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31 / 08 / 2020 | 449 vues
Didier Cozin / Membre
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Le plan de relance peut-il faire l'économie d'une reformulation de la formation professionnelle ?

Alors que le gouvernement s'apprête à communiquer pour un plan national de relance économique (pourvu de 100 milliards d'euros) le 3 septembre et alors que la Ministre du Travail (Muriel Pénicaud) a été débarquée du fait de sa réforme ratée de la formation en 2018, le pays court désormais le risque de ne pouvoir accompagner 30 millions d'actifs sur les chemins escarpés et complexes du développement des compétences, de la réindustrialisation et des transformations (numériques et environnementales) qui traversent et transcendent le monde du travail.
 

Le plan de relance devra s'appuyer sur la formation professionnelle, tant publique que privée...
 

Les défis de la formation seront nombreux, complexes et probablement impossibles à traiter massivement :

  1. la reconversion d'un million (peut être plus) de chômeurs qui seront laissés sur le carreau par les fermetures d'entreprises ou de services dès la rentrée de septembre et plus encore en 2021 ;
  2. l'accompagnement sur des « métiers d'avenir » dont personne ne connaît encore les contenus, ni la pérennité, ni les volumes d'activités futures ;
  3. la formation aux divers transformations et bouleversements qui percutent le monde du travail depuis vingt ans : globalisation, mondialisation, numérisation, robotisation, changements climatiques, prévention des déclassements etc. ;
  4. l'accompagnement sur de nouvelles formes d'activités que sont le télétravail (dont le management à distance), la prévention des épidémies, le travail indépendant (les créations d'activités et d'auto-entreprises devraient flamber) etc. ;
  5. la lutte contre l'illectronisme (et l'illettrisme dont 2 millions de salariés souffrent toujours) qui concerne un citoyen sur cinq environ (les « digital natives » n'étant pas forcément épargnés) ;
  6. l'obligation de formation pour les jeunes NEET de 16 à 18 ans, dès septembre 2020 ;
  7. plus globalement enfin, la montée en compétences des travailleurs français (lesquels n'ont cessé de perdre de leurs compétences depuis les années 2000, dans une économie devenue celle de la connaissance et de l'information).


La formation n'est pas prête pour la rentrée.
 

Éternelle variable d'ajustement des politiques sociales (le traitement social du chômage), docile eco-système à qui l'on peut faire encaisser tous les retards, improvisations réglementaires et manques de financement, la formation est mal en point en France.
 

Les grands organismes publics (à l'instar de l'AFPA), les organismes privés (petits et grands) sont soit défaillants, soit désorganisés et démoralisés. Ces mêmes organismes de formation pourraient être incapables de simplement former les travailleurs, du fait des réformes menées sans égard, ni reconnaissance de leur travail et de l'indifférence du corps social face aux enjeux éducatifs à venir (après vingt ans d'atermoiement, les écarts de compétences sont devenus immenses, longs et difficiles à rattraper).
 

Datant du 5 septembre 2018, la dernière réforme de la formation aura réussi à arrêter net le peu de dispositifs qui fonctionnaient et qui avaient fait leurs preuves.
 

  • Les entreprises de plus de 50 salariés sont désarmées, déstabilisées ou désabusées par les réformes de 2014 et 2018. Elles ont perdu leur OPCA, leurs financements mutualisés et tous les dispositifs qui fonctionnaient en formation. De plus, elles encourent une pénalité de 3.000 € par salarié non formé (entre 2014 et 2020) en fin d'année, pénalités qu'elles seraient bien en peine de régler dans la situation économique actuelle.
  • Les congés individuels de formation (CIF) et les FONGECIF ont disparu en 2020, remplacés par des « projets de transition professionnelle » qui ne prennent pas. Les commissions régionales sont « sans client » et devront reverser des centaines de millions d'euros inutilisés en formation à France Compétences.
  • La période « pro A » (qui remplacerait les périodes de professionnalisation) ne prend pas non plus en entreprise et nécessite des accords de branche qui ne sont toujours pas conclus.
  • Le plan de formation a été remplacé par un plan de développement des compétences inconnu (qui ne donnera guère plus de résultats que la GPEC, pourtant lancée il y a près de vingt ans).
  • Le compte personnel de formation (CPF) (sur lequel l'essentiel des « espérances » du législateur reposait) ne décolle pas non plus. En 2019, il plafonnait à 1,7 % de réalisations des salariés (moins encore en 2020, du fait de la pandémie et du FNE de formation, bien plus attractif).
    La désintermédiation et la monétisation sont de coûteux échecs : 200 000 formations censées pouvoir être commandées sur un écran de smarphone mais comment (et pourquoi) choisir ? Le financement est de 900 millions d'euros pour 20 millions de titulaires (il aurait fallu 10 milliards pour assurer les 500 euros par an promis par l'État). Le vice principal du dispositif persiste : il consistait à évincer l'employeur du choix de la formation alors que ce qui différencie l'école (fût-elle de la seconde chance) de la formation, c'est justement l'emploi, 
  • Le conseil en évolution professionnelle (CEP) est inutilisé et inutile pour les salariés, le seul conseil pertinent se trouve dans l'entreprise : chef d'entreprise, collègues, IRP ou managers et service de RH ou de formation.
     

Pour que la formation soit en mesure d'accompagner les travailleurs, le pays ne pourra faire l'économie d'une remise à plat des dispositions contenues dans la loi du 5 septembre 2018 :

  • La remise en service du CIF en l'adaptant au nouveau contexte économique de crise et en visant 100.000 CIF par an (une partie des formations s'effectuant en ligne et sur le temps libre des salariés) ;
  • La transformation du compte personnel de formation en un chèque emploi-formation (CEF) sur le modèle des titres restaurant (à utiliser sur une seule année civile), financé par une cotisation conjointe employeur/employé. Doté de 1.000 eurow HT an pour le personnel de niveau inférieur au bac et de 500 euros HT pour les autres (qui se formeront à distance).
  • La transformation des RTT en temps pour la formation (10 % du temps travaillé devrait être consacré aux apprentissages).
  • L'ouverture totale du marché de la formation à toutes les entreprises éducatives (grands médias et éditeurs de contenus inclus) sans contrainte de certification, avec la seule obligation d'être enregistrées sur DataDock (depuis 2017).
     

La formation, l'éducation et notre modèle social sont à la croisée des chemins : poursuivre en faisant semblant de former, naviguer à vue et nous endetter pour masquer nos retards de compétences ou enfin rejoindre les nations apprenantes sur les chemins de la connaissance et d'un travail de meilleure qualité.

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