Grand angle
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03 / 09 / 2020 | 264 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Gains de productivité : à quel prix ?

Retour sur la visio-conférence organisée par Up (voir la rediffusion), en partenariat avec Miroir Social, sur les conditions préalables aux efforts des salariés sur la productivité.
 

Les syndicats s’attendent à une multiplication des négociations difficiles pour faire gagner en productivité. Il faut donc préparer les équipes dans les entreprises à des négociations susceptibles de directement concerner le temps de travail, sa flexibilité, le salaire ou le lieu de travail. Pour cela, rien de tel qu’un accord de performance collective, même s’il n’y a pas nécessairement besoin d’en passer par là, du moins sur le volet flexibilité du temps de travail. Cette nouvelle catégorie d’accord permet de licencier les salariés qui refusent une augmentation de la durée du travail ou une baisse de la rémunération pour motif personnel. La pression est forte sur les représentants syndicaux pour signer afin d’assurer la pérennité de l’entreprise et sauvegarder les emplois. « Il n’y pas de totem interdit. On peut tout accepter en termes de concessions, encore faut-il que celles-ci soit justifiées avec des éléments concrets et qu’actionnaires comme dirigeants fassent eux aussi des efforts proportionnels. Une chose est claire, les représentants ne doivent pas signer sans s’assurer qu’un collectif de salariés les soutient. C’est un élément essentiel du rapport de forces qui passe par un échange d’informations avec eux », explique Laurent Picoto, secrétaire régional CFDT Auvergne-Rhône-Alpes en charge de l’industrie. 
 

Une question de loyauté
 

Cette transparence dans la gestion de l’information s’évalue en termes de loyauté pour Georges Meyer, avocat associé du cabinet Delgado Meyer Avocats. « Ça commence mal quand une direction n’annonce pas dès le départ par écrit que la négociation qui débute s’inscrit dans le cadre d’un accord de performance collective », illustre l’avocat. Mais si la direction joue carte sur table, il peut alors y avoir consensus sur un sujet stratégique comme celui de la compétitivité de l’entreprise. La recherche de gains de productivité concerne tous les secteurs : « Nous voyons désormais des entreprises de l’ESS (notamment des associations) vouloir déroger avec des accords de performance collective à la convention collective pour gagner en productivité en augmentant le temps de travail ». Comme à la CFDT Auvergne-Rhône-Alpes, l’union départementale FO Savoie prépare ses militants aux accords de performance collective. « Ce sont des accords à double tranchant, que l’on soit signataire du fait de la capacité très aléatoire des directions à maintenir les engagements sur les emplois ou non. Dans ce dernier cas, les salariés peuvent très bien reprocher aux non-signataires de l’APC que le PSE qui a suivi en a été d’autant plus violent », explique Pierre Didio, secrétaire de cette union départementale, qui rappelle qu’« un salarié mécontent fait plus de bruit que cinquante satisfaits ». Et celui-ci d’imaginer, dans les situations les plus difficiles à trancher, des syndicats capables de s’entendre pour une signature minoritaire afin de contraindre la direction à ouvrir un referendum sur les conditions des gains de productivité. Un jeu risqué.
 

Les clefs de la performance
 

« Il ne faut pas banaliser l’APC et sa capacité à simplifier et à sécuriser les modifications des contrats de travail. Il nous appartient de prendre nos responsabilités syndicales pour ne pas signer des accords sous cette forme pour accompagner des stratégies d’harmonisation sociale, comme c’est pour le moment le cas dans le secteur bancaire. Il n’y a pas besoin d’un APC pour cela », considère Claire Dunand, déléguée syndicale SNB CFE-CGC à la Banque Populaire Méditerranée et secrétaire générale du SNB CFE-CGC, qui avertit qu’« en 2021, on pourrait en revanche voir arriver des APC strictement orientés sur les gains de productivité. Ce sera alors le moment d’engager une négociation plus large sur les performances car celles-ci ne peuvent pas réduites à des gains de productivité sur le coût du travail. Si ce n’est que ça, l’APC ne permettra pas de rétablir une situation difficile ».