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26 / 01 / 2021 | 99 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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« Coopérer et faire société n’est pas inné » - Bertrand Souquet, président de l'ESPER

L'ESPER (l'Économie sociale partenaire de l'école de la République) est une association rassemblant près d'une cinquantaine d'organisations de l'économie sociale et solidaire (associations, mutuelles, coopératives et syndicats) agissant dans le champ de l'école et de la communauté éducative et engagées ensemble pour la promotion et l’éducation à l'ESS fête ses dix ans. À cette occasion, Bertrand Souquet, son nouveau président a bien voulu répondre à nos questions.
 

L'ESPER va fêter ses dix ans. Pouvez-vous nous rappeler son approche et sa démarche ?

Le comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l'Éducation nationale (CCOMCEN) a été initialement conçu comme un groupement d’intérêt économique (GIE) dont l’objet était d’abord de réguler les relations entre les membres. Plus de quarante ans après sa création, la nécessité de faire évoluer la structure a paru comme une évidence à ses membres, désireux de mieux réunir leurs compétences au service d’un projet commun. Ces derniers se sont accordés sur l’idée qu’il était nécessaire de sensibiliser les jeunes à l’ESS en développant la citoyenneté. Ainsi, après la dissolution du CCOMCEN, l’association L’ESPER est née le 8 décembre 2010.

 

L’ESPER est un collectif de 43 organisations (associations, mutuelles, coopératives et syndicats) de l’économie sociale et solidaire qui œuvrent pour l’éducation et la sensibilisation des jeunes à l’ESS, de la maternelle à l’université. Ainsi, ces organisations visent à faire émerger ensemble un projet de société fondée sur une économie plaçant l’humain au centre de ses préoccupations. À cet effet, nous animons plusieurs dispositifs parmi lesquels la plate-forme « Ressourc’ESS », sur laquelle nous mettons des outils pédagogiques à destination des enseignants à disposition ainsi que notre projet phare « mon ESS à l’école » qui permet de mener un projet ESS, de la manière la plus concrète possible, au sein d'une classe ou, plus largement, d'un collectif d'élèves accompagnés par des enseignants.

 

Notre structure est également partenaire de l’Éducation nationale et du Ministère de l’Économie sociale et solidaire, suite à la signature d’accords-cadres depuis 2013.

 

L’ESPER s’inscrit donc dans un véritable projet politique pour répondre aux besoins de notre société, de manière innovante, notamment dans cette période de crises actuelle.

 

Avec le recul de ces dix années, peut-on rapidement revenir sur l'action concrètement menée par l'ESPER ?

Depuis le début, notre action principale consiste en l’éducation à l’économie sociale et solidaire grâce à la pratique et à la rencontre. C’est à la fois la promotion du modèle, de ses entreprises, de la façon d’entreprendre mais surtout de la façon de penser, de voir et d’agir pour le monde. Ensemble, nous voulons montrer qu’il y a des alternatives crédibles et nous défendons l’idée d’une éducation tout au long de la vie.
 

Il s’agit de permettre aux plus jeunes de concrètement vivre les valeurs de la République, en participant à un projet coopératif. Nous le constatons chaque jour : coopérer et faire société n’est pas inné, cela s’apprend dès le plus jeune âge.

 

Nous agissons et proposons des outils et accompagnons la communauté éducative. Avec le dispositif « mon ESS à l’école », nous permettons à des élèves (qu’ils soient collégiens, lycéens ou en filière agricole, générale, technologique ou professionnelle) ou étudiants en maisons familiales et rurales (MFR) de créer, en classe, une entreprise de l’économie sociale et solidaire. Avec cette démarche, ils font et expérimentent ensemble par la prise de responsabilité et deviennent des acteurs, à part entière, d’un projet entrepreneurial, collectif et d’utilité sociale.

 

Au-delà des nombreuses compétences qu'élèves et étudiants développent à travers ce type de projet, par la pratique, ils s’approprient et donnent sens aux valeurs d’égalité, de coopération et de solidarité que l’économie sociale et solidaire porte.

 

Cette expérience permet également aux jeunes d’appréhender le monde économique et professionnel qui les entoure, en vue de leur orientation scolaire et professionnelle. Ainsi, « mon ESS à l’école » concourt à l’application des recommandations des parcours « avenir et parcours citoyen ».

