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18 / 05 / 2020 | 105 vues
Dominique Delpouy / Abonné
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Crédit aux entreprises : tsunami des demandes de médiation à la Banque de France

Mise en place en 2008 suite à la crise financière, la médiation du crédit aux entreprises était devenue une activité marginale dans le réseau. L’épidémie de covid-19 l’a remise au goût du jour : le nombre de dossiers déposés par semaine depuis mi-mars est équivalent au nombre de dossiers déposés sur l’année 2019. Destinée à venir en aide aux entreprises qui rencontrent des difficultés de trésorerie ou d’accès au crédit, la Banque de France est au centre de ce processus.

 

Un tsunami de dossiers…

 

Les difficultés rencontrées par les entreprises suite à la crise sanitaire a nécessité une forte réactivité de la Banque de France, principalement du réseau.
 

D’un point de vue opérationnel, le dispositif de saisine de la médiation du crédit en ligne a été allégé afin de simplifier le processus pour les chefs d’entreprise. L’objectif est de permettre à la banque d’augmenter sa réactivité et sa capacité dans le traitement des dossiers et le soutien aux entreprises.
 

La direction des entreprises a publié un certain nombre de fiches sur son site, afin d’aider le personnel en charge de cette activité durant cette période à haut risque. On y trouve la mise à disposition gratuite d’une FAQ apportant les premières réponses aux questions que les dirigeants d’entreprises peuvent se poser dans le contexte difficile qu’ils rencontrent.
 

L’afflux de demandes a constitué une charge de travail monumentale au regard des effectifs travaillant sur ce sujet, nécessitant une forte mobilisation de nos collègues.
 

Malgré les renforts apportés par le contrôle général (par certains dont ce n’est pas le métier principal), le nombre de demandes (dont 90 % émanent de TPE de 1 à 10 employés) reste à un tel niveau que nos collègues sont submergés et ont du mal à se satisfaire des résultats obtenus.
 

Des lourdeurs administratives demeurent...
 

Si le processus a été allégé pour les entreprises, bien des lourdeurs administratives demeurent. Par exemple, la plateforme Akio, qui n’est actuellement pas le canal principal de saisine, est d’une utilisation chaotique. Le deuxième canal de saisine rapide, lui, est incomplet : des pièces justificatives utiles auraient pu être demandées en amont, permettant une première analyse avant entretien avec les entreprises demandeuses.
 

Chaque jour apporte son lot d’évolutions réglementaires de la médiation qui mériteraient d’être mieux synthétisées afin de gagner du temps pour traiter les dossiers.
 

Le temps ainsi dégagé éviterait des horaires à rallonge qui constituent le quotidien de nos collègues en télétravail sans contreparties réelles.
 

Cerise sur le gâteau, le volet administratif est très exigeant car la banque alimente les préfectures de données locales, celles-ci surveillant si les banques ne sortent pas du rang, jouent le jeu et si les liquidités promises par l’État arrivent bien aux entreprises…
 

Enfin, outre une masse de travail immense, nos collègues sont confrontés à une charge psychologique inédite. Souvent, les entreprises sollicitant la médiation du crédit étaient en grande difficulté en début de crise sanitaire, les collègues ont alors le sentiment d’être membres d’un service de réanimation devant un cas désespéré…
 

La médiation du crédit est utile et primordiale en cette période de crise car elle permet d'aider les entreprises qui pourront, nous l’espérons, poursuivre leur activité et ne pas licencier leurs employés. Toutefois, elle n’a aucun pouvoir sur la décision du banquier, plaçant nos collègues dans une situation qui peut être difficile à vivre. Comme les agents qui traitent le surendettement, au service des plus fragiles, nos collègues font leur métier avec un fort investissement et beaucoup de professionnalisme.
 

L’enthousiasme de nos dirigeants pour la médiation du crédit n’a d’équivalent que la peine des agents à bien exécuter une tâche qui leur tient à coeur. Cependant les échecs, trop nombreux, laissent un goût amer avec comme seul motif de réjouissance le sauvetage d’un dossier ou le sentiment d’avoir mené cette mission de service public au mieux, laquelle nécessite indubitablement un renfort d’effectifs qui pourra, au terme de la crise, être redéployé au service de l’économie.

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