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16 / 10 / 2014 | 7 vues
Julien Southon / Membre
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Inscrit(e) le 14 / 10 / 2014

Santé au travail : faut-il encore parler de risques psychosociaux ?

En réponse à la crise financière et économique, nous assistons depuis 2008 à une accélération des projets de changement dans le monde du travail. Ces changements sont nécessaires car ils permettent aux entreprises de s’adapter à des marchés toujours plus concurrentiels. Pour autant, c’est un facteur de risque important pour la santé [1] des collaborateurs qui subissent ces transformations au quotidien. À cette période, les difficultés des grandes entreprises françaises en matière de santé psychologique (dépression, suicide) en sont la parfaite illustration. Le terme de risque psychosocial (RPS) a donc émergé naturellement pour témoigner des maux d’une société en profonde restructuration. Une autre facette de la crise se dessinait à vive allure et devenait sociale.

En réaction à cette crise sociale, les pouvoirs publics ont commandé des rapports d’experts [2] pour mieux comprendre la problématique des RPS. Le gouvernement a invité les entreprises à s’engager pour réduire le risque [3] ou encore les a contraintes de négocier avec leurs partenaires sociaux [4]. La sinistrose était ambiante à l’automne-hiver 2009.

Pourtant, le printemps 2010 annonçait un souffle nouveau en matière de prise en compte de la santé psychologique au travail. Dans un contexte morose, un rapport [5] novateur, à contre-courant, formulait dix propositions pour développer le bien-être et l’efficacité au travail. Il attestait tant sur le fond (propositions) que dans la forme (sémantique) une rupture en matière de vision du travail. Le travail n’était désormais plus perçu uniquement comme un lieu de souffrance mais pouvait a contrario être considéré comme un vecteur puissant d’accomplissement, de réalisation de soi, source de bien-être et d’efficacité. Le cap vers la qualité de vie au travail (QVT) était amorcé.

Mais qu’entendons-nous à présent par « qualité de vie au travail » ?

Il ne s’agit pas d’un dispositif visant à répondre à des obligations légales, ni même à élargir le champ des RPS. Ce n’est pas non plus un moyen de parler de façon plus positive des problématiques de santé psychologiques au travail. L’objectif est plus global et profond car l’enjeu d’une politique de santé et de qualité de vie au travail est de permettre à des individus de se réaliser dans leur travail, de prendre du plaisir, de développer leurs compétences : source de bien-être et de performances.

De manière caricaturale, la QVT est un producteur d’expérimentation en matière d’innovation sociale tandis que les RPS sont un catalyseur des risques. Pour preuve, les démarches RPS ont principalement été menées dans une logique de réduction des risques (diminuer l’exposition à des facteurs environnementaux). Or, la diminution du stress au travail ou des RPS ne garantit pas à elle seule une amélioration du bien-être et de l’efficacité au travail. En effet, un individu peut présenter un faible niveau de stress du fait d’un profond désinvestissement dans son travail. Ainsi, quand on parle de QVT, il s’agit bien d’une réflexion autour de l’engagement des collaborateurs dont il est question.

  • On l’aura compris, la porte d’entrée de la QVT, ce sont les idées, alors que celle des projets RPS, ce sont les problèmes.

L’une est orientée « engagement » et l’autre « risque ». L’une consiste à tester des ingrédients favorables à la santé et à l’engagement des salariés en matière d’organisation, de management et d’environnement de travail alors que l’autre vise à corriger (ou au mieux prévenir) le risque.

Les démarches de qualité (processus, produits, services etc.) ont largement prouvé leurs bénéfices en matière de performances, alors pourquoi pas la qualité de vie au travail ?

[1] Rapport HIRES (2009) : La santé dans les restructurations : approches innovantes et recommandations de principe.
[2] Rapport Nasse et Légeron (2008) : La détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail.
[3] Déclinaison de l’ANI sur le stress au travail (2008).
[4] Plan d’urgence pour la prévention du stress professionnel, Xavier Darcos (2009).
[5] Rapport Lachmann, Larose, Pénicaud (2010) : Bien-être et efficacité au travail.

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J’ai du mal à suivre. Alors que toutes les études s’accordent sur la centaine de stresseurs qui font cette composante majeure de la famille des risques psychosociaux : la souffrance au travail ; et alors que beaucoup de ces causes de stress relèvent du management on en est encore à faire semblant de se demander « ce qui se passe », « d’où cela peut bien venir » et ce « qu’il faudrait envisager de prévoir » ? Je ne peux m’empêcher de penser qu’une vraie formation des managers, appuyée sur une réelle volonté politique aurait pour effet de diminuer le manque de considération dont souffrent beaucoup d’opérateurs ; de lutter contre la diffusion d’informations inutiles qui parasitent celles nécessaires ; d’accroître la marge de manœuvre des encadrants de proximité … et même de lutter contre la solitude du poste et l’imprécision des missions. Ce serait autant de stresseurs et donc autant de stress en moins, non ? Cf. "Encadrer une équipe", livre 160p. édité à la Chronique Sociale et dont la deuxième partie fournit le kit complet d’animation d'une Formation à la conduite des hommes. En vente dans toutes les librairies et sur le site meslivres2.com à cette adresse http://astouric.icioula.org/