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01 / 04 / 2019 | 136 vues
Alain Arnaud / Abonné
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Finance et intérêt général : donner du sens à l’argent

Quelque 200 participants ont participé à la conférence internationale « Finance et intérêt général : donner du sens à l’argent » organisée par le CIRIEC-France, au Centre Pierre Mendès-France du Ministère de l’Économie et des Finances.


En guise de conclusion, quelques considérations autour des thèmes abordés au cours de la conférence ont pu être proposées.
 

1 – D’une manière générale, le secteur bancaire et financier a besoin d’une véritable « écologie financière ».
 

La première mesure « écologique » est d’appliquer les normes institutionnelles (les autorités de régulation et de contrôle y veillent) mais aussi la déontologie de la profession parce qu’elle existe, contrairement à ce que l’on pourrait penser. En Europe et en France, les législations et réglementations prises à la suite des recommandations des G20 sont draconiennes et les autorités de contrôle plutôt exigeantes et tatillonnes, d’autant plus que la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme sont devenues des priorités absolues.

Une deuxième mesure « écologique » serait d’organiser la traçabilité des flux et des opérations. Le client déposant d’une banque doit être en mesure de comprendre comment son argent est utilisé et de savoir quelle est la marge d’intérêt que l’établissement gestionnaire perçoit. Accessoirement, il a le droit de connaître la formation des coûts dans la facturation des frais bancaires. De la même façon, il doit savoir comment les produits d’épargne et d’investissement qui lui sont proposés par sa banque sont élaborés, avec quelle composition et avec quel degré de risque.

Les banques et les acteurs financiers pourront redorer leur image, particulièrement dégradée dans l’opinion publique, à ce prix.

Il va de soi que les institutions financières relevant de l’ESS doivent être les premières à respecter ce cadre de valeurs et ces bonnes pratiques.
 

2 - La finance socialement responsable ne peut prospérer que s’il y a une prise de conscience collective que l’avenir de nos sociétés passe par la préservation de l’environnement, par des pratiques économiques éthiques respectant les Droits de l’Homme et les droits sociaux et par des modèles organisant la solidarité, le partage et non le chacun pour soi…
 

Il semble évident de le dire mais il y a tant d’intérêts divergents dans ce monde qu’il est légitime de l’évoquer.


C’est donc une question éminemment politique, qui interroge les citoyens et les pouvoirs publics mais aussi les organisations et entreprises qui produisent de la valeur réelle.


Face aux crises, G20 après G20, les États ont assez sensiblement renforcé leurs dispositifs d’encadrement des marchés financiers et imposé des règles prudentielles plus contraignantes aux banques et institutions financières. De la même façon, sous la pression des mouvements écologistes et altermondialistes, ils ont fini par engager des discussions plus consensuelles sur la problématique majeure de notre planète, celle du respect de l’environnement et du réchauffement climatique, même si les solutions ne sont pas encore vraiment tangibles.


Ces réalités et cette prise de conscience constituent évidemment un terreau favorable pour accélérer le développement d’une finance qui puisse servir une économie plus raisonnable.


3 – La finance socialement responsable doit s’inscrire dans un schéma durable.


Il est vain d’énoncer de bonnes idées si celles-ci ne s’inscrivent pas dans une perspective de développement dans un temps long. Pour ce faire, il paraît nécessaire qu’au moins trois conditions soient réunies.

 

  • Première condition : la finance socialement responsable doit s’appuyer sur un système de valeurs irréprochable.
     

C’est un lieu commun que de le dire mais il semble nécessaire de le rappeler tant les pratiques dans le secteur financier peuvent rapidement s’éloigner de valeurs auxquelles nous tenons.
 

Ce système de valeurs s’applique à l'élaboration de produits, à la façon de les distribuer et aux systèmes de rémunération qui sont attachés à leur distribution.
 

Concernant l’élaboration des produits relevant de l’Investissement socialement responsable, les sous-jacents doivent être d’une totale transparence sur leur caractère éthique, bien documentés et responsables vis-à-vis des Droits de l’Homme et de l’environnement.
 

Ils doivent probablement faire l’objet de pratiques de distribution qui soient plus vertueuses que celles concernant les produits financiers classiques, avec des rémunérations tant pour l’investisseur que pour l’intermédiaire qui soient considérées comme normales.
 

  • Seconde condition : le développement et la durabilité de la finance socialement responsable ont besoin d’un soutien de la part des politiques publiques.
     

La part de la finance responsable dans le système financier classique reste faible. En Europe, où le concept d’investissement socialement responsable s’est développé plus tardivement qu’en Amérique du Nord, cette part doit s’élever à environ 10 %. Il y a donc des marges de progrès.
 

Mais il est évident que pour que la finance socialement responsable puisse prospérer dans la sphère financière, il est nécessaire qu’un rapport de forces soit organisé. C’est un défi difficile à relever car l’hydre financière classique n’entend pas forcément se débarrasser de ses tares originelles que sont l’appât du gain rapide et les pratiques spéculatives. Il faut donc que les pouvoirs publics interviennent.
 

En Europe, les vents semblent favorables à une approche plus sociale et plus environnementale de l’économie et un certain élan politique a pu être constaté ces derniers temps pour promouvoir une utilisation plus responsable des instruments financiers. Mais il reste beaucoup à faire.
 

  • Troisième condition : la finance socialement responsable doit s'inscrire dans une organisation d’acteurs mieux structurée.
     

L’objectif est de passer du marché de niches à une part de marché significative. Pour cela, les produits estampillés ISR doivent être considérés comme des produits financiers comme les autres, par les marchés, comme par les acteurs de ces marchés et dans l’opinion publique. Cela pose évidemment la question de leur rendement car l’on voit bien qu’il peut y avoir des divergences d’intérêt à certains moments entre recherche de la rentabilité (notamment pour les institutions financières qui ont besoin de rémunérer leurs actifs) et l’envie d’investir dans de la finance socialement responsable.
 

Ces dernières années, on a cependant vu s'organiser un environnement mieux structuré pour l’Investissement socialement responsable, avec des acteurs qui prennent une part de plus en plus grande au développement du secteur et dont la conjugaison finira bien par porter ses fruits sur le long terme.
 

4 – Enfin, les acteurs de l’économie sociale et solidaire doivent être les aiguillons de la finance socialement responsable.
 

Nous serons tous d’accord ici pour dire que l’économie sociale porte en elle-même la pierre philosophale de l’économie durable. Il serait donc dommage de ne pas considérer qu’elle doit jouer un rôle majeur en matière de promotion et d’impulsion d’une finance plus responsable. Elle en a la légitimité.
 

En effet, les entreprises de l’économie sociale et solidaire ont fait la démonstration de leur résilience face aux crises ; elles doivent donc être à l’avant-garde du développement de la finance socialement responsable.
 

Fortes de leur présence dans l’économie de nos pays et de leur capacité à résister aux turbulences des marchés financiers, elles incarnent par leurs fondements mêmes la bonne articulation entre l’économique et le social.
 

Les banques coopératives doivent bien entendu être au cœur de ces évolutions parce que c’est leur vocation originelle. Mais elles doivent résister au chant des sirènes, comme les investisseurs institutionnels relevant de l’économie sociale et solidaire, que ce soient les grandes mutuelles ou les grandes coopératives.
 

Enfin, nous avons beaucoup à apprendre du modèle québécois de finance solidaire car la démonstration a été faite qu’avec un système de valeurs solide, une conception efficace de la mise en réseau et une forte volonté militante, on peut aboutir à conjuguer économie, finance, responsabilité et solidarité.

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