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30 / 09 / 2021 | 44 vues
Alain ANDRE / Abonné
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Futurs énergétiques 2050 : idéologie contre pragmatisme ?

Le Réseau de transport d'électricité (RTE) qui veille à l'équilibre entre la production et la consommation d'électricité vient de lancer une concertation sur la base de son bilan prévisionnel long terme : « futurs énergétiques 2050 ». Compte tenu de l'importance des débats sur le sujet et des positions pouvant s'exprimer, souvent avec beaucoup d'idées reçues ou d'a priori, notre organisation a souhaité apporté son éclairage à travers un dossier spécial dans son dernier numéro du mensuel qui vient de paraître...

 

Cette étude propose huit scénarios suivant des configurations de production d’électricité en France : une part du nucléaire évoluant entre 0 et 50 %, et celle des énergies renouvelables entre 50 et 100 %. Le résultat de cette concertation est attendu pour fin 2021. La neutralité carbone est un objectif partagé par tous pour limiter les effets du réchauffement climatique. Elle signifie la disparition des énergies émettrices de CO2 , donc le remplacement des moteurs thermiques par des moteurs électriques en particulier. Par conséquent, les scénarios pris en exemple ne peuvent pas se baser sur des schémas à consommation stable ou à faible croissance. La consommation d’énergie électrique est amenée à augmenter quoi qu’il arrive.

 

Partant de ce constat, le choix à faire est celui des moyens de production d’électricité. Pour cela, il faut se baser sur des éléments factuels, en dehors de toute idéologie. Le pragmatisme est sans appel concernant les énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien.

 

  • Sur les 8 760 heures de l’année, une centrale photovoltaïque va fonctionner un peu plus de 1 000 h et une centrale éolienne un peu plus de 2 000 h. Soit environ 12-15 % dans un cas et 25 % dans l’autre. 

 

L’intermittence est ce qui caractérise les énergies renouvelables

 

Dans le meilleur des cas, elle arrive à produire dans un quart du temps. Même en considérant que nous arrivions à une certaine sobriété énergétique, il est invraisemblable d’imaginer que les activités humaines (donc les besoins en électricité) diminuent au point de pouvoir être assurés par les énergies renouvelables.

 

La plus grosse demande en électricité a généralement lieu en février (fortes baisses de température). Il faut alors faire fonctionner tous les moyens de production à disposition pour compenser l’intermittence par des moyens de production pilotables. Peu importe le nombre d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques, sans vent ou sans soleil, la production d’énergie restera nulle.


Pour que les ENR soient viables, il faudrait que leur production soit stockable et sur des périodes suffisamment longues, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il est donc irresponsable, et catastrophique, en termes de sécurité d’approvisionnement, d’opposer ENR et moyen de production conventionnel (notamment nucléaire). En choisissant de baisser sa part de nucléaire et en étudiant sa suppression, la France s’est lancée dans un pari énergétique où, pour lutter contre le réchauffement climatique, elle se prive d’une source d’énergie équivalente à l’hydroélectricité en termes d’émission de CO2 (quasi nulle).

 

Cherchez l’erreur

 

L’exemple allemand, tant vanté, est un mirage mensonger. En annonçant l’arrêt de la moitié de son parc nucléaire en 2011, l'Allemagne a fait tourner les mines de charbon à plein régime et investit massivement dans l’éolien. Résultat, en cinq ans, la part du nucléaire est passée de 17,6 % à 13,1 %, celle des énergies renouvelables de 20 % à 29,5 % et celle du charbon de 42,9 % à 40,1 %. En parallèle, les émissions de CO2 n’ont quasiment pas diminué (2011 : 922 millions de tonnes de CO2 , 2015 : 908 millions de tonnes de CO2).

Malgré les 30 000 éoliennes implantées en Allemagne et les quelque 500 milliards d’euros mis sur la table (montant final prévu en 2025), ses émissions peinent à diminuer significativement.

 

  • « En 2002, l’Allemagne disposait de 100 GW de production pilotable, en 2019 le chiffre est resté le même, la production nucléaire ayant été remplacée par du gaz », Jean-Marc Jancovici , ingénieur, enseignant et conférencier.

 

Le gaz est une source d’énergie dont l’Europe dispose en petite quantité et qui est massivement importée par la Russie via l’Allemagne, ce qui crée une dépendance fâcheuse sur le plan géopolitique. Comparée aux autres pays, la France est dotée d'un parc nucléaire installé conséquent et fiable. Même en quadruplant le parc éolien et photovoltaïque (environ 6 % et 2 % de la production actuelle), sa suppression ne permettrait plus à la France de subvenir à ses besoins. Elle mettrait sa sécurité d’approvisionnement et sa balance commerciale en péril, l’obligeant à acheter de l’électricité (loin d’être décarbonée) chez nos voisins.

 

Si l’aspect écologique est souvent mis en avant avec des arguments à charge et inexacts contre le nucléaire, il ne faut pas occulter l’aspect humain.

 

La filière nucléaire emploie environ 220 000 travailleurs qualifiés. C’est la troisième filière industrielle de France. Même avec la reconversion d’une partie de ces emplois dans le démantèlement ou dans les ENR, beaucoup de ces travailleurs resteraient sur le carreau, sans parler du tissu économique autour des sites de production. Si celui-ci est souvent oublié, le coût humain est un facteur à prendre en compte. La situation économique que le pays traverse à la suite de la crise sanitaire et des séquelles de la crise financière de 2008 laisse à penser qu’aujourd’hui et encore pour quelque temps, le marché du travail sera compliqué, même en traversant la rue…

 

La France dispose de l’une des meilleures configurations dans ses installations, lui permettant de disposer d’un mix énergétique de qualité pour un coût inférieur à celui de l’Union européenne pour ses usagers (30 cts/kWh en Allemagne contre 18 cts/kWh en France). Ce mix est un élément essentiel devant être pérennisé dans l’objectif d’une neutralité carbone en 2050 pour notre pays.

 

Les choix énergétiques qui seront faits doivent se baser sur des données pragmatiques de production et de consommation. À l’heure où trop de citoyens souffrent de précarité énergétique, cet élément doit aussi être pris en compte. Ces choix énergétiques ne doivent pas résulter d’une idéologie, de logiques politiciennes ou de dérives lobbyistes purement financières car ils affecteront la qualité de vie des générations futures et le climat.

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