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29 / 04 / 2020 | 157 vues
Didier Cozin / Membre
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Enfin former les travailleurs en France grace au droit à l'éducation différée

Bien avant la crise du covid-19, la formation et l'éducation étaient défaillantes en France. Sans perspective professionnelle, sans usine, ni projet éducatif ambitieux, les quatre réformes successives de la formation ont échoué à faire monter les travailleurs français en compétences. Pour les écoliers et pour les travailleurs adultes, l'OCDE nous classe invariablement dans les mauvais élèves des pays développés (au 25e rang).
 

EN 1995, la France était encore une puissance industrielle et commerciale : nous fabriquions des téléviseurs, du matériel de télécom (téléphones portables), des voitures (Renault fabrique encore quelques véhicules en France mais sa production principale est réalisée ailleurs), de l'habillement (la dernière usine produisant des chaussettes, Kindy, a été liquidée dans le Nord il y a peu), des fruits et légumes (50 % des fruits d'été vendus en France viennent désormais de l'étranger), des fleurs (80 % des fleurs et plantes vendues en France viennent aujourd'hui des Pays-Bas ou d'Afrique) ou des médicaments (à vouloir économiser grâce aux génériques que nous surconsommons, nous avons liquidé nombre d'usines françaises pour importer aujourd'hui 80 % des substances actives de Chine ou d'Inde).
 

Les fabricants de produits industriels ne font pas le poids face aux importateurs.
 

Un fabricant a l'obligation de (bons) résultats : les pièces, les matériels et les machines qu'il produit doivent être de qualité, sans défaut et vendables sur le marché (national et surtout international).
 

Pour fournir des services, il n'y a aucune obligation de résultats (surtout si les services sont en situation de monopole comme pour l'école, le train, la santé ou la sécurité) ; simplement le discours (répétitif et forcément illusoire) que l'on est conforme ou compétent parce que l'on respecte les procédures à la lettre (Idriss Aberkane appelle cela le « syndrome de la maîtresse et du manuel d'école »).

 

Abandonner la paysannerie pour l'usine puis pour le « quartier d'affaires » ou la zone commerciale

Le mouvement naturel de notre pays était censé être ascendant depuis la révolution industrielle : quitter les campagnes et les ferme à partir de la IIIe République (et de la guerre 1914-1918 qui a d'abord décimé la paysannerie) pour aller se faire embaucher en usine puis, après-guerre, dans les bureaux afin de ne plus se salir dans la production. Travailler dans l'administration plutôt qu'à la production était un choix de société auquel tout le corps social a adhéré.
 

Internet, les 35 heures, la crise de 2008 et désormais de 2020 ont transformé notre pays en un quasi-désert industriel et professionnel.
 

Le déclin de l'industrie (10 % de la valeur ajoutée aujourd'hui, contre 20 % en l'an 2000) trouve en partie son explication après la seconde guerre mondiale : l'attrait irrésistible (et inconsidéré) pour le travail (supposé) intellectuel, le tropisme des emplois de bureau (bureaucratique) face à des usines considérées après 1968 comme le symbole de l'aliénation et de l'exploitation ouvrière.
 

Moins un adulte travaille, moins il apprend.
 

Moins on travaille, moins on apprend car un adulte apprend d'abord et surtout de son travail. En limitant et en contraignant le temps de travail, notre pays a non seulement ruiné beaucoup d'activités (devenus non organisables et non rentables) mais il a aussi fait disparaître les temps et les occasions de formation. Moins de temps morts et moins de temps travaillé génèrent moins de temps pour apprendre.
 

Pour reconquérir le travail, il faut évidemment apprendre davantage, apprendre mieux et apprendre plus longtemps (tout au long de la vie).
 

Si notre pays devait changer ses priorités éducatives (au-delà de redonner un espoir professionnel aux 30 % de chômeurs que nous allons prochainement compter), ce devrait être d'enfin s'occuper des travailleurs qui n'ont pas une éducation et des connaissances suffisantes pour survivre socialement et économiquement dans cette nouvelle société qui pourrait chavirer face aux crises (sanitaires, sociales, économiques et écologiques) et à des technologies (numériques) qui risquent de faire disparaître des milliers de tâches humaines répétitives, dangereuses ou simplement devenues inutiles (le guichet de la banque ou de la Sécu).
 

Il va falloir consacrer du temps et de l'argent (plusieurs dizaines de milliards d'euros) à la formation des 25 % de la population active (et pas uniquement les salariés).
 

Huit mesures d'urgence permettraient de rapidement relancer notre formation
 

  1. Pour tous les gens n'ayant pas atteint le niveau du bac, instaurer un droit à l'éducation différée : un an de formation/études (dont une partie à distance) pour reprendre pied ;
  2. Libérer le socle des compétences de toute contrainte et permettre à chaque travailleur de niveau égal ou infra-bac de se former sans aucune limite budgétaire ni temporelle ;
  3. Abandonner tous les dispositifs inutiles, coûteux ou n'ayant pas fait leurs preuves : le CPF (qui doit redevenir un droit co-construit à la formation), le projet de transition professionnelle (revenir à un CIF simplifié, raccourci et à distance), le conseil en évolution professionnelle (CEP qui ne pourra donner de résultats avant des décennies) ;
  4. Supprimer la tutelle du Ministère du Travail (ou de l'Éducation) sur la formation, la formation professionnelle relevant à l'avenir des seules compétences des entreprises, des branches et des régions et plus de l'État ;
  5. Installer une co-contribution à la formation (employeurs et employés) de 500 € par an (perdue si non utilisée dans l'année) et payée à hauteur de 70 % par l'employeur et de 30 % par son salarié ;
  6. Abandonner toutes les obligations de certification et de déclarations spécifiques de la part des organismes de formation : la formation professionnelle doit rester un marché libre, ouvert et concurrentiel (tel que définie par l'UE) et c'est le marché qui décidera de ce dont il a besoin (en termes de qualité, de volume et de prix) ;
  7. Transformer les RTT en temps du développement des compétences (TDC), le choix étant laissé aux salariés de repasser à 40 heures par semaine ou de se former sur leurs anciennes RTT ;
  8. Réaliser toutes les formations des entreprises sur le seul temps libre des salariés (temps libéré par les RTT).

 

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