Participatif
ACCÈS PUBLIC
26 / 04 / 2019 | 418 vues
Hervé Schmitt / Membre
Articles : 3
Inscrit(e) le 26 / 04 / 2019

Pour l’emploi, accélérons le rapprochement entre Naval Group et Fincantieri

Si l’union fait la force, le rapprochement entre Naval Group et Fincantieri doit permettre aux deux leaders de la construction navale européenne de résister sur un marché de plus en plus concurrentiel. Concrètement, cela signifie le maintien d’une expertise hautement stratégique et des emplois qui y sont liés.

 

L’industrie navale stratégique française peut-elle survivre face aux géants Chinois ou Russes, capables de produire à la chaîne des navire peut-être moins sophistiqués, mais souvent moins chers ? Afin de faire face à cette concurrence, le Français Naval Group et l’Italien Fincantieri ont décidé de mettre en place une alliance industrielle et commerciale. Si cette alliance ne fait pas paradoxalement l’unanimité du côté français, elle apparaît toutefois comme le moyen de maintenir un savoir-faire stratégique et ainsi pérenniser les emplois de ce secteur. N’oublions pas que les compétences perdues aujourd’hui en matière de construction navale ne pourraient pas être retrouvées avant des années. L’exemple de la Suède avec Kockums est à cet égard édifiant.

 

Retour sur le projet Poséidon

 

L’idée d’associer Naval Group et Fincantieri est née de la volonté de créer un champion européen de l’industrie navale militaire capable de concurrencer la montée en puissance de ces géants asiatiques et russes.

 

Si Naval Group et Fincantieri se portent bien, à première vue, avec des chiffres d’affaires respectifs de 3,7 milliards et 5 milliard d’euros (dont 1,3 dans la Défense), la fragmentation de l’industrie navale européenne les fragilise sur le marché international. Non seulement ils se situent loin derrière les Chinois CSSC (CA entre 8 et 10 milliards) et les Russes OSK (CA entre 6 et 7 milliards), mais en plus leur outil industriel ne leur permet pas de rivaliser en termes de cadence avec ceux de la concurrence : CSSC a par exemple été capable de construire l’équivalent de la marine nationale Française en 4 ans. Il ne faut pas non plus se faire d’illusions sur notre (réelle) avance technologique. Russes comme Chinois apprennent vite, aidés qu’ils sont par tous les équipementiers européens qui les courtisent : alors que Naval Group figurait parmi le petit nombre d’entreprises en mesure de construire des porte-hélicoptères, OSK a depuis peu développé ce savoir-faire et s’est dit prêt à les exporter.

 

Par ailleurs, du fait de leur taille, ni Naval Group ni Fincantieri ne sont en mesure de répondre à la multiplication et à la complexité croissante des appels d’offres. Cela les empêche non seulement de monter en puissance à l’export, mais cela occasionne en plus des face-à-face contre-productifs entre les entreprises européennes sur certains marchés. Les PDG de Naval Group et Fincantieri ont plusieurs fois souligné la nécessité de créer une alliance, que d’autres acteurs européens pourraient ensuite rejoindre, afin d’éviter qu’un industrie navale européenne fragmentée et en ordre dispersée ne coule au profit de plus grands concurrents.

 

Quels avantages pour la France ?

 

L’objectif n’est donc pas de privilégier un chantier en France ou en Italie mais bien de maintenir et développer les emplois et les compétences dans chacun des deux pays. Il s’agit pour Naval Group et Fincantieri de créer des synergies et, ainsi, d’exister face à la concurrence, d’augmenter leur capacité de production et de répondre à davantage de commandes. En unissant leurs forces, les deux sociétés peuvent répondre à plus d’appels d’offre, accroitre leur compétitivité et honorer plus rapidement des contrats plus importants, le tout au grand bénéfice des salariés des deux groupes. 

 

En plus d’employer plus de 13,000 personnes à temps plein au sein d’une dizaine de sites, Naval Group fait appel à une multitude de sous-traitants sur l’ensemble du territoire national. Par exemple, la co-entreprise Kership a été créée avec les chantiers Piriou pour qu’ils soient sollicités pour la construction de coque. Grâce au contrat portant sur 12 chasseurs de mines remporté récemment par Naval Group en Belgique, les chantiers de Piriou et Kership voient leur carnet de commande bien rempli.

 

Le groupement industriel GICAN estime ainsi que la filière navale en France, qui regroupe l’industrie civile et l’industrie de défense, emploie directement plus de 42,000 personnes et génère un chiffre d’affaires de plus de 9,5 milliards d’euros. Elle se place ainsi au deuxième rang européen et au sixième rang mondial. L’effondrement du leader français de l’industrie navale de défense viendrait donc sérieusement ébranler cette industrie en croissance et mettre un terme aux activités de tout une filière.

 

Que fait l’Etat ?

 

Compte tenu de l’importance stratégique de ce dossier, l’Etat français a soutenu et encouragé le rapprochement entre Naval Group et Fincantieri. Ce projet a d’ailleurs été amorcé en septembre 2017 lorsque les gouvernements français et italien ont annoncé la mise en place d’un groupe de travail chargé de proposer des modalités de rapprochement.

 

Bien que l’élection en mars 2018 d’un gouvernement nationaliste en Italie ait retardé le projet de quelques mois, Paris et Rome ont continué à travailler sur ce dossier et ont fini par s’entendre. A l’annonce en octobre 2018 de la création d’une alliance entre Naval Group et Fincantieri, les ministres français et italiens de la Défense et de l’Economie ont conjointement publié un communiqué dans lequel ils se félicitaient d’un tel développement. Par ailleurs, ce communiqué annonçait la négociation d’un accord entre les deux gouvernements afin de « fluidifier la collaboration entre les industriels italiens et français et donner un cadre clair et simple aux opérations de l'alliance »,

 

A l’heure où les attaques contre ce projet sont virulentes avec des manœuvres de désinformation en France contre le partenaire italien, l’Etat a réagi en affirmant être attentif aux tentatives de déstabilisation. Si ce rapprochement ne plaît pas à tout le monde dans l’industrie de défense française c’est aussi parce que certains se sentent menacés dans leur pré carré par l’émergence d’un futur champion européen et franco-italien. L’intérêt général doit prévaloir et celui-ci passe nécessairement par la constitution de ce futur leader, seule garantie réelle pour les emplois de la filière de la construction navale en France.

 

Si les exportations de l’industrie navale de défense s’effondrent devant la concurrence, ce sont des milliers de salariés qui subiront les plans de restructuration. Sur le plan stratégique, la France est l’un des quatre pays maitrisant la conception et la construction de tous types de navires, avec la Chine, les Etats-Unis et la Russie. Le rapprochement entre Naval Group et Fincantieri permettrait ainsi à Paris de maintenir son rang de puissance maritime et industrielle autonome. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une question de souveraineté et d’indépendance.

Pas encore de commentaires