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14 / 02 / 2014 | 1 vue
Sylvain Thibon / Membre
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Assemblée générale de salariés sous haute tension chez Canal+

« À trente ans, Ben est sur le point d'épouser Juliette. Sa petite vie tranquille et sans danger va basculer lorsqu'il retombe sur la personne qu'il a secrètement le plus envie de revoir : Vanessa, la bombe du lycée qui ne l'avait jamais regardé. Elle est de retour à Paris et ne connaît, aujourd'hui, que lui… »

Non, ce n’est pas la banale histoire d’un salarié de Canal+ abordant un syndicaliste pour se dépêtrer d’une situation personnelle insurmontable mais tout simplement le synopsis d’un film formidable, C’est compliqué, qui a, selon la direction de Canal+, justifié la réquisition de la plus grande salle de projection pourtant réservée depuis des semaines par les 4 syndicats représentatifs de Canal+.

  • Une réservation destinée à recevoir une assemblée générale des salariés.

Cette projection de dernière minute a permis à 4 pauvres salariés, eux aussi réquisitionnés pour l’occasion, de profiter d'un espace d'accueil pour 150 personnes. Ils ont dû faire semblant pendant 2 heures et se sont franchement ennuyés. Nous les invitons à se faire rémunérer cette présence en heures supplémentaires car obligés pendant leur repos d’occuper une salle réquisitionnée…

Un grand moment de dialogue social revisité façon Canal 2014. Cette salle réservée par les quatre syndicats représentatifs de Canal+ devait accueillir une assemblée générale pour répondre aux interrogations de centaines de salariés inquiets au sujet de leur avenir. Un échange, une ouverture au dialogue avec les représentants du personnel. Normal ? Non, à Canal+, ce n’est pas possible.

« Une AG à Canal+ dans mes locaux ? Vous n’y pensez pas. Pourquoi pas un appel à la grève pendant que vous y êtes ? » Ainsi s'est exprimée la haute autorité de la DRH : point d’AG chez moi. Réquisitionnez cette salle et dehors ces fauteurs de troubles sociaux.

Laissez-nous donc licencier en silence, réorganiser comme nous l’entendons, déménager le quart de l’entreprise en quelques semaines… Manquerait plus que les syndicats s’en mêlent… Tant pis si les « burn-outs » se multiplient, si on ignore le Code du travail, si l’angoisse collective monte chaque jour un peu plus pour des centaines de salariés… Nous n’en n’avons que faire : je décide, vous exécutez !

Ainsi va la vie sociale dans le Canal+ de 2014, oukase et irrespect d'un dialogue qui n’a de réalité que son nom et des salariés révoltés par tant de désinvolture. « Mais vous n’avez pas lu la jurisprudence de 1971 ». Une direction en mal d'expliquer sa décision à la recherche de textes de loi du siècle dernier, une situation qui tourne à l'ubuesque.

Refuser la tenue d'une réunion sociale, une première en trente années d'histoire de Canal+. Une nouvelle approximation que cette jurisprudence du siècle passé mais qu'importe. Qui ira lire cette documentation pour en vérifier le contenu ? Nous !

  • Au final, en voulant empêcher cette AG, plus de 400 salariés se sont rassemblés dans le hall de l’immeuble Lumière pour clamer leur inquiétude et leur colère sur des méthodes qui deviennent insupportables et anxiogènes. Ainsi, 400 salariés nous ont confortés dans notre analyse : le malaise social est profond, l’anxiété grandissante, l’incompréhension galopante…

Que notre entreprise évolue, rien de plus naturel, sans quoi le risque d’une thrombose est probable. Mais que les changements, les adaptations de nos organisations passent par des décisions incomprises, parfois absurdes, des oukases décidées en chambre accentuent la fracture entre un centre de décision coupé des réalités opérationnelles et des salariés qui commencent à en avoir ras-le-bol.


Notre entreprise doit évoluer, s’adapter à son marché, se transformer technologiquement mais selon quelques principes intangibles. Tout d’abord dans le respect des individus et des collectifs. Ensuite, par le dialogue, une expression collective bafouée depuis des années et qui doit retrouver ses lettres de noblesse.

Interdire la tenue d’une assemblée générale à des centaines de salariés, c’est prendre le risque du développement d’une crispation sociale généralisée. C’est nier le nécessaire dialogue des représentants du personnel avec les salariés. C’est tout simplement idiot et contre-productif. Car notre action syndicale reste ancrée dans cette volonté de trouver et d'ouvrir les voies d’un dialogue renouvelé, respectueux et constructif.

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