en partant à 50 € par mois pour finir à 70 €. Cela représente une augmentation de 3,9 pour les plus bas salaires" - Sandrine Dupont.
 

Dans le fil de discussion du direct, un représentant syndical d'ArcelorMittal rapporte une augmentation générale de 4,4 % obtenue avec un talon mensuel à 120 €, soit l'équivalent d'une hausse de 6,5 %.
 

3 - Bilan et perspectives

Weber > Les négociation salariales ont commencé le 24 janvier, simultanément avec les autres filiales du groupe, avec un nouveau directeur général et un nouveau DRH. Avec un financement sur le budget de fonctionnement du CSE, l'accompagnement par Syndex a été renouvelé.
 

"Des cadres nous ont félicité pour le talon obtenu pour les bas salaires. Nous sommes l'une des rares filiales du groupe où le principe d'une augmentation générale perdure pour les non cadres. Il va falloir continuer à le défendre car ce n’est pas acquis", souligne Sandrine Dupont.
 

BNPParibas > "Nous sommes satisfaits sur le plan de l'équité même si l'on peut toujours nourrir des frustrations. La stratégie sur les prochaines négociations salariales va dépendre des résultats des élections professionnelles de mars prochain", avance Julie Lequeux. Aujourd'hui, le SNB CFE-CGC pèse plus de 50 % des voix tandis que la CFDT en représente presque 27%.
 

Syndex > Pour Julien Gournay, "il est important de montrer aux directions qu'elles n'ont pas le monopole du chiffrage" tandis que
Yoel Amar considère que "c’est une victoire que l’obtenir un talon significatif car c’est  une vraie mesure de justice sociale pour les salariés les plus exposés à l’inflation".