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22 / 09 / 2026 | 22 vues
Eric Gautron / Abonné
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Arrêts de travail : derrière les chiffres, des salariés malades et des conditions de travail qui se dégradent

Arrêts courts, arrêts longs, accidents du travail, maladies professionnelles : derrière les milliards d’euros d’indemnités journalières, il y a avant tout des femmes et des hommes qui ne peuvent plus travailler parce que leur santé ne le leur permet pas.

 

Depuis plusieurs mois, les arrêts de travail sont devenus un sujet politique de premier plan. Le gouvernement parle d'une progression « non soutenable » des indemnités journalières. Il renforce les contrôles, encadre davantage les prescriptions médicales et cherche plusieurs centaines de millions d'euros d'économies. La campagne électorale s’est greffée aussi dans le débat avec des positions avancées par certains candidats (notamment le fameux « OPEN BAR »).

 

Mais une question essentielle mérite d'être posée :
 

  • Pourquoi les arrêts de travail augmentent-ils ?

 

Est-ce parce que les salariés abusent davantage du système ? Ou parce que le travail abîme davantage les corps et les esprits ?

 

La réponse est évidemment plus complexe que les slogans.

 

17,9 milliards d'euros : oui. Mais que racontent réellement ces milliards ?

 

Le chiffre est désormais connu : en 2025, les dépenses d'indemnités journalières ont atteint 17,9 milliards d'euros.

 

Pour le gouvernement, c'est une alerte budgétaire.

 

Pour notre organisation syndicale , cette réalité financière ne peut pas être contestée, mais elle doit être analysée correctement.
Car tous les arrêts ne se ressemblent pas.

 

Un salarié qui reste trois jours chez lui avec une grippe, un salarié victime d'un burn-out, une travailleuse souffrant d'un trouble musculosquelettique après vingt ans de gestes répétitifs ou un salarié victime d'un accident sur son lieu de travail ne racontent évidemment pas la même histoire.

 

Et surtout, ils ne représentent pas le même poids financier.

 

Les données de la DREES et de la CNAM sont particulièrement éclairantes : les arrêts de moins de huit jours représentent près de la moitié des arrêts indemnisés, mais seulement 4 % de la dépense. À l'inverse, les arrêts de plus de six mois ne représentent qu'environ 7 % des arrêts, mais concentrent 45 % de la dépense.

 

Autrement dit : le débat public sur les arrêts de travail ne peut pas se résumer au fameux « petit arrêt de quelques jours ».

  • Le véritable enjeu se trouve largement dans les situations de longue durée.

 

Arrêt court : le salarié n'est pas un fraudeur en puissance

 

Le discours politique sur « l'absentéisme » entretient parfois une confusion dangereuse entre absence et fraude.

 

Or un arrêt de travail est d'abord une prescription médicale. Le médecin estime que l'état de santé du patient justifie qu'il cesse temporairement son activité professionnelle. Cela peut être une infection, une maladie chronique, une blessure, une souffrance psychique, etc.

 

En maladie, les indemnités journalières de l'Assurance maladie sont normalement versées à partir du quatrième jour : les trois premiers jours constituent le délai de carence. Elles représentent 50 % du salaire journalier de base, dans la limite du plafond applicable.

 

Le salarié reçoit ainsi de la Sécurité sociale un revenu de remplacement, parce qu'il a temporairement perdu sa capacité à travailler.

 

Et les arrêts longs ?

 

C'est ici que le débat devient beaucoup plus intéressant.

 

Un arrêt de plusieurs mois ne signifie pas nécessairement que le salarié « profite » du système.

Il peut signifier qu'une maladie est grave, qu'une pathologie chronique s'est aggravée, qu'une intervention chirurgicale nécessite une longue récupération, ou encore que la personne est confrontée à une souffrance psychique importante.

 

Et les données montrent que les arrêts longs sont justement ceux qui pèsent le plus lourd dans les dépenses.

