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26 / 10 / 2020 | 328 vues
Philippe Deslande / Abonné
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Comment des disciples du mouvement ondulatoire universel torpillent des négociations capitales chez Thales

Chez Thales, le dialogue social a jusqu'à présent bien fonctionné, de manière responsable. Cette fois-ci, les temps sont véritablement durs, surtout pour les activités aéronautiques. Lors des négociations sur la mise en place de l'activité partielle de longue durée (APLD) débutées en septembre et toujours en cours, la CFTC voit des organisations syndicales honorablement connues jouer un drôle de jeu.

 

Pour torpiller des négociations capitales pour l’avenir des salariés, déjà très inquiets et dont l'anxiété ferait un bond s'ils assistaient à une seule de ces réunions, c’est facile. Deux points à retenir...

 

Adhérer au MOU

Devenir  un fervent disciple de Pierre Dac, même si votre organisation syndicale est par ailleurs « sérieuse » ou reconnue comme telle : c’est à dire devenir un fanatique du MOU (le mouvement ondulatoire universel, fondé par Pierre Dac pour soutenir sa brève candidature aux élections présidentielles de 1965, offrant le mot d'ordre « les temps sont durs votez MOU ») est un préalable exigé.

N’oubliez pas que les situations très difficiles donnent souvent l'impression de devenir pénétrant à l’esprit de ceux qui en manque, au prix d’adopter un air grave. Profitez-en !

 

Appliquer les techniques de base

Deux techniques (simples, « idiot proof » diraient les Américains) permettent aux adeptes du MOU de s’affirmer et, à coup sûr, de détruire tout dialogue constructif par l'exaspération :
 

La première consiste à creuser chaque phrase proposée de l’accord pour y trouver une interprétation secrète et défavorable.
 

On remarquera qu’à creuser ainsi, on se retrouve finalement en Nouvelle-Zélande, à constater que, autour de soi, tous les autres marchent sur la tête, ce qui (à condition de rester inaltérablement borné cela va de soi, sinon pourquoi adhérer au MOU ?) conforte dans le sentiment d’être seul à avancer dans le bon sens. On ne risque rien à demander au langage ce qu’il ne peut pas donner par principe, ce qui consiste en quelque sorte à préférer une sortie de piste à la négociation du virage que la philosophie qualifie de linguistique (ce qui ne devrait pas demander trop d’efforts à certains, cette pathologie accablant naturellement les ingénieurs trop longtemps cantonnés à la seule rédaction de documents de spécifications). Bien sûr, la phrase de remplacement proposée devra être creusée à son tour lors de la réunion suivante et sera décrétée aussi ambiguë que la précédente. Finalement, expliquez que la première rédaction est préférable, ce qui vous offrira un sommet de contentement et un résultat garanti. Et ainsi de suite dans un va et vient, une ondulation sans fin, vide de sens et chronophage, dans l’espoir de voir la direction craquer (du jamais vu jusqu’ici puisque, au pire, elle peut toujours changer de représentant).
 

La seconde technique, plus abstraite (ce qui ménage l’agrément d’une ondulation complète en cours de réunion, c’est-à-dire sans devoir attendre la suivante pour se contredire) mais aussi peu intellectuelle que la première, consiste à insister, par roulement et sur chaque point, sur la subsidiarité (ne pas laisser le patron déposséder les instances locales de leurs prérogatives, ce dont il rêve, pourrez-vous prétendre) puis sur l’importance de la centralisation (car elle seule peut garantir que ce sera partout pareil, c’est-à-dire dans une acception qui aurait autrefois semblé stalinienne mais qui peut passer pour techniquement désirable).

On peut douter que cette méthode de la contradiction permanente, utilisée par Pavlov pour névroser des animaux de compagnie, donne de bons résultats sur la direction. Mais au minimum, pour fatiguer tout le monde, ça fatigue.
 

Cela fatigue la direction (et les négociateurs responsables) au point que celle-ci finira sans doute par se dire que renoncer à un accord ne sera pas plus pénible (et aura au moins la vertu de remonter, pour les sociétés cotées, le cours de l’action). Ce qui vous donnera raison (la direction est bien trop cynique pour vouloir véritablement un accord) grâce à une habile prophétie auto-réalisatrice crée de toutes pièces. Toute passion dévorante doit se nourrir de faits, serait-elle même destructrice, si c’est le prix à payer pour la satisfaire.

 

Remettons les pieds sur terre

Le parti d’en rire proposait d’amnistier les portes condamnées et Ferdinand Lop le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois. C’était pour plaisanter.
 

La CFTC craint qu’il ne s’agisse pas d’une plaisanterie si des négociateurs emplis de la seule importance qu’ils se décernent à eux-mêmes, ne faisant que s’accaparer sans vergogne l’importance (la seule réelle) de la situation, transforment des négociations dont des milliers de salariés dépendent lourdement, en pièce d'Eugène Ionesco. La protestation par l’absurde c’est pour les artistes, pas pour les représentants des salariés s’ils se sentent un tant soit peu responsables et conscients de la charge qui leur incombe à travers leur mandat.
 

Comme d’autres organisations syndicales tout aussi responsables et avec elle à la table de ces négociations, la CFTC demande que le temps perdu soit autant que possible limité, les accords signés au plus tôt, les salariés rapidement rendus à une situation qu’ils pourront gérer de la façon la plus éclairée possible. Pour cela, elle demande aux organisations syndicales qui mandatent leurs négociateurs de bien vouloir prendre leurs responsabilités, la situation ne pouvant rester ignorée des salariés bien longtemps si l’échec des négociations devient possible.

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