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06 / 10 / 2020 | 133 vues
Elsa MARTINEZ / Abonné
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Réunions à distance entre les représentants du personnel et les directions d’entreprises : ce que le covid-19 a changé

Avant la crise sanitaire, nous n’en étions qu’aux balbutiements de la numérisation des relations sociales. Avec le confinement, le dialogue social à distance s’est imposé aux directions comme aux représentants des salariés, qui ont dû se familiariser avec de nouveaux vecteurs de communication, désormais numériques, rénovant ainsi leurs pratiques et leurs relations. « Les tchats, les réunions téléphoniques, les visios ne faisaient pas partie de nos méthodes de rencontre et sont maintenant devenues la norme », indique le responsable des ressources humaines d’un groupe du secteur de la chimie. Pourtant, si ces outils distanciels se sont révélés d’une utilité indiscutable, les témoignages recueillis par l’association Réalités du dialogue social, entre juin et juillet 2020, montrent l’ambivalence de leurs effets sur la tenue des réunions entre direction et IRP, créant à la fois gain d’efficacité et déstabilisation des rôles respectifs.

 

Écoute, réactivité et intensification du dialogue
 

Le confinement a demandé aux partenaires sociaux non seulement de réagir très vite mais aussi de s'adapter à de nouvelles formes de travail. Sur ce point, élus et directions s’accordent à dire que le passage au dialogue social dématérialisé s’est fait sans trop de difficultés avec un court travail de structuration des réunions.
 

Bien que pour certains, le recours aux outils de réunions à distance ait pu engendrer un sentiment d’isolement, une large majorité des représentants des directions et des salariés s’entendent pour dire que le numérique a permis aux réunions de gagner en intensité et en efficacité.
 

En effet, au tout début, un dialogue social quotidien, voire pluriquotidien s’est installé. Depuis, la fréquence des échanges s’est espacée sans pour autant revenir au rythme antérieur d’une réunion tous les mois. Parallèlement, d’autres modes de communication, plus informels, ont été instaurés (fils WhatsApp, échanges de SMS…). La multiplicité de ces canaux de discussion a permis une densification des points de contact et a donné l’impression d’un dialogue permanent entre élus et direction.
 

Par ailleurs, le fait de devoir couper la caméra, lors des visioconférences, pour des questions de bandes passantes, a rendu le dialogue plus direct, chacun étant obligé de se discipliner pour prendre la parole, ce qui a, entre autres, contrarié les jeux de postures et la théâtralisation des relations sociales qui pouvaient, en présentiel, parasiter le dialogue. Les échanges entre la direction et les IRP en sont sortis fluidifiés : « le fait de ne pas voir de gestuelle enlève des barrières, rend les rapports plus francs, plus lisses, avec moins de mouvements d’humeur », indique l’élu d’un grand groupe automobile.

 

Une déstabilisation des pratiques préexistantes
 

Les partenaires sociaux interviewés dans cette étude ont également souligné combien le distanciel peut amoindrir la compréhension mutuelle. En effet, l’absence de « communication corporelle » peut brouiller les perceptions et compliquer l’analyse et les réactions. « Avec la visio, vous perdez tout le côté gestuel. Vous jugez mal les réactions, comment les arguments sont reçus et c’est assez compliqué à gérer », explique une DRH de grand groupe pharmaceutique. L’absence d’un langage non verbal est jugée d’autant plus gênante dans les négociations à forts enjeux.

 

Autre disparition ou plutôt mutation : l'« off traditionnel », c’est-à-dire toutes ces discussions informelles et libres ayant lieu avant ou après les réunions dans l’entreprise ou dans des lieux extérieurs, est partiellement remplacé par un « off numérique » matérialisé par des discussions privées en simultané des rencontres en visioconférence. « Les relations humaines et les interactions sociales qu’on peut avoir avec les IRP sont totalement modifiées : se croiser dans le couloir, discuter de façon spontanée, prendre un café, c’est pas du tout pareil qu’un appel », précise un DRH du secteur bancaire. Ce manque est d’autant plus manifeste dans le cadre des intersyndicales pour l’organisation de liens et d’alliances en vue des votes. En effet, le numérique peut avoir tendance à réduire les rapports transversaux entre syndicaux. Plusieurs élus ont témoigné de groupes WhatsApp mis en place au sein de leur syndicat mais pas avec les autres organisations syndicales alors qu’ils avaient pour habitude de faire beaucoup d’intersyndicalisme. À ce titre, il favorise l’entre-soi.

 

La contrainte de distanciation physique a créé un point de bascule vers le dialogue social dématérialisé. Elle a permis de rassurer les réticents et de corriger les idées reçues, notamment dans le sens d’un outil numérique qui fonctionne et qui ne contrecarre pas le dialogue social. Preuve en est, que la majorité des interviewés souhaite poursuivre ces pratiques, à la condition de les encadrer par un accord d’entreprise.

 

Cet article rend compte de l’étude de l’association Réalités du dialogue social. Une série d’entretiens a été menée entre juin et juillet 2020 afin de récolter des retours d’expériences sur la marche forcée du dialogue social vers le numérique. Elle a lancé un appel à témoignages auprès de ses membres et sur LinkedIn. Plusieurs DRH, DRS et représentants du personnel ont spontanément et anonymement accepté de témoigner. Ainsi, 24 interviews ont été réalisées suite à cette opération dont 10 provenant des représentants des directions et 14 émanant des représentants des salariés.

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