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24 / 02 / 2023 | 224 vues
Luc Delrue / Membre
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Les inquiétudes de la MNH sur l’impact du projet de réforme des retraites sur les personnels hospitaliers

Le Conseil d’administration de la mutuelle nationale des hospitaliers (MNH)  fait part de ses inquiétudes sur l’impact du projet de réforme des retraites sur les hospitalières et les hospitaliers.


Face à une multiplicité de crises qui s’accumulent, qu’elles soient de nature géopolitique, économique, sanitaire, sociale ou encore énergétique, et compte tenu du contexte difficile, de profondes et structurantes transitions sociétales, il est indispensable pour la MNH de rappeler son attachement à
notre modèle de protection sociale.


Ces crises et ces mutations ainsi que les réponses qu’elles induisent impactent la plupart de nos concitoyens et pèsent sur le climat social, générant de réelles tensions et de possibles fractures au sein de notre société.


Dans cette situation, le projet actuel de réforme des retraites suscite, pour la MNH, un certain nombre d’inquiétudes, s’agissant particulièrement des hospitalières et des hospitaliers.


En effet, les conditions de travail particulièrement difficiles des hospitaliers, mises en exergue depuis le début de la crise sanitaire, continuent aujourd’hui de se dégrader, malgré la volonté de l’ensemble des parties prenantes d’identifier des solutions.


En outre, les établissements hospitaliers et médico-sociaux sont ainsi, plus que jamais, confrontés à des difficultés majeures pour recruter puis fidéliser leurs professionnels.


Ce diagnostic est largement corroboré :
 

 

  • Près de 72% des hospitaliers jugent leur métier fatigant, dont 30% très fatigant (soit +26% par rapport aux actifs en emploi) (1 );
  • 25 % des agents de service hospitalier et 20 % du corps des aides-soignants sont en arrêt 4 ans avant leur départ à la retraite (2) ;
  • Les agents hospitaliers sont absents en moyenne 15,5 jours / an pour raison de santé (soit +4 jours par rapport aux salariés du secteur privé), et 24,2 jours / an lorsqu’ils ont 50 ans et plus (3) ;
  • 6,6% des agents hospitaliers sont absents au moins un jour au cours d’une semaine donnée pour raison de santé (soit +1,4 pts par rapport aux salariés du secteur privé) (4).


Compte-tenu de la réalité de ces chiffres, aujourd’hui largement partagés, un allongement de la durée d’activité professionnelle risquerait donc d’influer négativement sur la santé des hospitaliers.


La première des priorités devrait être ainsi d’agir pour limiter la pénibilité des métiers hospitaliers dans un esprit d’équité et de justice sociale, en prenant en compte les positions prises par les corps intermédiaires.


Il n’est pas anodin de noter que, consciente de la pénibilité des carrières hospitalières, la Fonction publique hospitalière dispose d’un statut dérogatoire pour certains de ses professionnels : la catégorie active. Mais celle-ci ne concerne qu’un nombre limité d’entre eux.


Ainsi, si la réforme des retraites venait à être adoptée, la majorité des agents hospitaliers se verraient dans l’obligation d’allonger leur activité jusqu’à l’âge légal de 64 ans. Quant aux 250 000 hospitaliers appartenant au corps des aides-soignants, et agents de service hospitalier, relevant de ladite catégorie
active, ils seront obligés de partir à 59 ans au lieu de 57 ans actuellement.


Au regard de ce constat, il est par ailleurs à craindre que ce projet d’allongement de l’âge légal de départ ait une incidence directe sur le coût de la protection sociale des hospitaliers, en santé comme en prévoyance, statutaire comme complémentaire, en raison d’une hausse possible des situations
d’inaptitude et d’invalidité.


Si l’annonce de la création d’un fonds de prévention de l’usure professionnelle dédié aux établissements hospitaliers et médico-sociaux est un premier signal, celui-ci ne nous semble pas suffisant.


Une ambition plus forte doit être portée à la refonte des parcours professionnels à l’hôpital en tenant compte de la pénibilité des métiers. Les établissements de santé doivent ainsi être mieux accompagnés pour faire face aux enjeux de l’évolution professionnelle, du reclassement, de la reconversion, mais aussi de l’adaptation du temps de travail des agents souhaitant en bénéficier.


Pour l’ensemble de ces raisons, le Conseil d’administration de la MNH, réuni ce jour, considère que le projet de réforme des retraites, dans son contenu actuel, est particulièrement inadapté à la réalité de l’hôpital public et de ses métiers.

 

(1) Observatoire MNH, réalisé par ODOXA, septembre 2022.
(2 ) Arnaud Robinet, président de la FHF, lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes de l'information
sociale (Ajis).
(3) DGAFP, Rapport annuel sur l’état de la fonction publique, édition 2022.
(4) DGAFP, Rapport annuel sur l’état de la fonction publique, édition 2022.

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