Participatif
ACCÈS PUBLIC
19 / 08 / 2021 | 200 vues
Agnès Rivière / Membre
Articles : 7
Inscrit(e) le 11 / 09 / 2020

« Greenwashing » : comment le reconnaître et l'éviter

Qu'est-ce que le « greenwashing » (ou « écoblanchiment » en français) ? En tant que CSE, comment être attentif à ces stratégies écologiques trompeuses pour choisir des  partenaires crédibles et engagés ? 

Lors d'un webinaire (juin 2021), nous avons pris le temps de revenir sur les tenants et aboutissants de ce phénomène, en accueillant deux experts. L'objectif était d'éclairer les CSE désireux de s'engager, tout en leur donnant les clefs pour repérer les pièges qui reviennent régulièrement. Si vous n'avez pas pu participer à la présentation, pas de panique, cet article est fait pour vous.

 

De quoi parle-t-on ? 

Mardi 21 juin, Représente.org a organisé un webinaire sur le thème du « greenwashing » (ou « écoblanchiment » en français). Mot valise un peu flou, on en entend souvent parler, sans pour autant bien appréhender tout ses enjeux. L’objectif de la rencontre était d'évoquer les moyens d’action à disposition des élus des comités sociaux et économiques (CSE) pour déjouer les pièges du greenwashing à leur échelle.

 

Les intervenant(e)s du webinaire

 

Pendant une heure, Agnès (cofondatrice de Représente.org) a mis les interrogations sur le greenwashing et les pièges à éviter en lumière. Pour éclairer le débat, nous avons accueilli deux intervenants spécialistes de la question :

  • Antoine Trouche, coordinateur communication et relations publiques au sein de Pour un réveil écologique (collectif de jeunes engagés dans la transition écologique et qui a notamment développé un guide anti-greenwashing) ;
  • Séverin Prats, cofondateur et président d’éthi'Kdo, la première carte cadeau 100 % écologique et solidaire. Le travail de son équipe consiste à sélectionner des fournisseurs qui évitent le greenwashing et qui ont de véritables engagements sociaux et environnementaux.

 

Pourquoi y relier les CSE ? 

En la matière, les CSE possèdent un potentiel d’action souvent sous-estimé. À travers les activités sociales et culturelles (ASC) qu’ils offrent aux salariés, ils représentent plus de 11 milliards de dépenses par an. Soit l’équivalent d’un tiers du budget annuel du Ministère de la Transition écologique. 

Reste à savoir comment accompagner les CSE dans cette transition et les aider à décortiquer les pièges du greenwashing. L’enjeu est de taille côté bénéficiaires puisque de plus en plus de salariés se sentent concernés par les problèmes environnementaux. En outre, 83,3 % d’entre eux estiment que le CSE a un rôle à jouer dans la transition écologique. Beaucoup expriment néanmoins des craintes envers cet engagement qui pourrait être réduit à du greenwashing s’il était mal mené. 

 

Exemple de communication greenwashing de la part de esayjet

 

Qu'est-ce qui pose problème avec le greenwashing ? 

Antoine a commencé en ouvrant la discussion avec un constat alarmant. La question des enjeux écologiques n’a jamais été aussi médiatisée, alors que nos effets sur l'environnement n'ont de cesse d’augmenter. Pourtant, la volonté individuelle est réelle de voir les choses changer. Cela nécessite d’être vigilant et de s’armer contre les stratégies de « marketing vert ». Le greenwashing permet à certaines entreprises de se donner une bonne image et d’améliorer leur réputation. Mais la réalité n’est pas toujours à la hauteur des engagements énoncés. En effet, l'investissement est loin d’être réellement entrepris pour diminuer leurs effets sur l'environnement. Or, ces stratégies marketing nous induisent en erreur en tant que consommateurs. Elles augmentent le risque que nos efforts collectifs pour endiguer la pollution et le réchauffement climatiques ne suffisent pas.

 

D'où l'intérêt d'avoir quelques astuces pour savoir reconnaître les pièges.

Effets d’annonce verts et accrocheurs, mise en avant de la nature via des images et des couleurs sans rapport avec la fonction réelle du produit… Toutes ces stratégies reviennent régulièrement et peuvent sonner les premières alarmes de l’éco-blanchiment.

 

Reconnaître le greenwashing #2

 

Dans la famille des arnaques, on peut aussi apprendre à se méfier de l’utilisation à outrance du champ lexical scientifique et écologique. Mais également de la mise en avant de la compensation carbone, concept à manier avec prudence ou d’un label faussement écologique, parfois créé par l’entreprise même. 

 

Reconnaître le greenwashing #3

 

Reconnaître le greenwashing #3

 

Vous trouverez ici une liste fiable des labels environnementaux recommandés par l'ADEME.

Cas pratique pour instaurer une carte cadeau éthique :

⇒ Séverin, cofondateur de la première carte 100 % écologique et solidaire, est particulièrement vigilant vis-à-vis de ses futurs partenaires. Il nous explique comment il procède pour éviter les pièges.

