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18 / 12 / 2018 | 25 vues
Rodolphe Helderlé / Abonné
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CSE : il va falloir s’organiser autrement

Les moyens quantitatifs des élus sont plus ou moins à la baisse avec le CSE. Être capable de s’organiser autrement s’impose au risque de voir la nouvelle instance continuer de s’affaiblir comme une simple chambre d’enregistrement et de redistribution. C’est l’avis partagé par les élus qui sont intervenus le 15 novembre dernier, à l’occasion du café social organisé par Miroir Social, en partenariat avec Secafi.
 

C’est la soupe à la grimace pour beaucoup d’élus qui constatent les moyens qu’ils perdent en passant au CSE. Le témoignage de Jérôme Pimot, l’une des figures de proue du collectif qui revendique le salariat des coursiers à vélo, est susceptible de leur redonner l’envie de faire avec les moyens du bord.

 

« La question des moyens ne se pose pas pour nous puisque nous n’en avons pas. Le noyau dur du collectif, qui repose sur une petite dizaine de personnes entièrement bénévoles, utilise les réseaux sociaux et les outils d'échanges à plein régime. Notre smartphone, qui est à l’origine de notre outil de travail, nous sert désormais à la coordination, la propagation et la contestation. En somme, d’un outil de travail aliénant nous avons fait une arme de lutte émancipatrice. C’est ainsi que nous avons créé la Fédération transnationale des coursiers », explique celui qui conjugue une activité militante au sein du Clap, avec le projet CoopCycle qui s’articule sur une application en « open source » de gestion des courses, mise à la disposition de coopératives où les coursiers sont des salariés coopérateurs. Environ quinze coopératives très locales de coursiers sont déjà ouvertes ou en passe de l’être. Si les membres du Clap se trouvent dans l’impossibilité de trouver des représentants des salariés à qui parler parmi les permanents des plates-formes de livraison, ils ont aussi toutes les difficultés à se faire entendre des syndicats méfiants. Concrètement, seul le syndicat CGT des services à la personne et SUD commerce soutiennent les actions du Clap alors qu’il y aurait déjà 20 000 livreurs.

 

Engagez-vous

 

 

L’énergie collective du Clap a de quoi inspirer des représentants des salariés bien à la peine pour que tout le monde s’implique à la hauteur des missions pour laquelle ils ont été élus. « Un quart d’entre eux assurent vraiment leur rôle », regrette Yasmine Cissokho, élue CE et déléguée syndicale CGT de Nespresso France (1 500 salariés) qui considère qu’il va falloir être capable de dépasser le « je donne, si je veux » pour pleinement mutualiser le temps disponible pour porter les missions.

 

« Chaque élu doit accepter d’être transparent sur la façon dont il mène les missions dont il a la charge »Les raisons qui expliquent la mauvaise utilisation des heures sont de deux ordres. Il y a les élus qui ne parviennent pas à prendre leurs heures de délégation du fait de la charge de travail dans leur métier qui n’intègre pas le fait syndical et il y a ceux qui les prennent pour faire autre chose sans avoir de compte à rendre au collectif… « Les élus qui abusaient des heures de délégation l’ont payé cher, à travers les ratures sur les listes lors des élections de cette année. Les salariés ne sont plus dupes », lance Luc Marti, élu CFTC d’Hanes France (ex-Dim). Les 4 CHSCT sont remplacés par deux commissions au sein desquelles seulement 4 représentants de proximité pourront siéger. Il va donc falloir optimiser les moyens, surtout que l’enveloppe des heures de délégation mutualisables passe de 2 000 à 400 heures. « Nous allons nous organiser pour que les heures soient utilisées au mieux. Chaque élu doit accepter d’être transparent sur la façon dont il mène les missions dont il a la charge », précise Luc Marti dont l’objectif est de constituer un collectif qui tienne sur 4 ans.

