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13 / 10 / 2020 | 66 vues
Clément Poullet / Membre
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Le professeur étudiant en alternance : un bouche-trou pas cher

Inscrites à l’agenda social et au « Grenelle des professeurs », la réforme des concours et la généralisation de l’alternance pour les futurs candidats aux concours prennent tout leur sens. D'un côté, le ministre essaie de « vendre » 400 millions de pseudo-revalorisations des salaires des professeurs (ce qui fait moins de 30 euros par mois) ; de l’autre, il veut instaurer un nouveau professeur-alternant-étudiant pour huit heures de cours pour les instituteurs et six heures dans le second degré avec une rémunération sous le seuil de pauvreté !

 

Le ministre ne prévoit rien de mieux que de reculer le concours à la fin du M2. Pendant les années de M1 et M2, l’étudiant en master de métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEFF) est contractuel pendant douze mois, il enseigne en responsabilité et devient le bouche-trou pas cher. Il sera obligé de se conformer aux demandes de l’institution car la validation de son master dépend de son zèle (son expérience en milieu professionnel conférera 20 ECTS au minimum). Il sera rémunéré 865 euros bruts par mois.

 

Faudrait-il s’habituer à la précarité, à la surcharge de travail et à un salaire de plus en plus bas ? Est-ce ce que le ministre appelle : le hussard du XXIe siècle ?

 

Actuellement, par exemple, un stagiaire du second degré sans expérience de l’enseignement dans la discipline a une obligation de service de 9 heures par semaine pour un traitement indiciaire brut de 1.818,17 euros (certifié premier échelon de la classe normale). L’heure de cours revient donc à 48 euros. L’étudiant contractuel alternant aura une ORS de 6 heures d’enseignement pour une rémunération de 865 euros, soit un coût de l’heure de cours de 34 euros. Le gain pour l’État est de 14 euros.

 

Enfin, s’il réussit son CAPES lorsqu’il est stagiaire, il devra assurer un service complet, soit 18 heures. D’où un coût de l’heure de cours qui tombe à 24 euros.

 

Le gouvernement généralise le stage en alternance lors de la deuxième année de master dans le budget de 2021, puis pour les premières années.

 

Le ministre veut baisser le coût du travail à tout prix.

 

Ce que le ministre veut mettre en place chez les futurs professeurs prélude de ce qu’il veut faire chez les titulaires : faire exploser les droits statutaires, les obligations réglementaires de service et le temps de travail. S’il est possible d’enseigner en dessous du seuil de pauvreté, nul besoin pour le ministre de répondre aux revendications salariales. Mais le personnel continue de demander le rattrapage de 20 % du point d’indice (soit la perte subie avec le blocage du point d’indice depuis 2000) et 183 euros tout de suite, sans contrepartie, comme le personnel hospitalier l’a obtenu par la grève.
 

Tous ces dispositifs illustrent le contenu du « Grenelle des professeurs » : la déréglementation tous azimuts. Notre fédération s’y oppose et prendra toutes les initiatives nécessaires en défense des droits du personnel, des garanties statutaires et des salaires.
 

Elle invite le personnel à se réunir et à participer aux rassemblements qui se tiennent la semaine prochaine devant les rectorats et inspections académiques.

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