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14 / 12 / 2015 | 1 vue
Didier Cozin / Membre
Articles : 59
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Réforme de la formation : deux ans après, le pire est à craindre

Le 14 décembre 2013, les partenaires sociaux signaient un accord formation qui prétendait refonder la formation en France.

Cet accord partait de fausses fausses évidences ayant servi à démanteler l’ancien système de formation :

  1. la formation serait inaccessible aux salariés les moins qualifiés ou aux chômeurs ;
  2. 32 milliards d’euros seraient gâchés annuellement par un système qui détournerait les fonds au profit de quelques-uns ;
  3. salariés et employeurs seraient suffisamment responsables pour dépenser plus que la cotisation minimale (pour les uns) alors que les autres (les salariés) prendraient de leur temps libre pour monter en qualification via des diplômes et titres (durant des centaines d’heures).

On ne part pas en formation en France sur 3 clics de souris

En cette fin d’année 2015, le CPF (phare ou emblème de la réforme) est un échec patent et 2016 ne verra aucune amélioration (le site mal construit et impensé est en travaux pour l'été prochain).

Face à cette trouvaille paritaire aberrante qu'est le CPF, aucune manipulation statistique du ministère du Travail ne pourra abuser les salariés s'ils avaient la tentation de se rendre sur le site www.moncompteformation.gouv.fr.

Le ratio de réalisation du CPF selon les retours des 150 plus grandes entreprises de France est d'un CPF pour 1 000 salariés.

Ce ratio de 1 pour 1 000 évoluera peu à l’avenir et ne rejoindrait pas avant des décennies les 5 à 6 % de DIF de 2014.

Même si dix fois plus de salariés accédaient au CPF en 2016, nous serons toujours loin du compte pour au moins 3 raisons.

  • Le CPF n’est pas financé : 0,2 % pour les seules entreprises de plus de dix salariés (80 % des entreprises sont des TPE en France) cela représente moins de 5 % des sommes nécessaires pour déployer 24 heures de formation par an et par salarié (en 2008, la Cour des Comptes estimait qu’une formation de 20 heures généralisée coûterait 12 milliards par an).
  • Le CPF égrène des listes invraisemblables de plus de 20 000 certifications (divergentes selon les 22 anciennes régions) et prétendument accessibles (ou utiles, comme le diplôme d’État d’ergothérapeute en 3 200 heures, proposé dans les supermarchés aux hôtesses de caisse).
  • Le CPF (comme le futur CPA) fait reposer sur l’individu seul la responsabilité de sa formation (l’employeur est écarté du processus du développement des compétences). Les plus précaires ne pourront évidemment jamais y accéder.

À partir de 2016, le seul thermomètre officiel de la formation disparaît.

Cet indicateur n'est pas remplacé par quoi que ce soit.

Le ratio officieux d'un CPF pour 1 000 salariés se vérifie dans la quasi-totalité des entreprises de plus de 50 salariés mais les pouvoirs publics ayant fait également disparaître en 2015 le thermomètre formation (la déclaration 2483 qui ne sera pas remplacée par quoi que ce soit), toutes les manipulations statistiques sont désormais envisageables (comme celle qui consiste à verser sur les comptes CPF des dizaines de milliers de chômeurs en formation, chômeurs qui de toute façon auraient été formés avec ou sans CPF).

Le CPF ne peut reposer que sur une politique de formation très ambitieuse et très rare en entreprise en France.

Sans politique volontariste (et coûteuse en temps et en argent) de cadrage et de déploiement interne du CPF dans l’entreprise, le CPF restera un dispositif inutile dont l’immense majorité des salariés ne comprendra ni le mode d’emploi, ni le contenu, ni même l’intérêt.

Les pouvoirs publics et le monde du travail n'ont jamais voulu aborder courageusement les vraies raisons de l'échec de l'éducation et la formation.

a. La déresponsabilisation du corps social sur le développement des compétences et l’éducation des adultes (ni les syndicats, ni les employeurs, ni même souvent les salariés n’ont de culture de formation).

b. La mauvaise qualité des relations de travail, l’absence de perspective et de reconnaissance dans la sphère professionnelle (mise à part pour une petite élite de travailleurs très qualifiés et choyés par leur employeur).

c. La déliquescence de l’Éducation nationale qui renvoie sans aucune instruction ni éducation des centaines de milliers de jeunes tous les ans dans un monde du travail pour lequel ils ne sont ni préparés ni utiles.

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