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09 / 07 / 2026 | 13 vues
Attron AHOBO / Membre
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Quand l'erreur devient un luxe

Qui n'a jamais entendu cette phrase : « L'erreur est humaine » ? Dans la vie de tous les jours, elle est répétée comme une évidence. Elle rassure. Elle invite à apprendre, à progresser, à relativiser. Je l'ai longtemps crue. Puis, sans m'en apercevoir, j'ai commencé à vivre comme si elle ne me concernait plus.
 

Je relisais chaque courriel plusieurs fois avant de l'envoyer. Je vérifiais une note jusqu'à l'épuisement. Je reprenais une écriture, un dossier, une décision, encore et encore, à la recherche d'une phrase maladroite, d'un oubli, d'une imprécision.


Je ne cherchais plus seulement à bien faire mon travail.

Je cherchais à ne jamais donner prise à la critique.

L'erreur n'était plus une possibilité normale de l'activité professionnelle.

Elle devenait une faute anticipée, redoutée, parfois même imaginée avant d'exister.

Progressivement, cette vigilance permanente a fini par coloniser ma manière de travailler.


Je ne me demandais plus :

« Ai-je fait correctement mon travail ? »

Je me demandais :

« Ai-je oublié quelque chose ? Ai-je laissé une faille ? Que va-t-on encore dire de mon travail ? »


Il suffisait parfois d'un courriel, d'une remarque glissée entre deux lignes ou d'une observation apparemment anodine pour que tout le travail accompli semble disparaître. Ce qui retenait mon attention n'était plus ce qui avait été réalisé, mais ce qui restait à améliorer, ce qui aurait pu être fait autrement ou ce qui n'avait pas répondu, totalement, aux attentes.

Peu à peu, j'ai fini par intérioriser cette manière de regarder mon propre travail.


Je me suis surprise à croire que si quelque chose dysfonctionnait, j'en étais forcément responsable. Comme si les difficultés d'une organisation pouvaient se concentrer sur les épaules d'une seule personne.


Le plus troublant est que personne ne m'avait jamais dit explicitement : « Vous n'avez pas le droit à l'erreur. » Personne n'avait prononcé cette phrase. Pourtant, je vivais comme si elle m'était adressée chaque jour.

À force de vouloir répondre à des attentes souvent implicites, j'avais fini par transformer la perfection en obligation.

Je ne travaillais plus seulement avec ma conscience professionnelle.

Je travaillais sous le regard que j'imaginais posé sur chacun de mes gestes.

Peu à peu, ce regard extérieur était devenu une voix intérieure.

C'était désormais moi qui me jugeais avant même que les autres ne le fassent.

C'est sans doute ainsi que s'installe l'une des formes les plus insidieuses de la souffrance au travail.

Non pas dans une violence ouverte.

Mais dans cette vigilance permanente qui conduit à douter de soi, même lorsque rien, objectivement, ne vient confirmer ces doutes.

Car un autre paradoxe s'est progressivement imposé à moi.

Pendant que je remettais sans cesse mon travail en question, les projets continuaient d'avancer. Les missions étaient menées à leur terme. L'établissement poursuivait son développement. Les collaborateurs avec lesquels je travaillais au quotidien me témoignaient leur confiance et exprimaient leur satisfaction de travailler ensemble. Il arrivait même que l'on fasse appel à moi pour conduire de nouveaux dossiers ou apporter mon expertise.

Ce décalage m'a longtemps interrogée.

Comment pouvait-on finir par douter autant de soi lorsque les faits racontaient une histoire différente ?

C'est peut-être là que réside l'un des mécanismes les plus discrets de l'usure professionnelle.

À force de concentrer son attention sur ce qui manque, sur ce qui pourrait être mieux ou sur ce qui risque d'être reproché, on finit par ne plus voir ce qui fonctionne.

La conscience professionnelle est une qualité. 

Mais lorsqu'elle se transforme en exigence de perfection permanente, elle cesse d'être une force.

Elle devient un piège.

On croit se protéger de la critique.

En réalité, on s'enferme dans une vigilance sans fin, où chaque erreur possible prend des proportions démesurées.

C'est peut-être là que commence l'une des formes les plus silencieuses de souffrance au travail : lorsque l'on cesse progressivement de s'accorder le droit d'être simplement humain.

Car l'erreur n'est plus vécue comme une étape de l'apprentissage.

Elle devient une menace.

Et lorsque l'on ne s'autorise plus à être faillible, ce n'est pas seulement la confiance en soi qui s'érode.

C'est aussi le plaisir de travailler qui disparaît peu à peu.

 

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