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10 / 11 / 2021 | 2268 vues
Etienne Dhuit / Membre
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Prime à la démission chez Arkéa

N’en déplaise à Emmanuel Macron qui cherche à drastiquement réduire le montant des allocations de chômage, au Crédit Mutuel Arkéa, démissionner n’a jamais été aussi rentable. Pour les patrons du moins.


Des ronds pour des démissions
 

Le Crédit Mutuel Arkéa aura offert 8,5 millions d'euros en guise de cadeau d'adieu à son ancien duo de dirigeants, Ronan Le Moal et Jean-Pierre Denis. Si les pharaoniques indemnités de départ sont monnaie courante en France, celles versées par Arkéa aux deux hommes sont uniques en leur genre.

 

Déjà parce qu’elles font suite à leur démission (en février 2020 pour Ronan Le Moal et en mars 2021 pour Jean-Pierre Denis). Mais aussi en raison de leur caractère « illégal », le « versement d’indemnités de départ à un dirigeant mandataire social qui s’en va de sa propre initiative » étant contraire au code de gouvernance AFEP-MEDEF, qui régit les sociétés cotées en matière de gouvernance.

 

Arkéa a balayé cette exigence réglementaire d’un revers de main en 2020 et avait alors décrété ne plus se référer « au code AFEP-MEDEF (…), n’étant pas une société dont les actions sont admises aux négociations sur un marché réglementé ». Cette fois, pour faire passer la pilule, Arkéa se félicite d’avoir fait une bonne affaire.

 

« L’indemnité contractuelle de rupture [de Jean-Pierre Denis] aurait dû être calculée en prenant la dernière rémunération variable effectivement perçue en compte mais Jean-Pierre Denis a accepté qu’il n’en soit pas fait application ». Victoire pour la banque qui a alors économisé plus de deux millions d’euros mais qui s'est bien gardée de revenir sur les conditions de ces fameuses « rémunérations variables » perçues par Jean-Pierre Denis durant son mandat.

 

Pas loin des yeux, loin du cœur ?

 

Si Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal peuvent donc se féliciter d’avoir « fait sauter la banque », l’ancien président réalise pour sa part l’exploit de percevoir une indemnité de départ sans partir. Comme le rappelle Le Monde, s’il a bien quitté la présidence d’Arkéa (et a d’ailleurs été remplacé par Julien Carmona en provenance de Nexity depuis), Jean-Pierre Denis conserve une place de choix dans le groupe. Place qu’il a minutieusement préparée des années durant : en juillet 2012, la banque a ainsi racheté le vignoble Château Calon Ségur dont Jean-Pierre Denis a habilement pris la tête, à tel point qu’il en est le seul bénéficiaire et représentant légal depuis janvier. Grand amateur de vin, comme il le souligne lui-même, Jean-Pierre Denis conserve par ailleurs son rôle de président du conseil de surveillance des terroirs de Suravenir (filiale d’Arkéa) dont la seule et unique fonction est d’acquérir de prestigieux domaines viticoles à coups de millions. Loin d’être un adieu, c’est à peine si le départ de Jean-Pierre Denis est un au revoir…

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