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09 / 06 / 2015 | 35 vues
Victor Waknine / Membre
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Le questionnaire/sondage/enquête, un outil coincé dans le pied du dialogue social

Le débat s'anime dans la doxa du dialogue social et le gouvernement simplifie et digitalise l'expression sociale. Beaucoup d'organisations syndicales et d'instances représentatives du personnel s'en émeuvent à juste à titre mais ne sont-elles pas les premières victimes du réductionnisme social via la mode des questionnaires/sondages/enquêtes (Q/S/E) ?

Elles ont voulu, sans distanciation, prendre au mot les directions et emboîter le pas de la mode des questionnaires et autres baromètres. Pensant par rationalisme béat que les mauvaises réponses à des questions bien posées, allaient apporter la preuve de ce qu'elles avancaient.

Le piège c'est refermé sur elles : puisqu'un Q/S/E suffit, à quoi servent les élus ?

Nous avons eu ici, sur Miroir Social, un débat avec Christophe Dejours à propos du Q/S/E d'Orange, suite à la vague de suicides. Christophe Dejours affirmait que l'on n'avait pas besoin de questionnaires et il avait raison. L'essence même de la représentativité du dialogue social est de pouvoir et défendre le travail et les travailleurs, le Q/S/E n'étant qu'un outil et pas un objectif : débattre et construire autour du travail en respectant les attentes de chacun.

Depuis, hélas, bien des cabinets d'experts CHSCT ou pas et autres organisations de tout genre s'amusent à brouiller le débat en croyant que de leurs baromètres surgirait la vérité.

Que 75 % des sondés sont des Français à 75 % et que surtout le Q/S/E suffit, passons à la réparation, SVP. Un échantillon représentatif suffit à démontrer que 30 % de gens souffrent de cela ou de mal au dos et qu'il faut d'urgence « réparer » puisque le Q/S/E le prouve.

Quand nos fondateurs de l'audit social (Joras, Peretti, Landier...) ont  utilisé cet outil, c'était pour nourrir un débat autour du travail et dans le respect du droit de ce travail. Tout restait à construire dans le cadre du dialogue social avec une représentation forte censée décrire objectivement comment le travail était réalisé pour le bien de l'entreprise et de tous.

Imagine-t-on que la médecine générale et l'administration fiscale, voire la bourse, se satisfairaient d'un Q/S/E pour soigner, taxer et valoriser ?

Le Q/S/E est devenu un boomerang du dialogue social alors que celui-ci n'a en fait besoin que d'un peu de TTC : du temps, une table et des chaises.

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