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29 / 03 / 2022 | 3200 vues
Philippe Deslande / Membre
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DRH contondante et Comex « paresseux » : fin du dialogue social chez Thales ?

Comme toute fin de règne (Assemblée Générale à mi-mai), le comique le dispute au tragique. Impossible de ne pas penser à Boby Lapointe (* Voir les paroles de « Sentimental bourreau » en fin de texte), ce vendredi 25 mars, jour de la convocation de l’intersyndicale par le DRH du groupe Thales.
 

Après 7 semaine de mouvement social (du jamais vu dans Thales depuis que le groupe porte ce nom), le seul et unique but, en résumant grâce à Boby une heure et demi de réunion en 3 mots, semblait être de reconnaitre que si son amour des salariés était sincère, sa « fleur bleue était contondante *», et que « sentimental bourreau » il ne souhaitait pas « salir son billot » en « coupant des têtes » (Boby précise « sans penser à mal »). Encore une fois, il n’a rien apporté de neuf au débat face à une intersyndicale déterminée à obtenir une avancée vers ses revendications et l’arrêt des assignations en justice de salariés.

 

Consternant ! Serait-ce que Thales ne s’inquièterait guère de son image auprès des salariés, pensant certainement résoudre son grandissant problème de charge (dans certains sites le nombre de poste ouverts et non pourvus explose), par le recours à l’intérim et la prestation. Sans s’inquiéter de la perte d’expertises (naguère fierté du Groupe), qui accompagne une telle politique d’embauche.


Ne pas fidéliser les jeunes entrants ne s’explique pour la gouvernance que par un effet générationnel et rien d’autre. Ne pas fatiguer les méninges : les indicateurs d’attractivité sont bons. Tant pis s’ils partent au bout de quelques années, et avec des salaires bien meilleurs). Combien d’accidents industriels du Groupe ne s’expliquent que par ce type de paresse ? Combien se préparent à cause d’une telle pauvreté d’approche ?

 

Tout cela s’explique partiellement parce que cette espèce d’Autriche-Hongrie industrielle qu’est Thales (un conglomérat d’activités diverses, stratégiquement indépendantes, tentant avec une admirable constance de maintenir le mythe d’être un Groupe avec « One team, one Thales » pour devise) ne doit son unité que de la présence du François-Joseph local qu’est son PDG et de son de plus en plus supposé sens social.

 

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Preuve donnée par la finesse de l’analyse du mouvement social faite par l’ensemble de notre haute Direction, opérationnelle et ressources humaines  : en résumé,  les salariés de Thales sont des enfants gâtés, pour lesquels le Groupe en a déjà bien assez fait.

 

Que des personne issues de l’élite de l’école française s’abandonnent à une explication aussi paresseuse n’a qu’une explication (sauf gros coup de mou), elle n’est plus là ou occupée à chercher une place plus accueillante. On se met alors à redouter - on sait ce qu’il fût de l’Autriche-Hongrie -  la vente du Groupe par appartement, si tentante … d’ailleurs le cours de l’action monte bien plus que la guerre en Ukraine pourrait l’expliquer, stimulé par le rachat de 800 M€ de ses actions par Thales pour destruction (une somme proche de 50 fois ce que les salariés demandent depuis 2 mois).

 

Notre PDG aurait-il déjà sa nouvelle affectation (les élections présidentielles qui approchent sont un élément à considérer) ? C’est tout au moins ce que pensent tout bas nombre de salariés (selon les bookmakers et dans l’ordre, secrétaire d’État, commissaire européen, PDG d’EDF, Cyber sécurité etc..). Notre DRH arrivé depuis 1 an et issu d’un milieu totalement différent de celui du groupe, le serait-il car plus compatible avec le prochain PDG à venir ? Aurait-il la mission d’enterrer le dialogue social à Thales en laissant pourrir les sujets … pour faciliter une gestion future totalement décomplexée à l’encontre des salariés? Toujours est-il que l’avenir « humain » de Thales ne semble pas être une question intéressante pour la gouvernance actuelle puisque le PDG et son COMEX font bloquer toute négociation permettant la sortie de la crise.


On aimerait pourtant que les membres du COMEX s’exprime sur ce point, mais selon toute apparence tout aussi paresseux bien que tout aussi issu de l’élite, ils appliquent et font propager la même explication par les niveaux inférieurs, « le doigt sur la couture du pantalon ».


