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03 / 08 / 2022 | 403 vues
Xavier Burot / Abonné
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« Le modèle du portage salarial reproduit les inégalités du salariat en faisant miroiter l'illusion de l'autonomie » - Alexis Louvion, sociologue au CEET

Soutenue en 2019, le titre de la thèse affiche la couleur : « Blanchir les zones grises de l’emploi : le portage salarial, extension ou détournement des institutions salariales ? ». Son auteur, Alexis Louvion est chercheur en sociologie au Centre d'Etudes de l'Emploi et du Travail (CEET). Il interviendra le 25 novembre au colloque organisé par la Fédération CGT des Sociétés d'études sur les perspectives d’avenir du portage salarial. Entretien sur les liens entre portage salarial et précarisation.

Alexis Louvion


Pourquoi considérez-vous que les salariés portés qui s'en sortent le mieux sont majoritairement de faux intermittents qui entretiennent l'illusion de l'autonomie pour les  "entrepreneurs de la débrouille" comme vous les qualifiez ?


 

Le modèle du portage salarial reproduit les inégalités du salariat portés par les diplômes, le sexe et l'âge. Il est le plus confortable pour les hommes, diplômés, avec de l'expérience sur des expertises pointues forgées dans un strict cadre salarial. Leur mission s'exerce sur une longue période et ils ont peu de clients. Ce sont des salariés de luxe qui bénéficient à la fois des avantages du salariat et du travail indépendant. Ce sont donc de faux intermittents. Le portage salarial est la pleine illustration d'une flexisécurité qui profite avant tout aux gens qui étaient déjà dans des situations stables, comme de bons salariés. 

C'est une différence de taille  par rapport aux  "entrepreneurs de la débrouille" du portage qui doivent multiplier les clients sur des expertises moins bien identifiées. C'est là que l'on va trouver une majorité de femmes, dans des métiers comme le graphisme et la communication. Ces salariés portés sont bien en peine de justifier d'un nombre suffisant d'heures de travail pour avoir le droit au chômage. Et la réforme des allocations va justement favoriser un régime à deux vitesses en défaveurs des vrais intermittents du travail. Il y a donc un risque que d'entretenir l'illusion d'une autonomie qui n'est pas la réalité pour la majorité des portés.


Les entreprises de portage proposent pourtant des services pour aider les salariés portés à développer leur autonomie. Avec quelles limites ?


 

Des formations sont effectivement proposées pour démarcher des clients et développer son réseau. Ce sont certes des recettes un peu caricaturales mais l'accompagnement des conseillers des entreprises de portage peut se révéler intéressant, ne serait-ce que pour faire sortir des gens de la solitude. Mais le temps consacré à l'accompagnement à ses limites au regard des effectifs permanents très réduits avec lesquelles fonctionnent les entreprises de portage.

Les coopératives d'activité et d'emploi (CAE) sont-elles des structures de portage où il y a moins de précarité ?


Les mécanismes de base entre une société de portage salariale classique et une CAE sont identiques. Le revenu dépend de la facturation même s’il y a un niveau de solidarité plus important dans une CAE. Le mode de gouvernance est en revanche radicalement différent puisque les salariés portés sont parties prenantes des décisions. La dimension coopérative constitue également un levier de plus pour sortir de l'isolement. En attendant, force est de constater que que ce sont dans les entreprises coopératives de portage que l'on retrouve le plus souvent des profils précaires. 
 

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