Participatif
ACCÈS PUBLIC
30 / 04 / 2014 | 8 vues
Olivier Hoeffel / Membre
Articles : 20
Inscrit(e) le 27 / 04 / 2010

La reconnaissance, oui mais dans quel sens ?

De nombreuses enquêtes sur la qualité de vie au travail (QVT), le stress au travail, les RPS etc. mettent en lumière l'importance de la reconnaissance attendue par les individus au travail. La dernière en date, le baromètre santé et bien-être au travail 2013 de Malakoff Médéric montre que c'est l'attente numéro 1 : 36 % des personnes interrogées expriment des attentes sur le sujet

Il ne s'agit pas de nier cette évidence : la reconnaissance est insuffisante à tous les niveaux des organisations, même au niveau sociétal. Il ne sera pas question de développer ici ce qui semble constituer les causes de cette déficience, ni en quoi les organisations peuvent largement s'améliorer sur la question de la « diffusion » verticale de la reconnaissance.

Ne considérons pas la reconnaissance que l'on reçoit et que l'on attend mais la reconnaissance que l'on donne, que l'on peut donner et que l'on ne pense pas forcément à donner.

Le propos sera nourri à partir des enseignements de la psychologie positive, particulièrement sur trois attitudes :

  • l'appréciation,
  • la gratitude,
  • l'expression de la reconnaissance.

Très tôt, on nous a appris la reconnaissance : « dis merci à la dame/au monsieur ! » et plus ou moins docilement, plus ou moins convaincu, on s'est exécuté d'un « merci Madame/Monsieur ». Passons les épisodes suivants tout à fait passionnants « mais qu'il est poli ce jeune homme », « comment s'appelle-t-il ? » etc.

Autant dire qu'il y a deux façons de voir la reconnaissance donnée : soit c'est un devoir, une obligation, une manœuvre habile pour obtenir quelque chose, soit c'est un élan naturel (éventuellement qui s'est construit pour devenir naturel), authentique, juste, enthousiaste pour exprimer sa gratitude.

C'est sur cette deuxième option que nous pouvons nous arrêter. Il s'agit d'une vision de la reconnaissance donnée, envisagée comme l'aboutissement d'un cheminement dont voici les étapes.

1/ Prendre conscience de ce qui se passe autour de nous et des événements positifs ; comme il faut bien mêler le subjectif, reformulons : les événements que nous pouvons considérer positivement.

Avouons-le, ce n'est pas gagné d'avance car dès que le stress et le manque de temps sont de la partie, nos capacités à prendre conscience sont bien entamées. C'est aussi une raison pour laquelle on ne reçoit pas autant de reconnaissance qu'on en attend.

2/ Apprécier ce sur quoi on s'est arrêté : autant dire qu'apprécier n'est pas neutre. Au-delà du bienfait positif physique et psychologique, il y a en coulisses quelque chose d'essentiel qui se joue : apprécier s'entend aussi dans le sens de « prendre de la valeur ». Soit on va donner de la valeur à quelque chose qui n'en avait pas jusque-là, soit on va augmenter la valeur de quelque chose qui en avait déjà (un peu).

Pourquoi est-ce si essentiel ? Parce qu'apprécier des moments contribue tout simplement à apprécier (encore) plus sa vie. L'appréciation peut devenir une attitude, une habitude, un automatisme développant ainsi nos capacités à prendre conscience des événements positifs que l'on ne voyait pas auparavant.

Mais ce n'est pas tout : à partir du moment où la chose appréciée est attribuable à quelqu'un, on donne aussi plus de valeur à la relation avec cette personne et à la personne elle-même.

3/ Ce qui conduit à la troisième étape : ressentir de la gratitude envers cette personne.

La gratitude fait partie des dix principales émotions positives recensées par Barbara Fredrickson. Voilà donc quelque chose de majeur qui se joue aussi avec la gratitude : la gratitude fait du bien et on peut même la ressentir intensément dans son corps.

