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09 / 08 / 2022 | 194 vues
Alain Arnaud / Membre
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ESS : lueurs d’espoir ou écrans de fumée ?

Après les crises, financière en 2008 et sociale en 2018, la pandémie de 2020 a suscité de nombreuses réactions demandant un changement de politique pour réparer les dégâts causés par une mondialisation mal maîtrisée et pour préparer un avenir visible et meilleur. Est-ce qu’avec ce réveil des consciences les lignes vont-elles enfin bouger ? Et pour quel modèle ?


Depuis longtemps déjà, en France, en Europe et dans le monde des voix se sont élevées pour qu’il y ait de vrais changements pour plus d’égalité dans le partage de la création de valeur, plus de solidarité, plus de respect de l’environnement. Déjà, en 2015, l’ONU avait décidé la mise en œuvre d’ici 2030 de 17 objectifs de développement durable à la réalisation desquels se sont engagés 195 États signataires.La Commission Européenne elle-même a adopté en décembre dernier un plan d’action pour développer l’économie sociale et solidaire dans l’Union Européenne.

 

Dans notre pays, l’État-providence a joué son rôle protecteur dès le début de la crise sanitaire, pour autant, le bilan des dernières années est faible en matière d’indépendance industrielle, de co-construction de politiques publiques en faveur de l’intérêt général et de mesures significatives pour l’environnement. Pour sa part, le secteur de l’économie sociale et solidaire est très actif sous l’impulsion de ESS France qui représente avec efficacité les intérêts du secteur auprès des pouvoirs publics, et on doit reconnaître que le Secrétariat d’Etat chargé de l’ESS du précédent gouvernement a joué un rôle plutôt positif au cours de ces deux dernières années.

 

Mais l’ESS ne représente que 10% du PIB, et encore, tandis que les acteurs du secteur sont en général méconnus du grand public en tant que tels. Certes dans les territoires, des partenariats se mettent en place avec efficience entre collectivités publiques territoriales et structures de l’ESS, ce que le CIRIEC-France s’efforce de mettre en évidence dans la vaste étude qu’il a engagée autour du thème « économie collective et territoires ».

 

Pour autant, est-ce que ces dynamiques pleines d’espoirs ne vont pas finalement être déçues ? Est-ce que derrière les mots et les volontés, qui peuvent séduire, il n’y a pas d’impossibilité réelle à faire ?

 

La domination sur le monde des géants du commerce international et du numérique que personne ne maîtrise est telle que l’on peut en douter. Qui a les moyens de s’opposer à ce que les 10% des personnes les plus riches dans le monde détiennent 75% des richesses ?  De même sous l’influence des lobbies, n’y a-t-il pas une volonté cachée de ne pas s’attaquer aux causes réelles des situations de crises auxquelles nous devons faire face depuis ces dernières années ?

 

La grande crainte est que s’il n’y a pas de changement de paradigme économique, s’il n’y a pas de régulation forte d’un système qui a démontré son incapacité à réduire les inégalités, bien au contraire, les mêmes causes produiront les mêmes effets, en pire d’un point de vue social et démocratique.

 

Pour cela, il nous faut continuer à nous mobiliser, partout dans le monde, pour organiser un vrai rapport de forces afin de promouvoir les formes d’économie qui favorisent l’intérêt collectif et non l’enrichissement d’une minorité d’ultra-riches. C’est le sens des travaux du 33ème Congrès international du CIRIEC qui était organisé à València en Espagne consacré aux nouvelles dynamiques mondiales et au rôle que doivent y prendre l’économie publique et l’économie sociale pour que nous ayons tous, et surtout nos enfants, un avenir de paix et d’harmonie.

 

Mais déjà, commençons dans notre pays par organiser de véritables synergies entre les acteurs publics, ceux de l’économie sociale et solidaire, et les organisations intermédiaires représentatives de citoyens, pour contribuer à redonner à nos sociétés un sens plus humain, plus social et plus solidaire, et à nos concitoyens l’espérance d’une vie meilleure ! 
 

Pourtant, faute de règles internationales claires et d’indicateurs fiables et contrôlables, elles peuvent avoir des pratiques sociales et environnementales contraires à leurs principes et se conduire parfois plus mal que des multinationales…Aussi, le Conseil d’administration du Bureau international du travail (BIT) a décidé de s’emparer sérieusement du sujet et a inscrit à l’ordre du jour de la 110e session (en 2022) de la Conférence Internationale du Travail (CIT) un point relatif à « l’économie sociale et solidaire (ESS) au service d’un avenir du travail centré sur l’être humain »

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