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26 / 06 / 2012 | 13 vues
Patricia Mouysset / Membre
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Maladie professionnelle : lien établi entre pesticides et la maladie de Parkinson pour les agriculteurs

La bonne nouvelle est portée par le décret 2012-665 du 4 mai 2012, publié le 6 mai 2012. En effet, grâce à ce décret, le lien de causalité entre l’utilisation des pesticides de façon très large et sans discrimination et la déclaration de la maladie de Parkinson est enfin reconnu. C’est une avancée importante qui donne les moyens aux agriculteurs atteints d’accéder au droit de réparation au titre du tableau n° 58 du régime agricole. « Cette reconnaissance est importante d'un point de vue symbolique, sur le plan psychologique pour les agriculteurs », a relevé, Yves Cosset, médecin du travail national adjoint à la Mutualité sociale agricole (MSA).

Il est important de préciser qu’en France, la maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurologique chronique dégénérative après la maladie d'Alzheimer. Cette pathologie atteint préférentiellement les hommes abordant les 60 ans, mais 10 % des cas se révèlent avant 50 ans, élément inquiétant et qui fait s'interroger, et environ 2 % des personnes de plus de 65 ans en sont atteintes en France. Elle a été pour la première fois décrite par un médecin londonien en 1817, le docteur James Parkinson.

  • Elle est enfin considérée comme une maladie professionnelle pour les salariés agricoles comme les exploitants agricoles. Les agriculteurs doivent avoir été exposés (inhalation, contact...) au moins 10 ans aux pesticides et déclencher la maladie dans un délai d'un an après l'arrêt de l'exposition, selon le décret du 4 mai 2012.


Cette maladie de Parkinson peut être la conséquence d’une prédisposition génétique mais aussi de co-facteurs environnementaux comme, justement, les métaux lourds et les pesticides. Ils sont soupçonnés depuis une vingtaine d’années de contribuer à la survenue de cette maladie neurologique chez leurs utilisateurs. Ces vingt dernières années, les nombreuses études entreprises ont permis de tisser un faisceau de présomption de plus en plus tangible entre l’exposition aux pesticides et la déclaration de cette pathologie. Le premier pas vers cette reconnaissance officielle a été faite par un tribunal de la Sécurité sociale en 2006 pour un ancien salarié agricole. Mais les questions sur les pesticides incriminés et à quelle dose restaient en suspens.

  • L’exposition aux pesticides augmente le facteur de risque de développer la maladie de Parkinson de près de 70 %: 5 % des personnes exposées aux pesticides risqueraient de développer la maladie, contre 3 % pour la population générale.

Cette maladie touche préférentiellement le milieu rural qu'urbain. Les familles de pesticides incriminées sont celles qui s’accumulent dans les corps gras comme le cerveau. Les produits phytosanitaires organochlorés sont de ceux-là et se présentent comme les premiers responsables (risque jusqu'à 2,4 fois plus élevé que la normale). Le facteur de risque est multiplié par trois si certains pesticides sont associés. Les produits biocides organophosphorés sont reconnus pour être des neurotoxiques. C’est ce que conclut l’étude de l’INSERM paru en 2009 « L’exposition aux pesticides double quasiment le risque de maladie de Parkinson parmi les agriculteurs ». Sont dans la ligne de mire, le DDT (dichloro-diphényl-trichloréthane), largement utilisé en France entre les années 1950 et 1973 mais aussi le lindane dont l'utilisation n’a été interdite qu’en 1998. « Les patients atteints de la maladie de Parkinson avaient utilisé des pesticides plus souvent et durant un plus grand nombre d’années que les témoins du groupe contrôle », constatent les chercheurs. Le lindane et le DTT sont largement cités.

Or, ces produits sont connus pour s’accumuler dans la chaîne alimentaire et persister de longues années dans l’environnement. Pour les chercheurs de l’INSERM, cette réalité « soulève la question du rôle d’une contamination résiduelle de la population générale » ainsi que celle de la question du rôle de l’exposition à plus faible dose. Des études ont montré que les tissus adipeux contiennent de faibles concentrations d’insecticides organochlorés puisque l’homme en consomme des quantités variables sous forme de résidus alimentaires. Ils sont présents dans les urines et dans le lait maternel. Ils traversent également la barrière placentaire…

Au-delà de ces considérations, on sent que la société est en plein questionnement concernant la toxicité de ces pesticides. En effet, cette grande nouvelle de reconnaissance de la maladie de Parkinson comme pathologie professionnelle chez les agriculteurs, fait écho avec à une décision du tribunal de Lyon qui a condamné le groupe Monsanto à verser des dommages et intérêts à un agriculteur intoxiqué par des vapeurs de pesticides (un organochloré…) et qui serait la cause de ses malaises et troubles neurologiques. Ce jugement pourrait ouvrir la voie à d’autres procès car les firmes phytosanitaires risquent de voir leurs responsabilités pointées du doigt par les pouvoirs publics ou l’utilisateur et que des comptes leurs seront demandés.

  • Pour l’instant et grâce à ce décret, le malades seront enfin reconnus et indemnisés par la MSA, indemnisation provenant des cotisations des agriculteurs mais aussi de la société française.


Ce sera aussi un moyen pour certains agriculteurs de se poser des questions et de prendre conscience des dangers sur la santé de l’utilisation des pesticides mais aussi des conséquences plus générales sur la santé humaine, sur l’environnement que nous allons léguer aux générations futures.

Grace à la connaissance sur la toxicologie de ces pesticides, il est permis de se questionner sur les liens avec d’autres pathologies atteignant par exemple et sans être exhaustive, le foie, le pancréas, le sein, la prostate, la vessie, le sang… On commence tout juste à lever le voile.

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