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03 / 01 / 2011
Guillaume Pertinant / Membre
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Les oranges pas chères et les risques psychosociaux

Depuis plus de deux ans, les risques psychosociaux occupent une place importante dans l'espace médiatique français. L'année 2011 sera-t-elle (enfin) l'année de la mise en action de démarches sérieuses de prévention ? Il faut bien sûr l'espérer : il en va de la santé de nombreux salariés (et de nombreuses entreprises).

En attendant, une question trop souvent occultée mérite l'analyse : est-ce que parler des risques psychosociaux aide à faire avancer la cause de la prévention de ces risques ? L'idée n'est pas de nier l'évidence, mais de réfléchir à la meilleure façon de faire avancer la cause. Parce que les mots ont leur importance. Pour accompagner cette réflexion et l'agrémenter par une dose de bonne humeur (ce qui, au passage, ne fera pas de mal, bien au contraire, le rire étant qualifié par certains spécialiste de « l'aspirine du stressé »), nous pourrions méditer un classique de Fernand Reynaud « Les oranges pas chères ». Considérons donc mot à mot cet acronyme dissonant...

RPS (Risques Psychosociaux)


« Risque », en premier lieu, fait référence à la probabilité d'apparition d'un événement indésirable.

  • Étant donné que les événements en question touchent désormais plus d'un salarié sur cinq et que toutes les catégories sociales sont représentées, l'étendue du problème est telle que la majorité des entreprises est désormais concernée. Puisque tel est le cas, il ne s'agit plus d'un risque mais d'une réalité et la référence au risque est donc inutile.

« Psycho » peut être un terme engageant lorsque l'on devise de thérapie (ou de cinéma pour les amateurs de Hitchcock). Mais puisque l'objectif est de mobiliser vers la prévention les grands pragmatiques que sont la plupart des décideurs en entreprise, l'effet de séduction semble très aléatoire.

  • La référence au « psycho » est donc au mieux maladroite et au pire contre-productive.

Le terme « sociaux » clôt ce nouveau mantra de la presse. S'il est loin de manquer d'intérêt, il serait certainement mieux valorisé hors du contexte des risques auxquels cet acronyme tend fâcheusement à l'associer.

  • Par ailleurs, dans ce contexte, « sociaux » suggère désagréablement que les individus sont à l'origine des risques. Ceci serait sans conséquence s'il n'existait une théorie persistante conduisant à imputer à la fragilité mentale des individus les causes des risques psychosociaux. Puisque cette théorie est largement contestable, mieux vaut également s'abstenir d'utiliser ce terme.


Pour prévenir les RPS il faudrait donc sans doute commencer par ne plus en parler, ou plus exactement par recycler cet acronyme imprécis, fort peu mobilisateur et tendancieux. Pourquoi tout simplement ne pas oeuvrer collectivement à l'amélioration des conditions de travail en entreprise ? Pourquoi ne pas mobiliser les énergies autour de la performance globale (sociale et économique) de l'entreprise ?

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