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Liquidation judiciaire de Centre Inffo : un naufrage institutionnel !
Le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé ce jour la liquidation judiciaire de Centre Inffo.(1)
Dans un communiqué de presse les élus représentant les salariés au CSE de l'Association, la délégation syndicale CFDT et la délégation syndicale CGT de Centre Inffo, ont immédiatement réagi à cette décision...
Pour eux , le ministère du Travail a organisé la disparition de son propre opérateur, en n’assumant ni la responsabilité politique, ni le coût humain et financier de cette fermeture.
Les 85 salariés, abandonnés à leur sort, refusent de payer seuls le prix d’années d’incurie de leurs directions successives et de leur tutelle, la DGEFP.(la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle )
Les responsabilités dans ce naufrage institutionnel doivent maintenant être communiquées et le respect des droits des salariés garanti.
Une liquidation judiciaire, conséquence directe du retrait brutal de la subvention du ministère du Travail
Centre Inffo a été conduit par le ministère du Travail sur la voie d’une disparition programmée, avec l’arrêt brutal à compter de janvier 2026 du financement des missions de service public qui lui étaient confiées.
L’Etat aura ainsi choisi de supprimer son opérateur historique, référence de l’information sur la formation professionnelle, qu’il a piloté, dirigé et financé après l’avoir créé il y a 50 ans, en tentant ainsi de n’assumer aucun des coûts de cette fermeture et en se dédouanant des conséquences sociales particulièrement lourdes.
85 salariés se retrouvent aujourd'hui purement et simplement licenciés, sans aucune perspective de reclassement, ni financement de l’Etat pour un plan social dans le cadre de sa liquidation judiciaire.
Une liquidation qui n'est pas un accident
Cette liquidation est l'aboutissement d'un long processus de déliquescence institutionnellement nourri par des années d'alertes ignorées, de décisions différées et de responsabilités non assumées.
Les élus du CSE n'ont cessé de signaler l'absence de stratégie crédible, l'obsolescencendes outils, l'affaiblissement commercial, la dégradation du dialogue social et l'incapacité persistante des directions successives et de la gouvernance à engager une transformation réelle et efficace.
Les responsabilités de l'État dans ce fiasco sont considérables. Elles révèlent une sidérante culture de l'incurie portée, en premier lieu, par les services qui avaient vocation à piloter et diriger Centre Inffo : la DGEFP et l'IGAS (au travers des fonctionnaires qui en étaient issus et qui en assurèrent la présidence et la direction).
La DGEFP : une responsabilité première et irréfutable
La DGEFP — Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle — ne peut pas prétendre être un spectateur extérieur à une liquidation qu'elle a elle-mêmenprovoquée.
Centre Inffo a ainsi été constitué par décret à l’initiative du ministère du Travail (Décret du 2/3/1976).
L'association a été financée majoritairement par des fonds publics pendant toute son histoire. Ses missions ont été définies par la DGEFP à travers un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM). Sa gouvernance a toujours été nommée par elle : nomination de son Président, participation au Conseil d’administration et
pouvoirs de nomination de personnalités en son sein. Son plafond d'emplois était également fixé par elle et elle a nommé ses directions successives.
L’association Centre Inffo opérait donc sous le contrôle direct de l'État.
Le rôle particulier de l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales)
Le rôle de l'IGAS - Inspection générale des affaires sociales - dans ce fiasco mérite également d'être relevé. La présidence de Centre Inffo a été assurée, de 2008 à 2025, par un haut fonctionnaire de l'IGAS. La direction générale de l’association a aussi été confiée à une inspectrice de l’IGAS de 2022 à 2025.
C'est précisément au cours de cette période que la situation de Centre Inffo s'est irrémédiablement dégradée : malgré les alertes répétées du CSE à propos de la trajectoire qui se détériorait, faute d'une nécessaire transformation, aucun signal d’alarme n’a été réellement pris en compte, aucun plan de redressement n’a été mis en œuvre.
Cinglant paradoxe : c’est sous la conduite de ces hauts-fonctionnaires de l’IGAS, pourtant a priori garants de la bonne utilisation des deniers publics, que s’est ouverte
une ère de recours dispendieux par la direction à des consultants externes rémunérés à des niveaux exorbitants pour un opérateur parapublic.
Des centaines de milliers d'euros ont été consacrés à des consultants grassement rémunérés pour des diagnostics, scénarios et présentations qui n'ont rien produit de
tangible pour l'avenir de la structure.
Ceux-là mêmes qui étaient censés veiller à la rigueur de la gestion publique auront ainsi promu une culture de la gabegie financière sans précédent. Et la gouvernance n’y a rien trouvé à redire !
La mise à mort : un désengagement brutal
Le coup de grâce est venu à l'été 2025 : le ministère du Travail s'est soudainement désengagé, en décidant de supprimer la totalité de ses financements dès janvier 2026, ceci sans aucun égard pour les conséquences sociales de ce retrait et sans organiser aucune solution de continuité. La procédure de sauvegarde engagée à l'automne 2025 n'aura rien inversé. Elle aura au contraire amplifié ce paradoxe saisissant : plus la situation se dégradait, plus le nombre de parties prenantes extérieures rémunérées par l’association augmentait - jusqu'au recrutement d'un manager de transition facturé à des montants indécents, pour préparer un plan de continuation promis qui n'a jamais vu le jour.
La disparition d’un acteur historique
Avec Centre Inffo disparaissent cinquante ans d'expertise et de service public. Cette disparition constitue un gâchis humain, sectoriel et institutionnel de premier ordre, et envoie un signal particulièrement délétère sur la réalité de l'engagement public pour la formation professionnelle continue et l’apprentissage.
Si Centre Inffo est resté debout jusqu'à ses tout derniers instants d’existence, c'est grâce au professionnalisme, à l'engagement et à l'éthique des équipes auprès de ses clients et partenaires, fidèles à leur poste.
Publications, veille documentaire, expertises pratiques et juridiques, formations, événements, réseaux français et européens, partenariats : les salariés sont parvenus à maintenir un niveau d'excellence reconnu par les acteurs de l’écosystème, malgré l'effondrement progressif du cadre institutionnel et organisationnel censé soutenir le développement de leurs activités.
Hélas, ce sont eux qui paient aujourd'hui le prix fort des décisions et des non-décisions prises par la tutelle, leur direction et gouvernance.
Les élus du CSE exigent :
- que le ministère du Travail et la DGEFP assument concrètement leurs responsabilités, découlant de cinquante années de pilotage de Centre Inffo ;
- la mise en œuvre et le financement immédiat de mesures sociales dignes : reclassements effectifs dans les administrations et opérateurs du champ emploi- formation, financement d’un PSE dans le cadre de la liquidation judiciaire, garantie intégrale du respect des droits acquis des salariés.
- le soutien concret de l’association et son conseil d’administration et des organisations syndicales aux démarches que les salariés souhaiteront engager pour faire valoir leurs droits et réparer les préjudices subis.
Centre Inffo disparaît. Les responsabilités de ce naufrage institutionnel, elles, ne disparaîtront pas avec lui.
(1) Le Centre pour le développement de l'information sur la formation permanente (Centre Inffo) est une association loi 1901 placée sous la tutelle du ministre chargé de la Formation professionnelle.
Centre Inffo est le relais national d'information sur la formation professionnelle et un centre de ressources pour les professionnels de la formation depuis plus de trente ans.