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15 / 03 / 2018 | 3 vues
David Mahe / Membre
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Même au travail, un vrai malade ne fait pas un bon médecin

Stress, épuisement professionnel, harcèlement, discrimination... Notre société donne de plus en plus de résonance à la parole des victimes et des témoins. Cette tendance influe sur le monde du travail qui vit des situations improbables de valorisation de ces victimes mais aussi de défiance envers les experts. Pourtant, les enjeux auxquels sont confrontées les entreprises nécessitent des réponses et des compétences pointues pour comprendre les situations et y apporter des solutions appropriées.

Le pouvoir de l'opinion sur les faits

« J'ai eu un épuisement professionnel donc je suis expert en épuisement professionnel. J'ai été harcelée ou discriminée donc je suis capable de prévenir le harcèlement ou de lutter contre les inégalités ». Les médias, amplifiés par les réseaux sociaux, raffolent de ce type de « bons clients ». Les politiques en quête de popularité s'en emparent, capables de créer des lois pour répondre à une émotion populaire, de mettre sur un même plan le témoignage des citoyens, le point de vue d'un militant ou d'un électeur et des évidences scientifiques ou statistiques, des faits indiscutables et des travaux de chercheurs.

Accueillir la souffrance sociale est un devoir et une source d'information utile pour les professionnels. En médecine, par exemple, la douleur est devenue un phénomène si inacceptable que les médecins l'ont intégrée pour améliorer leurs pratiques de soins. Mais cette évolution est aussi une ressource trop facile qui nourrit le populisme et pousse à de mauvaises solutions à des vrais problèmes. Cette primauté des « vrais » gens sur les élites, de l'expérience sur l'expertise et des opinions sur les faits est un piège pour les décideurs.

Le savoir se construit par « l’accumulation de preuves suffisantes »

Y compris dans ce que l'on appelle les « sciences molles », le savoir se construit soit par « l’accumulation de preuves suffisantes pour asseoir une connaissance et une pratique, soit par le consensus des spécialistes de la discipline, lorsque les preuves ne sont pas assez suffisantes ou que les résultats de la recherche sont un peu contradictoires »*. Pour connaître cela, rien ne remplacera les années d'étude d'un psychiatre, d'un sociologue, d'un ergonome ou d'un psychologue clinicien, la rigueur scientifique d'une équipe de chercheurs, la capacité d'analyse d'un consultant, la méthodologie éprouvée d'un praticien ou la capacité à nommer et à quantifier correctement un phénomène qui sont autant de gages de bonnes pratiques pour poser un bon diagnostic et élaborer des stratégies. Il faut s'appuyer sur des repères solides, des expertises et des savoir-faire éprouvés mais aussi accepter que les situations soient complexes et tolérer de ne pas avoir réponse à tout, tout de suite.

Comme, au tribunal où une victime ne fait pas un bon juge, comme en médecine où un bon malade ne fait pas un bon médecin et, au travail, une expérience éprouvante ne produit pas l'expertise dont l'entreprise a besoin.

* Extrait de « Pour une approche scientifique de la santé psychologique au travail » par Dr Patrick Légeron, fondateur de Stimulus.

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