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05 / 01 / 2021 | 304 vues
Didier Cozin / Membre
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Seul un nouveau droit à la formation, remplaçant le CPF, pourra contribuer à la relance de notre économie en 2021

En décembre 2020 Elisabeth Borne (nouvelle Ministre du travail) a déclaré que quelques "ajustements" seraient peut-être apportés à la réforme de la formation de 2018. Il faut malheureusement bien plus que de petits ajustements pour relancer des apprentissages professionnels en France. Les réformes incessantes (une fois tous les quatre ans depuis 2004), la procrastination généralisée et le manque d'éducation pourraient faire chavirer les compétences des travailleurs français et empêcher toute relance économique sérieuse.
 

Il faut un nouveau droit à la formation, éloigné du réceptacle actuel d'euros et d'heures de formation.
 

Sur l'emblématique compte personnel de formation (CPF), tout ou presque doit être reformulé tant ce dispositif n'a pas la capacité d'utilement former les 30 millions d'actifs en France.
 

I) Après cinq années d'existence, le bilan du CPF est redoutable.
 

  • Depuis 2015, le CPF ne concerne que 1 à 2 % des salariés du privé : 300 000 CPF dans l'année en comptant large (les permis de conduire ou les stages d'installation).
  • Le CPF est calibré pour former environ 400 000 salariés par an (900 millions pour 20 millions de titulaires du privé, pour un coût moyen de 2 000 € par formation).
  • Même si le million de bénéficiaires du CPF était atteint en 2025, cela impliquerait que chacun des 30 millions d'actifs pourrait se former une seule fois dans sa vie professionnelle avec son CPF.
  • Le CPF reste inutile pour les chômeurs : un chômeur n'acquiert aucun CPF pendant son chômage. Pire encore, dès sa première demande de formation, Pôle Emploi peut lui « siphonner » son CPF (il retrouvera peut-être un emploi mais avec un compteur vidé qui mettra entre cinq et dix ans pour être de nouveau utilisable).
  • Les 6 millions de fonctionnaires n'ont droit qu'à un CPF « Canada Dry », parfaitement inorganisable et inabouti.

II) N'ayant jamais été à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et éducatifs du pays, le CPF devient totalement illusoire par temps de crise.
 

  • Il a été très peu utilisé durant les deux confinements alors que des millions de salariés étaient en chômage partiel, disponibles pour se former.
  • Il a réduit la dynamique éducative de la formation à une accumulation de points (d'euros) sur un simili livret de caisse d'épargne.
  • Il a transformé le choix d'une action de formation en une application virtuelle sur un marché de la formation (Moncompteformation) où la profusion, les tromperies et les illusions s'entremêlent dans un grand bazar au sein duquel plus de 300 000 sessions seraient accessibles via une base de données digne des années 1990.
  • Il a évacué à la fois la codécision et la coresponsabilité de l'employeur à la formation. Une formation professionnelle n'est pas une quête de titre et elle diffère de l'école en ce qu'elle concerne directement un emploi ou une qualification.
  • Il maintient l'illusion de la mutualisation et de la gratuité des fonds de la formation : une faible cotisation patronale (0,2 % de la masse salariale) dont chaque salarié bénéficierait une seule fois dans une vie professionnelle (de plus de 40 années).
     

III) Pour sauver le CPF, il faut cesser de transformer la cotisation sociale actuelle en un vrai titre de formation comme le chèque-restaurant.
 

La formation tout au long de la vie n'est pas un risque social contre lequel il importerait de se couvrir et auquel on n'aurait recours qu'exceptionnellement (à l'instar du chômage ou de la maladie). C'est une constituante essentielle du travail, de la professionnalisation et de la compétence et une dynamique à entretenir tout au long de la vie.
 

Pour ce nouveau droit à la formation, quatre principes permettraient de planifier une généralisation dans le cadre européen de la formation tout au long de la vie.

  • Un chèque de formation (chèque personnel de formation) de 500 € (HT) par an et par personne.
  • Ce nouveau CPF serait financé aux deux tiers par l'employeur (28 € par mois) et un tiers par le salarié lui-même (14 €/mois).
  • Le nouveau CPF serait financé et fonctionnerait de la même façon dans le privé et dans le secteur public pour les 6 millions de fonctionnaires.
  • Le nouveau CPF ne serait utilisable que pendant l'année civile courante dans le cadre d'un co-investissement salarié-employeur. Le CPF ne serait plus cumulable sur plusieurs années, empêchant ce phénomène de pseudo-livret de caisse d'épargne qui rassure sans former.
  • Les chômeurs bénéficieraient d'un chèque de formation alternatif dès leur premier mois d'indemnisation.
  • Les formations et reconversions longues feraient appel à d'autres dispositifs (en partie financés par les CPF non utilisés dans l'année).
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