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La MAIF, historiquement engagée dans le champ de la solidarité et de l’économie sociale et solidaire.
PASCAL DEMURGER , Directeur général de la MAIF, Coprésident de IMPACT- France a bien voulu répondre aux questions du Ciriec France.....
La MAIF est historiquement engagée dans le champ de la solidarité et de l’économie sociale et solidaire. Quel positionnement adopte-t-elle aujourd’hui face aux grandes mutations en cours ?
La MAIF n'a jamais séparé son activité d'assureur de son engagement militant. Cet engagement remonte à sa création, porté par des enseignants qui voulaient s'assurer différemment, dans un esprit de solidarité.
Les mutations que nous traversons aujourd'hui sont nombreuses et se renforcent mutuellement : le dérèglement climatique multiplie les sinistres et transforme en profondeur notre métier d'assureur ; l'intelligence artificielle bouleverse nos organisations et nos manières de travailler ; ces transformations s'accompagnent de tensions sociales autour de la création de la valeur et de son partage.
Face à cela, notre positionnement s'articule autour de trois responsabilités, qui sont pour moi indissociables.
-Envers nos sociétaires, d'abord. Les protéger face à des risques nouveaux est au cœur de notre métier. Nous le faisons évoluer notamment en développant la prévention, la réparation résiliente aux côtés de la seule indemnisation, pour anticiper et réduire les conséquences des risques climatiques. Notre objectif est de préserver un monde habitable.
-Envers nos collaborateurs, ensuite, en garantissant des conditions de travail qui ont du sens face à ces mutations. C’est le modèle du management par la confiance que nous pratiquons depuis plus de dix ans : il repose sur une logique de symétrie des attentions, selon laquelle la considération, la confiance et la bienveillance dont l’entreprise fera preuve à l’égard de ses salariés seront aussi bénéfiques pour le service apporté à nos sociétaires.
-Envers la société, enfin, en cherchant toujours à ce que nos externalités positives dépassent nos externalités négatives, que ce soit en matière sociale, de diversité et d’inclusion, écologique ou plus récemment de souveraineté numérique.
es trois dimensions se nourrissent mutuellement. Par exemple, la décision de créer un dividende écologique, équivalent à 10% des bénéfices de la MAIF, visait précisément à prendre soin à la fois de l’environnement et de nos sociétaires, en menant des opérations de réhabilitation de la biodiversité, mais aussi de leurs habitations en finançant des travaux pour les rendre plus résilientes face au dérèglement climatique.
Après avoir redéfini sa raison d’être, la MAIF a décidé en 2020 de devenir société à mission comme prévu par la loi Pacte. Quels enseignements en tirez-vous six ans après ?
Nous avons contribué à construire ce cadre, avec la conviction que la loi Pacte pouvait changer en profondeur la manière dont les entreprises se conçoivent. Six ans après, je peux dire que cela fonctionne à la MAIF mais à certaines conditions. La première condition est la cohérence entre ce que l'on affirme et ce que l'on fait.
Une société à mission qui proclame des engagements sans les traduire dans ses décisions concrètes perd toute crédibilité, en interne comme en externe.
C'est la condition la plus exigeante par hypothèse. Ensuite, la mission doit réellement structurer la prise de décision.
À la MAIF, cette attention sincère aux autres et au monde se décline en un quadriptyque : performance durable de l'entreprise, satisfaction des sociétaires, contribution au bien commun, épanouissement des acteurs.
Chaque arbitrage important est évalué à l’aune de cette grille. La troisième condition est une certaine vigilance sur les conditions d’exercice du contrôle. Le comité de mission, indépendant, doit avoir les moyens et la liberté d'exercer un regard exigeant sur nos résultats. Sans cette redevabilité réelle, le risque est que le statut devienne un exercice de communication.
Enfin, la mission est un cheminement long, parsemé d’itérations et de réajustements. Il faut accepter d’être mis en doute, interrogé et challengé sur ses propres engagements.
L’idéal étant que chaque salarié se sente dépositaire de la mission et incité à la porter au quotidien. C'est cette tension permanente qui, à mes yeux, donne sa valeur et sa richesse à la démarche.
Vous avez été reconduit dans votre fonction de coprésident du mouvement des entreprises engagées Impact France. Dans un contexte international de plus en plus difficile et instable, quelles préconisations formulez-vous pour que les entreprises françaises puissent résister ?
Je pense que le risque principal pour la France et l’Europe serait d’accepter une soumission économique face aux acteurs très conquérants que sont la Chine et les Etats-Unis. Ce qu’il faut craindre c’est un continent qui, au lieu de se protéger et d’investir dans les secteurs d’avenir, détricoterait son modèle social, ses normes et in fine ses valeurs en espérant rester dans la course par la seule compression des coûts. La compétitivité coût est importante, mais le modèle du prix le plus bas n’a pas d’avenir durable tant il détruit emplois, ressources naturelles et nous maintient dans des dépendances dangereuses.
Ce qu’il faut au contraire engager, c’est une quête de la qualité comme outil de compétitivité et source de progrès. Notre modèle doit favoriser les entreprises qui produisent des marchandises et délivrent des services de qualité, intégrant les enjeux sociaux et environnementaux. C’est de cette manière que nous tirerons notre épingle du jeu, créerons des emplois de qualité et donnerons du sens au travail. 18 Trois leviers me semblent prioritaires.
D'abord, une concurrence plus loyale avec les acteurs non européens, pour que les entreprises qui investissent dans la qualité, la décarbonation, la formation ne soient plus pénalisées face à des modèles court termistes.
Cela peut supposer des protections intelligentes selon les secteurs. Ensuite, un investissement massif, à la fois public et privé, dans les filières stratégiques, l'énergie décarbonée et les compétences critiques, par l’orientation des marchés publics et de l’épargne, car c'est notre capacité productive qui conditionne notre indépendance.
Enfin, remettre le travail au centre, en le rendant à la fois plus rémunérateur et plus porteur de sens, pour donner les moyens de soutenir ce modèle de quête de la qualité et restaurer la cohésion sociale qui est elle-même une condition de résilience.
Et cette conviction n'est pas isolée : le Mouvement Impact France, que je copréside, réunit aujourd'hui 30 000 entreprises, contre 8 000 il y a trois ans. C'est le signe, dont je me réjouis, que des dirigeants toujours plus nombreux ont compris que l'engagement social et environnemental est un avantage économique, qui nourrit leur performance. C'est, à mes yeux, une raison suffisante de ne pas baisser les bras.
Vous avez publiquement pris position sur les risques de l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National et reproché à une « part croissante du monde économique » de se préparer à cette éventualité. Pouvez-vous repréciser votre analyse face à cette situation ?
Je n’ai pas vocation à commenter constamment la vie politique, mais j’ai effectivement pris la parole sur un sujet précis : l’opération de séduction du RN vis-à-vis du patronat. J’ai voulu alerter sur les risques d’un rapprochement qui, à mes yeux et comme dirigeant de la MAIF, ne fait qu’accélérer la montée en puissance d’un parti déjà aux portes du pouvoir en lui conférant une image de sérieux, sans garantir en aucun cas une bonne politique économique pour la France.
C’était une prise de position réfléchie, qui repose sur les incohérences économiques du programme du RN, mais aussi sur le constat qu’il reste un parti qui souhaite rompre avec nos valeurs républicaines et menacerait notre État de droit, notamment au travers de son projet de préférence nationale qui reviendrait à priver d’égalité de droits des millions d’étrangers et binationaux.