Mais la réponse ne peut pas être simplement : « Il faut les faire reprendre plus vite. »

 

La vraie question devrait être :« Pourquoi ces salariés sont-ils durablement éloignés du travail et comment éviter que leur état de santé se dégrade ? »

 

C'est précisément sur ce terrain que notre organisation syndicale  demande de déplacer le débat.

 

Le travail peut rendre malade. C'est le point aveugle du débat actuel.

 

Lorsque les arrêts de travail augmentent, on regarde immédiatement la prescription médicale, le salarié, le contrôle et le montant des indemnités.

 

On devrait également regarder le travail lui-même :

Charge de travail excessive. Manque d'effectifs. Horaires atypiques. Travail de nuit. Pression permanente. Management délétère. Perte d'autonomie. Pénibilité physique. Troubles musculosquelettiques. Risques psychosociaux. Épuisement professionnel.

 

Tous ces facteurs peuvent contribuer à dégrader la santé des travailleurs.

 

Et les chiffres concernant les risques professionnels sont loin d'être rassurants.

 

Les maladies professionnelles ont augmenté de 6,7 % en 2024 et les pathologies psychiques reconnues au titre des risques professionnels continuent également de progresser.

 

On ne peut donc pas demander aux salariés d'être moins malades sans demander aux entreprises de rendre le travail moins pathogène.

 

Ne pas oublier aussi que dans ces causes il y a eu des changements voulus par l’exécutif qui produit nécessairement aujourd’hui des conséquences. Il en va ainsi de la suppression des critères de pénibilité (le port de charge lourde, les vibrations mécaniques, les postures pénibles, les produits chimiques, ) et bien sûr de l’allongement de la durée au travail.

 

Le plan gouvernemental : contrôler davantage

 

Le gouvernement a présenté en avril 2026 un plan destiné à lutter contre ce qu'il appelle l'« absentéisme ».

 

Il prévoit notamment davantage de contrôles des arrêts maladie, avec une attention particulière portée aux arrêts longs, aux arrêts AT-MP et à certaines prescriptions issues de téléconsultations.

 

Le contrôle n'est évidemment pas illégitime. La fraude doit être combattue.

 

Mais il faut être cohérent : contrôler une fraude n'est pas la même chose que considérer a priori tout salarié malade comme suspect.

 

Pour nous , le gouvernement utilise de « faux leviers » lorsqu'il s'attaque prioritairement aux assurés au lieu de renforcer la prévention et la médecine du travail et s’attaquer aux causes, notamment aux conditions de travail.

 

Le médecin doit-il devenir un contrôleur administratif ?

 

Une autre question se pose avec le plafonnement des prescriptions.

 

Depuis le 1er septembre 2026, un premier arrêt maladie ne peut plus dépasser 31 jours et une prolongation 62 jours, selon le décret du 12 juin 2026.

 

Mais la médecine ne fonctionne pas toujours selon un calendrier administratif.

 

Deux patients présentant une même pathologie peuvent avoir des évolutions totalement différentes.

 

Le risque est donc de déplacer progressivement le centre de gravité de la décision : du médecin qui évalue l'état de santé vers une norme administrative qui fixe une durée maximale.

 

Pour notre organisation syndicale  , la réponse à la progression des arrêts doit passer par davantage de médecine, davantage de prévention et davantage de santé au travail, pas par une suspicion généralisée à l'égard des prescripteurs.

 

Et les accidents du travail ?

 

C'est probablement l'un des aspects les plus préoccupants de la réforme.

 

Un accident du travail n'est pas une simple « absence maladie ». Le salarié a été victime d'un risque lié à son activité professionnelle.

 

La branche AT-MP de la Sécurité sociale repose d'ailleurs sur un principe particulier : les employeurs financent cette branche afin d'assurer la prévention et la réparation des risques professionnels engendrés par l’activité professionnelle.

 

C'est pourquoi nous  refusons  que l'on fasse supporter aux victimes les conséquences financières des insuffisances de prévention ou de financement de cette branche par l’adaptation des cotisations à la sinistralité.