La gratitude a été spécifiquement étudiée par Robert Emmons et rapportée dans son livre intitulé Merci !. L'un des principaux enseignements de la psychologie positive est que l'une des façons les plus efficaces et les plus rapides d'améliorer son niveau de bonheur est de pratiquer régulièrement la gratitude, par la tenue régulière d'un journal de gratitude. Je le pratique moi-même et je peux attester à la fois des bienfaits et de la création d'une dynamique vertueuse intrapersonnelle et interpersonnelle.

L'un des effets interpersonnels, qui n'a cependant rien d'automatique, c'est de franchir les frontières de soi pour...

4/ Exprimer la reconnaissance envers la personne concernée. Pour cette étape ultime (qui nécessite de prendre le temps de le faire), il y a aussi de quoi se faire du bien, au-delà de faire du bien à l'autre. En effet, dès qu'on se sent à l'aise pour exprimer de la reconnaissance et qu'elle est accueillie positivement par l'autre, on ressent alors des émotions positives.

Nous pourrions évoquer de potentielles étapes supplémentaires car la reconnaissance cultive et renforce la relation ; il est fréquent que l'expression de la reconnaissance donne lieu à des suites immédiates ou différées, pour mieux se connaître et mieux se reconnaître mutuellement à l'avenir.

En somme, la reconnaissance relève du cercle vertueux et de la contagion.

Ce qui vient d'être évoqué de manière globale dans la vie se joue bien évidemment, entre autres, dans la vie au travail. Donc, voir la reconnaissance dans l'autre sens, le sens le moins entendu, celui où l'on donne, c'est l'occasion de nous faire du bien, de cultiver nos relations et cela participe à la culture de la reconnaissance dans l'organisation, culture où la reconnaissance se donne avant de se recevoir (c'est une logique implacable : pour qu'il y ait une réception, il faut qu'il y ait eu émission).

Pour conclure, nonobstant la responsabilité évidente et indispensable du collectif de penser, d'organiser, de favoriser, de cultiver la reconnaissance au sens le plus large, chacun de nous peut s'intéresser activement en première intention à la reconnaissance que l'on peut donner car :

  • il est plus sage et plus sain de commencer par ce qui est à notre portée (donner) plutôt que d'attendre quelque chose qui ne l'est pas forcément (attendre que l'on nous donne) ;
  • prendre conscience, apprécier, ressentir de la gratitude et exprimer de la reconnaissance sont autant d'actions qui nous font du bien et qui directement ou indirectement ont des bénéfices collatéraux sur notre entourage au travail et en dehors du travail ;
  • autant d'actions qui nous font voir la vie au travail et la vie en général de manière plus positive et plus riche.

Cette prise de conscience et cette pratique peuvent aussi être soutenues et cultivées collectivement que l'on soit à l'école, en formation initiale professionnelle, au sein des organisations, dans des groupes de développement personnel, au sein de réseaux d'échanges réciproques de savoirs...

Vous aurez compris que je n'attends pas particulièrement de reconnaissance de la part des lecteurs de cet article (ce qui ne m'empêchera pas d'apprécier les retours constructifs) plutôt dans le moment présent, dans l'appréciation de la rédaction du présent article et la gratitude envers les quelques contributeurs à ma vision actuelle de la reconnaissance que je cite en notes de fin d'article.

Le sujet de la reconnaissance a été abordé à plusieurs reprises sur laqvt.fr notre site d'actualité sur la qualité de vie au travail. L'article le plus récent étant La reconnaissance, dimension centrale du don 3D au sein du dossier Reconnaissance au travail.

 

Références :
. Robert Emmons, Merci ! (Tout simplement, merci à lui pour la passion qu'il a déclenchée en moi pour ce sujet).

. Christèle Pierre, Christian Jouvenot, Agir sur ... la reconnaissance au travail - Réseau ANACT (pour ne pas oublier la responsabilité collective dans la reconnaissance au travail).

. Sonja Lyubomirski, Comment être heureux et le rester (la gratitude est en première position dans la liste des 12 activités « euphorisantes »).

. Martin Seligman, La Fabrique du bonheur (la gratitude est vue comme l'une des 24 forces qui créent du bonheur).

Afficher les commentaires