 

Aujourd’hui, nous accompagnons plusieurs centaines d’enseignants et d’élèves engagés dans des dynamiques comme la « semaine de l’ESS à l’école » ou « mon ESS à l’école ». On estime qu’en cinq ans, nous avons accompagné 10 000 élèves et plus de 500 enseignants dans des projets de création d’entreprises de l’ESS en classe. La pédagogie proposée a permis à des élèves (avec l’aide de leurs enseignants) de créer des épiceries solidaires éphémères, des associations au sein d’un lycée comme une association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) etc. Tous ces projets permettent à chacun de connaître l’environnement socio-économique dans lequel il évolue, d’appréhender d’autres formes d’entreprises et de participer à la formation de la citoyenneté.
 

Comment voyez-vous la déclinaison de la poursuite de cet engagement dans les mois et années à venir ?

Cette crise a agi comme un révélateur. Elle a mis la dégradation de notre système de santé et la nécessité de réévaluer certains métiers en lumière, tant certains d’entre eux, injustement déconsidérés, se sont révélés indispensables au fonctionnement du pays.
 

Les enjeux sont clairement identifiés : ils sont économiques mais surtout environnementaux, sociaux, juridiques et démocratiques.
 

Cette crise démontre la nécessité de favoriser l’émergence d’une société fondée sur de nouvelles coopérations, en prenant les aspirations des citoyens en compte, lesquels sont plus que jamais en quête de sens. Un modèle de société plus éthique, plus responsable et plus seulement à la recherche d’une rentabilité à court terme. Qui favorise l’utilité sociale et plus une surconsommation destructrice de notre environnement.
 

Aussi, dans les années à venir, notre association devra penser l’évolution de son projet pour embrasser les questions qui traversent la société plus largement : transition écologique, emploi, orientation, solidarité… Pour tout cela, les acteurs de l’ESPER devront agir ensemble en proximité des citoyens et de leurs adhérents sur tout le territoire.

 

La jeunesse est-elle sensible à un modèle de société plus éthique et plus responsable ?

Bien entendu. Les jeunes ont cette capacité de sortir des sentiers battus. Ils ne raisonnent plus dans la même logique que leurs aînés et sont favorables à de nouvelles formes d’engagement. Aujourd’hui, ils préfèrent s’engager autrement en dépassant les cadres connus. Ainsi, 70 % des 18-30 ans placent « le sens » au cœur du choix de métier.

 

L’étude d’impact que nous avons menée sur le dispositif « mon ESS à l’école », au cours de l’année 2019-2020 montre que les jeunes veulent s’inspirer de l’ESS et changer de paradigme et penser autrement en mettant du sens dans leurs actes. Ainsi, 98 % des élèves disent avoir envie d’aider les autres et 89 % disent vouloir participer à un projet collectif après s’être engagés dans un projet comme « mon ESS à l’école ».

 

Avec la crise que nous traversons, un grand nombre de jeunes souhaite s’engager. Nous devons les accompagner et leur montrer que des initiatives et des alternatives existent pour transformer la société à partir de l’école. Ainsi, il s’agira de favoriser l’orientation des élèves grâce à des stages au sein des structures de l’ESS, par la découverte des différents métiers de l’ESS et la connaissance d’emplois, non délocalisables, à proximité de leurs lieux de vie. L’économie sociale et solidaire répond à ces aspirations : ce cadre d’engagement donne sens et utilité sociale et permet des possibilités d’insertion professionnelle.

 

La jeunesse s’organise désormais très bien face à la complexité du monde ; elle en a les moyens grâce aux outils numériques et aux réseaux sociaux. La mobilisation massive de la marche pour le climat en a été un exemple révélateur. Car si les jeunes entendent les discours, ils souhaitent à présent des actes et sont prêts à les poser. Évitons cependant de faire peser sur eux une trop lourde responsabilité et écoutons ce qu’ils ont à nous dire.

 

Charge à nous d’assurer un accompagnement de qualité et de les aider pour faire advenir une société plus solidaire, plus soucieuse de l’environnement et plus juste.

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