 

Or la LFSS 2026 introduit une limitation de la durée de versement des indemnités journalières AT-MP : à compter des sinistres intervenant en 2027, le versement sera plafonné à quatre ans par période d'incapacité.

 

FO s'oppose à cette mesure qui réduit les droits des victimes pour réaliser des économies en lieu et place d’une véritable politique non seulement de prévention mais aussi de reconnaissance de la sinistralité avec l’adaptation des cotisations employeurs qui doivent assurer ce risque.

 

  • On parle beaucoup du coût des arrêts de travail pour l'Assurance maladie et pour les entreprises. Mais combien coûte le travail qui rend malade ? Combien coûtent les troubles musculosquelettiques ? Combien coûtent les burn-out ? Combien coûtent les accidents ? Combien coûtent les maladies professionnelles ? Combien coûte le remplacement permanent de salariés épuisés ? Combien coûte la désorganisation provoquée par le manque d'effectifs ?

 

Et surtout : combien pourrait-on économiser en évitant que les salariés tombent malades ?

 

C'est là que doit se trouver la priorité. La prévention ne doit pas être le parent pauvre de la politique de santé au travail. Elle doit devenir un investissement.

 

La santé mentale est devenue un enjeu central

 

Cette question est d'autant plus importante que les arrêts de travail ne relèvent plus seulement de pathologies physiques.

 

Notre Confédération  a récemment souligné l'importance croissante de la santé mentale dans les arrêts de travail. Une part importante des salariés ayant connu un arrêt déclarent une cause psychologique totale ou partielle.

 

Là encore, le réflexe consistant à regarder uniquement le médecin qui prescrit et le salarié qui s'arrête est insuffisant.

 

Si un salarié s'effondre psychologiquement après plusieurs années de surcharge de travail, la question ne devrait pas seulement être : « Combien coûte son arrêt ? » Elle devrait aussi être : « Qu'est-ce qui l'a rendu malade ? ».

 

Derrière les indemnités journalières, il y a notre conception de la Sécurité sociale

 

Le débat est finalement beaucoup plus politique qu'il n'en a l'air.

Une indemnité journalière, ce n'est pas un cadeau fait au salarié.

C'est un mécanisme de protection collective.

 

Lorsque nous travaillons, nous cotisons pour être protégés lorsque nous ne pouvons plus travailler. C'est le principe même de l'assurance sociale.

 

La solidarité consiste précisément à faire en sorte que la maladie ne signifie pas automatiquement la pauvreté ou la perte de ses droits.

 

C'est cette conception que notre organisation syndicale   défend.

 

Contrôler la fraude ou les prescriptions injustifiées : oui. Faire des malades des suspects : non. Mais cela ne justifie pas de transformer chaque salarié en suspect potentiel.

 

Et surtout, cela ne doit pas servir à masquer les véritables causes de l'augmentation des arrêts.

 

Pour nous, la priorité doit être ailleurs :

  • renforcer la médecine du travail ;
  • développer réellement la prévention ;
  • améliorer les conditions de travail ;
  • lutter contre les risques psychosociaux ;
  • renforcer les effectifs dans les services de santé au travail ;
  • mieux prévenir les accidents et maladies professionnelles ;
  • accompagner réellement les salariés en arrêt long ;
  • faciliter le retour à l'emploi lorsque celui-ci est médicalement possible ;
  • responsabiliser davantage les entreprises sur les causes professionnelles de l'absentéisme ;
  • et préserver les droits des victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles.

 

Là où le gouvernement pose la question : « Comment réduire le coût des arrêts de travail ? »

 

Force Ouvrière propose d'en poser une autre : « Comment faire en sorte que les travailleurs aient moins besoin de s'arrêter parce que leur travail les rend malades ? »

 

Les deux questions ne sont pas incompatibles. Mais elles ne conduisent pas aux mêmes politiques. C’est en réalité un véritable choix de société.

 

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