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21 / 04 / 2010 | 31 vues
Sylvain Thibon / Membre
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Télévisions privées : une négociation collective de branche rétrograde ! Obscurantisme ou amateurisme ?

La convention collective de branche présentée aux syndicats nationaux par le STP, le syndicat des télévisons privées qui regroupe TF1, M6 et CANAL+, continue avec obstination à vouloir nous faire valider un texte de régression sociale sans commune mesure. Depuis un mois, ce projet de texte est vilipendé par l'ensemble des organisations syndicales présentes à la table de négociation : CFE-CGC, CFDT, CGT, CFTC et FO.

Ces organisations rejettent avec force l’article 8 de cette convention nationale qui y propose de valider des « contrats de travail de type particulier». Oui, ils sont vraiment particuliers ces contrats que nous proposent les dirigeants des plus grandes entreprises françaises de l’audiovisuel : pour résumer, il s'agit de faire du CDI, le contrat à durée indéterminée, une exception dans nos entreprises ! Rien de moins. Ils sont tellement particuliers que même le gouvernement a refusé de les intégrer au Code du Travail. Ce sont des objets juridiques indéfinis, soumis à l’expérimentation pour 5 ans depuis 2008. Et voilà que l’expérimentation devrait devenir la règle dans nos entreprises, que le secteur audiovisuel, devant tous les autres secteurs économiques de la nation, devrait être celui qui accepterait de détricoter le Code du Travail… Et d’abord le contrat de travail, pour le plus grand bien de nos entreprises, selon nos dirigeants.
  • Selon nos juristes, cette exception serait même illégale. Il ne pourrait être question d’intégrer dans une convention, un texte qui ne fait pas encore autorité au niveau de la loi.

 

Obstination ou amateurisme ?

Le STP s’entête pourtant dans sa position en imaginant peut-être que la position des organisations syndicales est une simple rodomontade, et qu’après quelques paroles apaisantes formulées individuellement auprès des intéressés, le bon sens l’emporterait. Pourtant, 2 réunions n’ont fait qu’attiser le ressentiment et l’incompréhension. Toutes les organisations syndicales refusent de discuter de cet article et réclament son retrait.

Comment imaginer qu’une organisation syndicale puisse valider un tel texte au plan national ? Ce serait prendre un risque inconsidéré pour l’image et la probité de nos organisations.

Il est assez surprenant de voir ainsi s’obstiner des dirigeants de grandes entreprises françaises. Cela finit par en devenir pathétique… ou inquiétant !

Le STP est-il victime de l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll ? Est-ce le printemps ? Ou peut-être l’engagement auprès du Ministère du Travail à boucler l’affaire en trois temps trois mouvements ? Ou tout simplement un excès de confiance de ces dirigeants incapables de bien comprendre de qui est à l’œuvre aujourd’hui en France ? Le paysage social change à grande allure, les salariés sont fatigués, particulièrement les cadres, et il faudrait encore accepter de descendre l’escalier social ?

Pour nous, le contrat normal qui lie un salarié à son entreprise, c’est le CDI, le contrat à durée indéterminée. C’est la base de notre relation contractuelle, c’est sur cette base que nous accepterons de discuter pour l’avenir.

Cet article doit être retiré !

Quelle intention se cache donc derrière cette volonté farouche de faire passer ce texte au niveau national : de l'affichage ! Pour l’image de ces dirigeants, quel succès ! « Regardez comme nous savons parler aux syndicats. Non seulement, ils ont accepté de remettre en cause le principe du CDI comme forme normale du contrat de travail, mais toutes les déclinaisons du contrat précaire ont été validées, y compris le CDD d'usage, ce contrat négocié sous la contrainte du juge il y a quelques années… Déjà, pour encadrer les emplois des salariés travaillant sur les émissions, on va vous dire comment faire... »

Comment nos dirigeants osent-ils nous présenter ainsi un texte bâclé, un texte dont la seule finalité est la remise en cause de droits fondamentaux dan la relation au travail ? Comment ces dirigeants imaginent-ils manipuler tel ou tel syndicat pour atteindre cet objectif ? Aucun ne se prêtera à cette mascarade.


La volonté syndicale n’évolue pas selon les humeurs et le temps. Cette négociation prend maintenant le visage de l'autoritarisme. Cette affaire devient emblématique de la dérive de nos entreprises empêtrées dans la réalisation d'objectifs exclusivement financiers. Pour les atteindre, le marché et les économies… Et pour cela, il faut rendre plus souple encore le marché du travail. Ces cadres peuvent bien être employés 36 mois d’affilée, être virés du jour au lendemain sans explication, n’avoir droit à aucune sécurité de l’emploi, à aucune indemnité… Qu’importe, l’humain n’est plus la valeur centrale de nos entreprises, seul compte le profit de court terme, et tout est bon pour y parvenir, y compris en balayant les contraintes du Code du Travail !

Drôle d'époque, drôle de conception du dialogue social !

Nos entreprises audiovisuelles sont tournées vers des métiers d’avenir, elles emploient des milliers de salariés. Elles doivent donner l’exemple en matière sociale.

Sécurisation des parcours professionnels, gestion des carrières ouverte et intelligente, recrutements diversifiés… Au lieu de cela, nous sommes enfermés dans une spirale infernale, où le + de 50 ans est prié d'aller voir ailleurs, où les mobilités forcées se multiplient, où le désarroi de très nombreux salariés ne cesse de s'accentuer... Et comme cela ne suffit pas, faisons la même chose mais dans tout le secteur audiovisuel...

À jouer ainsi les Cassandre, TF1, M6 et CANAL+ prennent le risque de tous nous emmener dans une impasse. Ce serait dangereux pour l'avenir, ce serait sûrement un désastre social.

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