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15 / 04 / 2021 | 485 vues
Jean-Claude Delgenes / Membre
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Batailles syndicales ou digitales au service de la relation avec les salariés ?

FAQ

Toute personne lucide a pu observer, au cours de sa vie professionnelle, la disparition rapide de très grandes sociétés disqualifiées par une révolution technologique et culturelle qu’elles n’avaient pas su appréhender ou anticiper. La plupart des dirigeants de ces grandes sociétés avaient d’abord négligé l’invention qui devait emporter leur entreprise dans une spirale négative si ce n’est mortelle. 
 

Ces évolutions ont mis en avant l’impératif d’une maitrise des technologies et surtout d’un management stratégique de la technologie. En effet le temps s’est accéléré depuis le tournant du siècle. Une invention sortie des laboratoires de recherche peut s’affirmer à vitesse accélérée en tant qu’innovation et révolutionner son marché. Ignorer ces avancées c’est subir et sans doute disparaitre. 
 

Les exemples de ces mastodontes disqualifiés par cécité technologique se recensent à la pelle. Cette sélection naturelle s’accompagnant d’une suppression massive d’emplois qui ont touché les Nokia, Sagem ou BlackBerry sociétés qui par exemple sont passées à côté de la création des smartphones apparus en 2007.  Sony qui avait révolutionné les usages de la mobilité avec la création du walkman n’a pas non plus su inventer l’iPod. Quant à l’appareil de photo numérique, le New York Times nous apprend qu’il a été inventé en 1973 par un ingénieur de 24 ans nommé Steven Sasson au sein de la société Kodak qui pourtant a loupé ce virage essentiel pour son développement économique… 
 

Chacun mesure aujourd’hui l’importance de l’innovation pour la création et le développement d’acteurs qui deviennent majeurs en très peu de temps comme Tesla dans le secteur automobile. Tous ces échecs ou ces irréalisations montrent combien à tous les niveaux nous sommes entrés dans une longue transition digitale qui transforme nos univers de travail et de vie. 


La pandémie actuelle qui espérons le sera jugulée par les vaccins et les traitements accélère le mouvement même si elle nous invite aussi à la réflexion car depuis vingt ans, les virus se sont multipliés. Les scientifiques affirment que d’autres virus surviendront vite, voire très vite après la Covid 19 en raison de la trop forte pression exercée sur le monde naturel et animal par le développement d’une société humaine non réfléchie.

Capacité d'adaptation des syndicats


Pour les organisations syndicales, acteurs essentiels, de la démocratie sociale et de la correction des disparités et des inégalités, Il convient aussi de s’adapter à cet univers digital en expansion rapide et pour cela d’anticiper au plus vite pour éviter d’être les prochaines victimes d’une sélection par le vide comme l’ont été les entreprises qui n’ont pas su oser et anticiper. Attention que l’on comprenne bien le syndicalisme n’est pas voué à disparaitre en revanche certaines organisations à la cécité technologique trop invalidante peuvent disparaître.


Le digital n’est pas réservé au monde lucratif. Toutes les organisations sont contraintes aujourd’hui de s’adapter à la norme nouvelle des applications.
D’ores et déjà la relation syndicale, la relation entre les élus du personnel et les salariés, la relation entre les élus et les directions s’avère elle aussi impactée très fortement par cette digitalisation qui accélère.


Les organisations syndicales qui sont dans une situation de concurrence extrême depuis la loi de représentativité de 2008 et qui doivent sans cesse agir pour se faire reconnaître par les salariés, gagner leur vote, pour se maintenir en état de représentativité vont devoir appréhender au mieux ces nouvelles technologies. Pour assurer leur essor. Pour se maintenir en activité.
 

  • Les élections qui viennent de se dérouler dans les très petites entreprises (TPE) en cette fin du mois mars 2021 illustrent bien l’importance des outils technologiques pour toucher les salariés en période de pandémie. Le chômage, l’activité partielle, le télétravail éloignent les salariés mais aussi les agents de la Fonction publique de leurs représentants. Ces élections ne vont certainement pas modifier la représentativité des centrales. Les dernières élections avaient connu une forte abstention avec 8% de votants. La votation qui vient de s’achever en période de pandémie ; les salariés ayant l’esprit mobilisé par d’autres préoccupations d’ordre économique et sanitaire ; se trouve encore en retrait. Le niveau des votants se situe à 5 %. Les résultats seront dévoilés en mai ou juin prochain par le gouvernement. Il sera essentiel néanmoins de mesurer les évolutions des équilibres électoraux à l’aune des campagnes digitales plus ou moins originales qui ont été menées. 


Ces faits et la modification des pratiques montrent que l’usage de l’informatique sera utilisé de plus en plus pour relier les organisations et les salariés dans les petites entreprises comme c’est le cas avec ces élections ou bien encore dans les grandes au sein desquelles, de plus en plus, les élus recherchent le changement et l’innovation.

Nouveaux outils digitaux


Le cabinet Technologia ne se contente pas d’analyser les usages digitaux et de les commenter. Depuis des années le groupe consacre tous ses moyens à un investissement massif en mobilisant ses ingénieurs et ses experts pour chercher à répondre aux attentes en particulier avec la création d’outils digitaux. C’est à l’aune de ses réussites que je puis écrire à partir de ma fenêtre d’observation. Comme le disent avec justesse les sociologues « Il faut savoir d’où parle la personne qui tient le verbe ».  