Donc pour notre Boby de DRH « compatible », ce ne serait qu’un mauvais moment à passer jusqu’à ce que les salariés et les organisations syndicales finissent par céder, épuisés moralement et par les répressions financières et juridiques qu’il a fait mettre en place, ou au pire jusqu’aux élections présidentielles, long mais pas insoutenable.


Il savait d’avance que cela ne serait pas facile, même si l’intensité du mouvement et surtout l’indéracinable volonté des organisations syndicales représentatives de rester en intersyndicale (d’ailleurs rejointes sans faille par les organisation syndicales représentatives localement sur chacun des plus de 50 sites Thales en France) le surprend, visiblement pas de coutume chez notre hypothétique prochain propriétaire (si l’on en croit les rumeurs de rachat par Bolloré).


Garder un œil chaque quinzaine sur les DRH de chaque activité (une fonction « hors sol » dont on ne voit pas l’apport et qui semble plus relever d’un « club d’agit/prop » patronale, mais ces grandes responsabilités nous dépassent très certainement, nous simples syndicalistes,) pouvait il lui apporter une compréhension du terrain social à Thales ? Pour nous, clairement non, si tous y répètent la même bonne parole en jetant autant d’huile sur le feu que possible, en ne remontant pas la réalité ou très partiellement, cela relève plus de la  distraction (couteuse) ou pire du « panier de crabes ».
 

Face au mouvement social ces DRH que l’on ne voit pas venir au contact ni au dialogue sur les sites qui rassemblent plusieurs centaines de salariés en mouvement, se contentent de convoquer quelques représentants du personnel pour les morigéner :  « courage, fuyons ».


Totalement décomplexés et forts d’un discours assez unanime anti-syndicaliste, ils « divaguent en liberté » ou pire sur ordre : Ainsi, ils engagent des répressions jamais vues à Thales et assignent par dizaine les salariés grévistes devant les tribunaux, mais en visant surtout les élus et mandatés, sur qui ils devraient au contraire s’appuyer pour garantir un dialogue social de qualité et en tout  premier lieu trouver une sortie de crise.


Encore du jamais vu dans Thales ! Encore une preuve de fin de règne.


Bonne nouvelle toutefois, ce n’est pas physiquement que le « sentimental bourreau » de Boby pourrait craindre de  « salir son billot » en « coupant des têtes** ».


Les salariés, qui n’ont pour l’instant à peu près rien obtenu après 7 semaines de lutte, et dont certains connaitront une deuxième année sans réévaluation de leur salaire en pleine inflation galopante, souhaitent durcir le mouvement. Comme les dirigeants de Thales semblent « s’en moquer » (dans quelles écoles enseigne-t-on encore le sens des responsabilités ?), est-ce vraiment aux organisations syndicales d’en rester les seules dépositaires ? Le « value for money » (rapport qualités/salaire) ne devrait il s’appliquer qu’aux salariés de bas niveau opérationnel ? Si la situation n’évolue pas rapidement, Thales sera abimé pour très longtemps.

 

Avis au futur nouveau PDG et aux acheteurs potentiels des appartements qui seront à vendre. Avis à nos Clients qui pensent être livrés en temps et en heure. Avis à tous les Thalésiens, en particulier aux nouveaux embauchés, dont tous les salariés souhaiteraient qu’ils restent longtemps, mais comprennent qu’ils partent. Avis aux actionnaires qui rêvent encore au moment où les salariés ont compris ce qui se prépare.

 

*«  Mais son esprit rugueux/Ne trouvait rien de mieux/Que de faire rimer printemps/Avec j'y rentre dedans/Ou bien j'y casse les dents »

** « Il était une fois /Un beau petit bourreau/Pas plus grand que trois noix/Et pas beaucoup plus gros/Des hautes et basses Œuvres/Etait exécuteur/Et pour les basses OEuvres

Était à la hauteur/N’avait jamais de trêve/Et jamais de repos/Et en place de grève/Il faisait son boulot/Pourtant couper des têtes,/Disait-il, ça m’embête/C’est un truc idiot/Ça salit mon billot

Pour nourrir ma vieille mère/Je saigne Paul ou Pierre/D’un geste un peu brutal/Mais sans penser à mal/Sentimental bourreau/Aïe, aïe, aïe,... aïe, aïe, aïe,... »

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