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21 / 04 / 2020 | 90 vues
Alain Coheur / Membre
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Une crise de plus pour une dernière prise de conscience ?

Une crise de plus pour une dernière prise de conscience. La dernière ?
 

Crises financière, économique, sociale, alimentaire, migratoire, sécuritaire, écologique etc. et, enfin, une crise sanitaire, qui n 'est pas la première, loin s'en faut. Par le marketing de la peur, on nous fait passer d’une crise à une autre et on enfonce dangereusement le monde, délibérément paralysé à ne pas vouloir fondamentalement contester le modèle économique de développement qui donne la priorité aux intérêts financiers depuis des années, en privatisant ses services publics et en affaiblissant sa protection sociale, s’accapare les richesses au profit de quelques uns, démantèle l’État et sacrifie les plus faibles, sur l’autel de l’austérité servie comme la ritournelle « il n'y a pas d'alternative », déroule les dogmes comme des prophéties auto réalisatrices et atomise les rapports entre êtres humains pour en faire des consommateurs avides de jouissance compulsive.

 

Les sacrifiés d’aujourd’hui étaient déjà les sacrifiés d’hier : tous ces anonymes (et toutes ces professions devenues insignifiantes aux yeux des puissants, banalisées, peu valorisées voire dévalorisées) se retrouvent aujourd’hui sous la lumière des projecteurs. Nous avons oublié que ces professions sont essentielles à la cohésion sociale. Depuis des années, elles résistent aux coups de butoir de la rentabilité, de la productivité et de l’efficacité économique, malgré les protestations et les appels lancés face à un vide politique sidéral et sidérant. Les travailleurs de la première ligne de notre santé et de notre système de santé sont les infirmiers, les soignants, les aides à domicile, les généralistes, les éducateurs, les psychologues, les puéricultrices, les travailleurs sociaux et tous les professionnels accompagnant les malades, les exclus et les gens qui souffrent, marginalisés, dépendants, sans domicile, sans papiers etc.

 

Nous avons oublié et négligé le sens des communs et l’importance des biens communs, ceux qui nous unissent, nous réunissent et nous définissent dans nos rapports humains et dans notre existence. Notre société part un peu plus à la dérive parce qu’elle était déjà fragilisée, volontairement segmentée, désorientée et prise par les ombres mortifères des poussées nationalistes et des populismes renaissants.

 

Cette crise sanitaire révèle toutes les dérives et toutes les inégalités de nos sociétés : depuis l’état et la qualité de nos systèmes de santé à l’accès à des logements salubres, en soulignant la précarité des familles, la précarité de l’emploi et les salaires indécents (vers le haut pour quelques-uns et vers le bas pour la plupart des métiers, souvent d’ailleurs dans les secteurs très féminisés). Il aura suffi d’un virus, nourri par l’avidité et la cupidité de certains, pour que tout cela soit révélé et que toute notre économie soit mise à bas dans le même mouvement et que de nombreuses certitudes soient ébranlées.

Dès lors, les responsabilités du monde politique et du monde économique seront lourdes pour imaginer la sortie. Car il n’y aura que deux issues possibles :

  • soit nous considérerons que cette crise fait partie des aléas auxquels nous devons faire face de manière ponctuelle et nous organiserons la société pour mieux y répondre,
  • soit nous changerons radicalement de perspective et nous choisirons un autre modèle de développement.

 

« Il existe une alternative » post-crise sanitaire, un « new deal », un nouveau pacte social et environnemental dont les piliers seraient les valeurs de solidarité et d’égalité, inspiré entre autres par les réussites de l’économie sociale, par la mise en pratique par des gestes forts, comme la relocalisation de notre production via des chaînes d’approvisionnement courtes, locales et sûres, la création d’emplois qui assurent un revenu décent à chacun d’entre nous et des services publics revitalisés, reconnus parce qu’ils sont essentiels, en capacité de mener correctement leurs missions et sous les auspices d’un État social et régulateur affranchi des marchés financiers.

Si nous faisons le bon choix, nous aurons non seulement la chance de vivre la « dernière » des crises mais aussi de changer notre rapport à la société et à son environnement. Dans le cas inverse, nous revivrons les pires moments de l’histoire humaine.

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