Alors je précise d’où je parle c’est pourquoi mes propos sont intéressants en tant que témoin d’une évolution sociologique. Pour répondre aux demandes qui lui étaient adressées par les élus du personnel débordés par le maquis juridique issu des grandes réformes , Lois Rebsamen, EL Khomri , Ordonnances Macron, le cabinet a lancé l’application NosDroits by Technologia qui connait un large succès actuellement avec des milliers d’utilisateurs qui accèdent gratuitement à un code du travail mis à disposition gracieusement , de manière pédagogique,  et de plus à une veille juridique journalière afin de rester en alerte sur les points d’inflexion juridique. 


Pour mener à bien cette opération nous avons beaucoup réfléchi à l’application AMIE lancée peu auparavant par un cabinet concurrent et qui a été un lourd échec, l’application a été retirée après quelques mois. Primo nous avons retenu une très forte exigence de simplicité du système pour favoriser l’usage final des utilisateurs. C’était une première condition pour la création technologique et marketing. Secundo, nous sommes partis du postulat que les utilisateurs de l’application désiraient obtenir non pas simplement des échanges, genre forum, mais des contacts « au service d’une information hautement qualifiée et sûre » Pour cela Technologia Juris, cabinet d’avocat a été créé pour respecter la réglementation en vigueur en matière d’information et de consultation juridique.


Nous avons lancé dans la foulée une seconde application MaviePro afin de réduire l’asymétrie d’information, l’asymétrie de connaissances qui existent au sein du monde de l’entreprise et permettre ainsi aux salariés de connaitre les règles du jeu en interne. D’ores et déjà plusieurs grands comptes suivent cette innovation majeure en adoptant pour leur CSE ces outils. 


Grâce à ces applications les salariés, les élus obtiennent plus de réponses et plus rapidement que dans les modes traditionnels de communication, la rapidité pour se procurer l’information est décisive Elle est en effet essentielle quand on se trouve confronté à des enjeux de décision et qu’il faut rendre un avis sans se tromper. La pertinence d’une information chacun le comprend résulte de son tempo. Si la décision est prise et que l’information « juste » parvient après, cette information revêt beaucoup moins d’intérêt.


Les organisations syndicales qui hésiteraient encore pour évoluer vers la digitalisation doivent comprendre que d’ici 2028 c’est-à-dire demain la grande majorité de leurs adhérents potentiels seront des Millennials. 


Parfois les responsables syndicaux, et ce n’est pas forcément ceux qui sont les plus proches de l’âge de la retraite se libèrent de cet impératif en le renvoyant à plus tard… comme l’on fait avant eux les décideurs des grandes sociétés déclassées sur leur métier et leur marché par des disruptions qu’elles auraient pu affronter sans trop de problème avec de la lucidité.

Ne pas substituer l'outil à la relation


Pour autant comment doit être utilisé l’outil digital ? C’est une vraie question car dans notre pays très souvent l’outil a conduit à une déperdition du service rendu. On a substitué l’outil à la relation
 

  • Tenter d’avoir par exemple rendez-vous au niveau de l’assurance retraite pour boucler son dossier de retraite ou avec un centre administratif pour régler des problèmes revient à chercher le Graal. Les services publics se sont totalement défaussés sur la démarche électronique et n’offre plus vraiment la possibilité de contact. C’est un véritable scandale mais c’est un autre sujet qu’il faudra bien aborder un jour.


Les syndicalistes, les élus du personnel doivent éviter ce piège de l’enfermement technologique. Comprendre que leurs adhérents potentiels cherchent au contraire des contacts, des relations ; dans les faits l’outil digital doit venir au secours de l’exigence relationnelle.


Les organisations qui parviennent à se développer sont celles qui favorisent grâce à leurs outils, une mise en relation tout en maintenant une bonne dose de psychologie et d’adaptabilité que seul un humain peut apporter. L’action juste sur le plan digital ne vise pas à se substituer à la relation humaine mais vise à la compléter et à surmonter un défi de distanciation. En clair le fil digital doit permettre de tisser de nouvelles relations et d’offrir d’autres services.
Les élus en particulier des grandes organisations passent un temps considérable à assumer leurs responsabilités dans des réunions qui se succèdent au sein du CSE, ou des organismes paritaires etc.


Les salariés ne connaissent pas toutes ces actions pourtant essentielles dans nos sociétés qui ont plus que jamais besoin de contre pourvoir, de contre poids pour aller vers des décisions qui intègrent une vision depuis le bas . En matière paritaire, les organisations syndicales agissent dans les secteurs de la formation, des retraites, de la prévoyance, au sein des prud’hommes, du CESE, et dans une multitude d’autres réunions. Autant de séances contraintes qui peuvent en raison de l’occupation, et de la paperasserie administrative éloigner les élus du terrain. 


Aujourd’hui plus que jamais le développement des organisations syndicales, nécessaire si ce n’est essentiel pour assurer une démocratie de proximité passe par la réalisation de nouveaux contacts sur le terrain, en cela la bataille du digital qui commence à s’engager entre les organisations syndicales sera gagnée par celles qui mettront la technologie au service de la relation avec leurs adhérents potentiels. C’est-à-dire l’ensemble des salariés. Les organisations qui l’emporteront sont celles qui seront parties – du digital pour passer plus de temps sur le terrain- pour renforcer leur écoute, leur attention, pour apporter leur expertise tout en accompagnant les salariés de manière personnalisée. On l’a compris aujourd’hui, il ne convient pas d’opposer digital et relation traditionnelle. 


Dans les faits la maîtrise du digital offre un véritable avantage « concurrentiel » aux organisations qui le maîtriseront. En réalité c’est la complémentarité de la présence physique et digitale qui assurera aux organisations les plus averties de prospérer afin d’attirer de nouveaux adhérents au service de la démocratie sociale.

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