 

Coordonnez-vous

 

« Nous allons avoir besoin d’élus experts car chaque filière de métier peut inviter deux représentants à participer aux réunions du CSE la concernant » Il y a une exigence sur l’engagement des élus que l’on retrouve du côté de la CAT de la MAIF qui vient de ravir la première place à la CFDT à l’issue des élections de la fin novembre, notamment grâce à la capacité des candidats a avoir ratissé le terrain des agences. « La fluidification de la circulation de l’information entre les élus est un enjeu d’autant plus fort que l’on va aller vers des logiques de spécialisation et de diversification des missions. Nous allons avoir besoin d’élus experts car chaque filière de métier peut inviter deux représentants à cogérer les réunions du CSE la concernant. Les nouvelles commissions consacrées à la « transformation numérique » et à la « qualité et aux performances » vont également diversifier les approches », explique Steve Curier, délégué syndical de la CAT chez l’assureur mutualiste en soulignant que près de 30 % de la charge de travail des élus portent sur l’organisation des ASC avec plutôt un bon niveau de coopération. À noter que les 29 élus titulaires du nouveau CSE ont 40 heures de délégation par mois et que les suppléants en ont 7. « À la faveur du passage en CSE, nous espérons être capables d’impliquer les élus davantage car la répartition des missions sera plus claires », souligne Yasmine Cissokho. Nespresso France va en effet passer de 1 CE et une trentaine de DP à 3 CSE et 1 CSE central sans représentants de proximité. « On va avoir un traitement local avec les CSE d’établissement et une approche plus stratégique au niveau de l’instance centrale. Utiliser les outils de travail collectif qui existent serait à l’évidence un plus pour améliorer la circulation des informations. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui », précise l’élue CGT. Certains le font.

 

« Nous voyons des directions qui localisent les réunions de l’instance dans des salles où le wi-fi ne passe pas pour empêcher ce type de réunions augmentées ou les élus de se livrer à du « fact checking » en temps réel avec des spécialistes en externe » « Nous voyons des directions qui localisent les réunions de l’instance dans des salles où le wi-fi ne passe pas pour empêcher ce type de réunions augmentées ou les élus de se livrer à du « fact checking » en temps réel avec des spécialistes en externe. Sur la durée, monter un groupe privé entre les élus sur un réseau social comme Whatsapp ou une application collaborative comme slack est la source d’un indéniable gain de temps, avec moins de perte d’information en travaillant par exemple à plusieurs sur des documents sans utiliser l’e-mail », illustre Jean-christophe Berthod, directeur associé de Secafi, qui a lancé AMIS, un réseau social des représentants des salariés. Et celui-ci d’inviter les élus à demander à la direction la création de commissions temporaires, « en mode projet » pour piloter le suivi d’une question spécifique.

 

  • Le sondage mené par Secafi et Miroir Social sur les modes d’organisation et de communication des élus illustre la spécialisation à venir des élus (92 % des 75 répondants sont au moins d’accord avec ça) et le manque d’appétence des élus pour utiliser des outils de coordination (plus de 53 % des 75 répondants n’utilisent que l’e-mail et 46 % ne se donnent pas les moyens de valider le PV de la précédente réunion avant la suivante…). Le besoin est pourtant bien réel puisque 65 % considèrent que la coordination entre le CE et CHSCT va être de moyenne à faible.

 

Communiquez

 

La représentante CGT de Nespresso considère que les élus de l’instance devraient être capables de s’entendre pour diffuser des comptes rendus communs aux salariés de façon réactive à l’issue des réunions plutôt que chaque syndicat informe chacun dans son coin de façon partielle. Ces comptes rendus reflèteraient les points de convergences et de divergences tant entre les syndicats qu’à l’égard de la direction. Mais pas facile de dépasser la concurrence syndicale pour promouvoir la légitimité de l’instance à communiquer auprès des salariés… Chez Hanes France, Luc Marti entend ouvrir un blog du CSE dont l’information ne sera pas limitée aux activités sociales et culturelles. L’accès à ce site externe sera réservé aux salariés. « Nous avons la volonté d’expliquer aux salariés la teneur des échanges qui se tiennent au sein du CSE et de ses commissions », explique-t-il en précisant qu’il faut « embrayer au plus vite en mode collectif en dépassant les inévitables tensions d’une campagne électorale ». De l’intérêt d’intégrer la piste d’une commission de communication, du moins si l’on considère que c’est un levier pour renforcer la légitimité d’un CSE qui ne se réduise pas à une chambre d’enregistrement et une caisse de distribution.

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