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25 / 05 / 2010 | 7 vues
Reixludwig Patricia Renée / Membre
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Le service civique risque de brader l'emploi

Le décret n° 2010-485 du 12 mai 2010 relatif au service civique vient de paraître. Succédant au service civil, le service civique souhaite impliquer 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dès 2010.

Le service civique permet à tous ceux qui le souhaitent de s’engager pour une durée déterminée dans une mission au service de la collectivité et de l’intérêt général.

Cet objectif est louable mais examinons les missions qui peuvent être réalisées en service civique.

Les missions de service civique peuvent être réalisées auprès d’organismes à but non lucratif (associations, fondations, fédérations, ONG) ou de personnes morales de droit public (État, collectivités locales, établissements publics) pour l’accomplissement de missions d’intérêt général dans des domaines d’actions reconnus prioritaires pour la Nation.
  • solidarité et lutte contre l’exclusion : par exemple, offrir aux personnes âgées ou isolées une aide concrète dans la vie quotidienne ;
  • éducation à la santé et promotion de la santé des jeunes : sensibiliser des jeunes aux enjeux de santé en informant les adolescents sur la sexualité ou la contraception ;
  • éducation pour tous et accès aux pratiques culturelles et sportives : aider à combattre l’illettrisme ou la déscolarisation en accompagnant des jeunes dans des ateliers de lecture ou de loisirs ;
  • pédagogie du développement durable : sensibiliser des jeunes au respect de l’environnement, au tri des déchets, aux économies d’énergie ;
  • mémoire et citoyenneté : participer à de grands chantiers de restauration de sites historiques ;
  • solidarité internationale : réaliser une mission à l’international avec une grande ONG ;
  • intervention d’urgence en cas de crise : aider à la reconstruction de sites endommagés par une catastrophe naturelle et accompagner les populations.

Lorsque je prends connaissance de cette liste je commence à tousser. Pourquoi  ?

Il faut savoir qu'en France, de multiples secteurs d'activité sont tenus par les associations. C'est le cas notamment du secteur médico-social dans lequel les associations gèrent des établissements pour accueillir personnes handicapées, retraités, jeunes en difficulté. C'est le cas aussi du secteur des services à la personne, comme l'ADMR, l’association du service à domicile qui propose, comme les 8 500 autres associations que j'ai pu répertorier, une large gamme de services : ménage, repassage, garde d’enfants, petit bricolage, petit jardinage, repas à domicile, accompagnement transport, téléassistance, accueil de jour.

Que représente le monde associatif en France ?

On estime à 1 100 000 le nombre d’associations actives en France.
Le budget cumulé des associations actives s'élève à 59 milliards d'euros, soit 3,4 % du PIB français.
Environ 180 000 associations sont des employeurs, soit 16 %.
À elles seules, elles emploient 1,92 million de salariés, soit 1 045 800 équivalents temps plein, soit 5 % du nombre de salariés dans le pays.

En outre, elles utilisent les compétences de 14,2 millions de bénévoles actifs, ce qui représente 935 000 équivalents temps plein.

  • Force est de constater que ce secteur va pouvoir utiliser les jeunes en service civique  à la place des embauches traditionnelles.

Je suis encore plus convaincue de cette possibilité lorsque je continue à prendre connaissance des textes et des informations diffusées sur le site officiel du service civique :

  • le service civique dure de 6 à 12 mois et n’est pas renouvelable ;
  • la durée hebdomadaire de la mission représente sur la durée du contrat au moins 24 heures par semaine et peut atteindre 48 heures, réparties au maximum sur six jours. Il s’agit d’une durée maximale ; cette possibilité restera exceptionnelle ;
  • le volontaire en service civique aura droit à deux jours de congés par mois de service effectué ;
  • le service civique n’étant pas un emploi salarié, il n’ouvre pas droit au chômage ;
  • le volontaire en service civique et la structure d’accueil doivent signer un contrat. Ce contrat fixe notamment le lieu et la durée de la mission et les tâches qui seront accomplies durant la mission. La relation entre le volontaire et la structure d’accueil est une relation de collaboration, et non de subordination
  • Alors, un contrat, dans une structure avec un horaire à temps plein  ou au minimum de 24 heures, des congés etc. et tout cela sans lien de subordination !


On se moque du monde et le gouvernement en est tellement conscient qu'il a beau jeu de préciser sur le site :

Non, la mission de service civique n’est pas assimilable à un emploi salarié. L’action des volontaires en service civique ne se substitue pas à celles de professionnels mais la complète.


En période de crise économique, le chômage explose, le nombre de personnes touchant les minima sociaux ne cesse de croître, jeunes et moins jeunes ont des difficultés inimaginables pour trouver un emploi et tous les secteurs d'activité veulent faire des économies. Les associations, qui emploient près de 2 millions de salariés, « recrutent » donc des personnes en service civique pour accomplir des tâches qui auraient pu être confiées à des salariés !


Les statistiques du chômage  pourront ainsi diminuer, par la mise dans le circuit du travail, de jeunes qui normalement devraient être inscrits à Pôle Emploi dans la catégorie comptabilisée dans les statistiques (c'est-à-dire personne disponible pour un emploi immédiat à temps complet ou partiel).

Pendant ce temps, « les moins jeunes »  tireront la langue pour trouver un boulot dans ces secteurs.


Qui va payer la facture ? Le contribuable !

On reporte encore une fois sur la collectivité une sorte d' assistanat de l'emploi... Chômeurs, vous avez du souci à vous faire ! Les entreprises licencient, l'industrie et les services fichent le camp dans les pays low-cost, les services à la personne devaient être un réservoir d'emplois pérennes.

Force est de constater que les solutions pour remédier à cette situation ne sont qu'un tour de passe-passe pour tenter de camoufler notre situation et d'éviter de prendre des décisions de fond...

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