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30 / 01 / 2015 | 3 vues
Sylvain Thibon / Membre
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Négociations salariales à Canal+ : l'échec

Les 4 syndicats représentatifs de Canal+ ont unanimement refusé d’engager leur signature sur le texte proposé par la direction.

Une très grande déception. Cet échec révèle l’incapacité de notre direction actuelle à établir les conditions d’un dialogue social constructif, ouvert et respectueux.

Six réunions et finalement, rien. Une pseudo-négociation (en fait un monologue avec pour toile de fond un « benchmark » réalisé par un grand cabinet d’Audit, le cabinet Hay en l’occurrence) et la confirmation que les salariés de Canal+ seraient, selon les résultats de cette enquête, privilégiés dans un marché du travail en pleine récession.

Ce n’est pas une bonne façon d’aborder le dialogue. Quels privilèges avons-nous à Canal+ ? De subir des pressions pour que chacun se donne au maximum de ses capacités mais sans reconnaissance, remerciements ni gratification...

Privilégiés de reprendre sans barguigner les missions de salariés licenciés ou évincés et non remplacés ou d’être confrontés à une rapide dégradation de leurs conditions de travail, conséquence d’une profonde désorganisation des activités, notamment avec le départ de nombreuses compétences, un drame dans certains secteurs affaiblis et sous tension ? Privilégiés encore d’être soumis, sans explication, à des enquêtes de personnalité destinées à  sélectionner « les meilleurs », ceux qui pourraient à terme assumer des responsabilités managériales sur le réseau commercial. Mais, au fait, que deviennent les autres ?  

Ce « benchmark » est indécent et contre-productif : il vise à stigmatiser et culpabiliser une population de salariés déjà traumatisés par des contraintes budgétaires drastiques qui empêchent toute vision sereine de l'avenir proche et pèse sur des organisations aujourd’hui au bord de l’implosion.

Comment peut-on décemment comparer le travail d’un salarié de Canal+ avec celui d’un salarié de TF1, de M6 ou encore de France-Télévision ? Cela n’a aucun sens, à moins que quelques dirigeants à court d’idée cherchent à justifier leur obstination à vouloir réduire la masse salariale en habillant leurs propositions d’un pseudo-discours scientifique, d’une enquête contestable et contestée.

Les conséquences sociales de cette politique que nous dénonçons depuis plusieurs années finissent par produire désinvestissement, multiplication des cas d'épuisement professionnel et tensions internes. Une situation explosive alors que dans certains secteurs, les entretiens annuels à peine engagés, voilà que sont déjà remis en question et bouleversés les fondements de la rémunération de groupes entiers d'encadrants.

C’est toute la chaîne du dialogue social qui est ainsi bafouée, rompue et anéantie. Un gâchis incompréhensible et contre-productif alors que nos activités sont sous tension.

Nos revendications ne portent pas uniquement sur les salaires et rémunérations mais également sur l’amélioration des conditions de travail, l’équilibre vie familiale-vie professionnelle, le développement d'une véritable gestion des carrières, l’encadrement du temps de travail et le contrôle de l’utilisation des outils portables, une révision de l’entretien annuel obsolète et beaucoup plus destiné aujourd'hui à justifier l'éviction qu'à gérer la progression professionnelle.

Canal+ mérite mieux. Alors que se profilent de profondes mutations de nos activités, le dialogue social ne peut être un sujet laissé dans les illusions perdues.

Les succès futurs seront conditionnés par une refonte profonde de nos politiques sociales et un dialogue renouvelé, entamé avec les partenaires sociaux.

Les difficultés budgétaires et la contrainte économique ne sauraient justifier que l’on jette par-dessus bord ce qui fonde notre démocratie sociale dans nos entreprises.

C’est en renversant la vapeur sur ces sujets, en ouvrant un dialogue respectueux et équilibré que l’on retrouvera des marges d’actions au service de l'entreprise, des salariés investis, des organisations engagées. Succès pour nos activités, respect pour les salariés : un diptyque incontournable.

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