Les chèques et cartes-cadeaux font partie des principaux produits offerts par les CSE. L’expérience d’éthiK’do et de sa carte-cadeau est donc particulièrement intéressante. En effet, elle nous permet de mettre les conseils apportés par Antoine pour éviter le greenwashing en pratique. 

Pour commencer, Séverin a proposé un schéma illustrant le bilan carbone de l’entreprise éthi’Kdo. Avec ce bilan, nous avons pris conscience de ce que la majeure partie (72 %) des émissions de gaz à effet de serre d’un émetteur de chèque-cadeau découle de l’utilisation qui en est faite via les achats dans les boutiques qu’il propose. 

 

Bilan carbone de la carte éthi'Kdo

 

 

Cette information nous permet d’être d’autant plus attentifs face aux émetteurs de chèques-cadeaux susceptibles d’axer leur communication écologique sur les aspects les moins émetteurs de leurs cartes. C’est par exemple le cas avec la dématérialisation (très faible effet) ou la compensation carbone, si elle ne prend pas les émissions liées aux achats en boutiques en compte.

 

Quelques exemples

 

Trois exemples de greenwashing dans les chèques cadeaux

 

À l’inverse, comment reconnaître une carte-cadeau « écologique » ? Tout se joue dans la sélection des enseignes partenaires. Elles doivent elles-mêmes être engagées dans des modes de production permettant de réduire au maximum les émissions liées aux biens et services qu’ils commercialisent (seconde main, choix des matériaux, fabrication locale…).

 

Questions à l'issue du webinaire

1) Les CSE peuvent-ils réinterroger les finalités des activités de l’entreprise ? 

Le CSE n’est pas en mesure d’imposer des décisions ou des modifications de l’activité de l’entreprise. En revanche, grâce à son travail de discussion et d’échange avec la direction (ainsi que de contrôle de son action), il peut être amené à questionner certaines décisions stratégiques touchant à la finalité des activités de l’entreprise.

 

2) Faut-il accepter les entreprises qui viennent juste de s’engager dans la transition environnementale et sociale mais qui ne progresseront sur leurs actions que par la suite ?  

Plusieurs pistes de réponse.

Séverin : « L’idée est d’encourager à l’action mais lorsque, pour nous, une entreprise n’est pas optimale sur la question, nous lui expliquons comment elle peut s’améliorer ».

Antoine : « Toutes les bonnes actions sont bonnes à prendre mais cela ne doit pas mener les entreprises à faire de la communication intéressée. Sur les questions écologiques, ce n’est pas comme avec les questions sociales où tout investissement est mieux que rien. Au niveau de l’environnement, il existe des questions de seuils qu’il ne faut pas dépasser, sous peine de nous mener à des catastrophes. D’où l’intérêt d’être particulièrement exigeant sur les engagements environnementaux des partenaires. Le souci est qu’aujourd’hui les formations sont largement insuffisantes, et que toutes les entreprises ne peuvent être logées à la même enseigne. Ceci, en raison notamment de leurs tailles ou de leurs différences de marges de manœuvre. Par exemple, les grandes entreprises sont plus amenées à faire des bilans carbones que les plus petites.

 

3) QU'est-ce que le « social washing » ? 

Le « social washing » peut se définir comme le fait de mettre des engagements sociaux démesurément en avant pour donner une bonne image de l’entreprise. Sur le même principe que le « greenwashing », pour le reconnaître, l’idée est d’être attentif à ces stratégies de communication qui ne remettent pas forcément les engagements des partenaires ou le bénéfice qu’ils tirent du « dumping social en question.

 

Si après la lecture de cet article vous êtes curieux de visionner le webinaire, c'est par ici.

 

Pour aller plus loin

Au delà des actions sociales : le levier du dialogue social. 

Les CSE peuvent rendre leur politique d’achat cohérente avec les enjeux environnementaux et sociaux. Mais ils peuvent également avoir un effet sur d’autres sujets. 

Par exemple, à l’occasion des séances d’information-consultation avec l’employeur, les CSE peuvent demander à analyser et à rendre un avis sur les rapport extra-financiers de l'entreprise. Mais ils peuvent aussi se pencher sur l’implication de l’entreprise dans la transition écologique, sur leur stratégie RSE et sur les plans d’évolution des emplois et de compétences.

 

Une loi sur le climat qui légitime l'engagement et la participation des CSE dans la transition environnementale.


Petite victoire pour les CSE, la loi sur le climat et la résilience pourrait renforcer ces rôles d’accompagnement à la transition, notamment au travers de l’article 16 qui permet de légitimer leur rôle :

  • les enjeux environnementaux figureront dorénavant dans les attributions générales des CSE ;
  • chaque thématique faisant l’objet d’une procédure d’information-consultation du CSE devra prendre les conséquences environnementales des activités de l’entreprise en compte.

 

De plus, vous pouvez regarder l’interview d’Agnès sur B-Smart sur le marketing éthique.

Pas encore de commentaires