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14 / 11 / 2022 | 261 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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"Il faut soulever le capot social de la RSE" - Jean Claude Mailly

La responsabilité sociétale des entreprises ou responsabilité sociale des entreprises (RSE)  désigne la prise en compte par les entreprises, sur une base volontaire, et parfois juridique, des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et éthiques dans leurs activités.  C'est sur ces axes que la stratégie de développement durable d'une entreprise va se baser pour définir  les plans d'action qui seront créés.

Pour mémoire la  norme ISO 26000, standard international, définit le périmètre de la RSE autour de sept thématiques centrales :

  1. la gouvernance de l’organisation
  2. les droits de l’homme
  3. les relations et conditions de travail
  4. l’environnement
  5. la loyauté des pratiques
  6. les questions relatives aux consommateurs
  7. les communautés et le développement local.


Depuis l'entrée en vigueur de la loi PACTE du 22 mai 2019, de nouvelles dispositions sont entrées en vigueur pour renforcer la RSE, et  nombreux sont ceux qui la mettent en avant ...dans leurs discours.

Mais qu'en est-il véritablement ? Ceux qui en parlent le plus mettent-ils véritablement ces principes en pratique...

 

Echange avec Jean Claude Mailly, ancien responsable syndical, président de JCBC Conseil et administrateur d'Homa Capital, une société de gestion qui a créé un fonds qui investit dans des PME françaises cotées sur critères sociaux.

 

Où en est-on aujourd’hui sur la RSE ?
 

C’est une tendance lourde qui tend à s’imposer progressivement. Les engagements internationaux comme les ODD (objectifs de développement durable de l’ONU), les directives européennes telle la taxinomie ou les dispositions françaises comme le devoir de vigilance jouent un rôle indéniable même s’il reste beaucoup de travail à accomplir.
 

Nous n’avons pas encore éradiqué la RSE marketing, ni le green ou social washing. L’une des difficultés tient à la priorité accordée au niveau international depuis la fin des années 80 à la compétitivité prix comme conséquence de la mise en œuvre des principes économiques de l’école de Chicago privilégiant le rendement actionnarial.
 

Pour ne prendre qu’un exemple il serait plus que nécessaire que les normes internationales du travail adoptées par l’OIT fassent l’objet de sanctions quand elles ne sont pas respectées. Une catastrophe comme celle du Rana plaza en 2013 où 1135 travailleurs ont perdu la vie dans l’incendie d’une usine textile au Bengladesh, usine fournisseur de groupes occidentaux, a eu l’effet d’un électrochoc, nombre de donneurs d’ordres commençant à s’intéresser aux conditions de travail chez leurs fournisseurs ou sous-traitants.

 

La RSE couvre l’environnement, le social et la gouvernance, les trois sont-ils traités au même niveau ?
 

Non il y a clairement un décalage pour le social, notamment parce qu’il est plus difficilement quantifiable à la différence de l’environnement où l’on mesure par exemple les rejets de CO2. Pour le social on ne peut pas se contenter de réponses déclaratives des entreprises ou d’examen des data. Je ne citerai qu’un exemple : celui de l’entreprise Orpea qui était très bien notée avant que le scandale n’éclate. Il faut donc pouvoir ouvrir le capot, aller voir ce qui s’y passe, pouvoir discuter avec le management mais aussi le secrétaire du CSE.

 

Plus globalement il est important que l’entreprise prenne en considération toutes ses parties prenantes ou son écosystème, à savoir ses salariés, ses actionnaires et dirigeants, ses clients, ses fournisseurs et les collectivités.

 

Dans une économie que l’on dit financiarisée, est-ce-que la finance se préoccupe du social dans ses investissements ?

 

Très peu en fait, au-delà des données des agences de notation avec un prisme particulier sur l’environnement. Pourtant nombre de travaux académiques démontrent qu’une entreprise ayant une bonne note sociale traduisant un bon climat social est plus performante, ne serait-ce parce que la productivité y est naturellement plus élevée.


Je suis administrateur d’une société de gestion (Homa capital) qui a créé un fonds qui investit dans des PME françaises cotées sur critères sociaux, l’objectif étant d’accompagner ces entreprises pour que le social s’améliore. En tant qu’actionnaire nous ne pouvons pas être intrusif mais intervenons avec l’accord de l’entreprise. Nous ne nous contentons pas d’investir, nous ouvrons ainsi le capot. N’oublions jamais que dans le social il y a des éléments qui se mesurent mais il y a aussi beaucoup de relationnel et de savoir-faire.

 

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